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Flaherty se sert de ses souliers neufs pour écraser des bottines à cap d'acier

22/03/2013 10:10 EDT | Actualisé 22/05/2013 05:12 EDT
Getty Images
Canadian Finance Minister Jim Flaherty shows tries on new shoes as he shops in Ottawa on March 28, 2012 as part of the tradition of budget day. The tradition holds that Ministers of Finance purchase or wear new shoes when the budget is delivered. AFP PHOTO/ROGERIO BARBOSA (Photo credit should read ROGERIO BARBOSA/AFP/Getty Images)

Ceux qui ont lu ou entendu mes derniers commentaires sur les gros sabots de Jim Flaherty savent que je n'ai pas souvent d'atomes crochus avec les conservateurs. Ça ne m'empêche pas de reconnaitre des bonnes mesures quand ils en sont les auteurs.

Dans le dernier budget, j'en vois deux.

  1. Une lutte plus musclée contre l'évasion fiscale à petite et grande échelle, y compris contre l'utilisation des paradis fiscaux par les corporations.
  2. La fermeture du bar ouvert pour les fonds de syndicats.

À ce sujet, la direction du fonds de la FTQ a totalement été prise par surprise. Jamais on ne s'est douté que les souliers neufs du ministre des Finances écraseraient d'un coup de talon leurs bottines à cap d'acier!

À voir les réactions sur les fils de presse, Twitter, Facebook et dans ma boîte de courriel, c'est comme si Ottawa venait de réveiller un troupeau de grizzlis. Pourtant, je crois que les dirigeants du fonds FTQ ont provoqué eux-mêmes cette décision. Les conservateurs étant majoritaires, le budget passera sûrement aussi facilement qu'un vote à main levée à minuit et demi dans un cégep.

Le billet de Fabien Majour se poursuit après la galerie

Les réactions Twitter au dépôt du budget fédéral



De bonnes raisons de se réjouir

Dans quelques mois lorsque les chefs syndicaux et leurs disciples auront épuisé dollars et salives, ils pourront réfléchir puis reconnaître qu'il reste encore de bonnes raisons de se réjouir.

  • Ils connaissent la date de la fin du party. Ils auront amplement le temps de recentrer le produit, et d'axer le message principal sur autre chose que le crédit d'impôt.
  • Ils ont eu la paix pendant trente ans et se sont monté un gigantesque levier économique.
  • Pendant tout ce temps, on les a laissés concurrencer le libre marché et planter allègrement les autres institutions ou professionnels de la finance avec un avantage extraordinaire. La dernière campagne de pubs du Fonds FTQ (ma tarte et plus grosse que la tienne) fut d'une rare arrogance. Je crois même qu'elle a servi de bougie d'allumage pour convaincre Ottawa d'intervenir.
  • Sans être importunés outre mesure, ils ont continué d'offrir le plein crédit d'impôt même si dans une très forte proportion, le fonds investit ailleurs que dans du capital de risque québécois. Avant d'être trop outrée, lisez vos rapports annuels. Actuellement, on donne des crédits d'impôt pour investir dans BP, Banque CIBC, British Tobacco, Power Corp, Merryl Lynch, Citigroup, Singapour Telecom... etc. Y en a pour 4 milliards hors du Québec.
  • Ils peuvent se réjouir qu'un gouvernement du Parti québécois minoritaire soit en poste. Le capital politique fera son oeuvre et il y a fort à parier que ni les libéraux ni les caquistes vont reprendre la puck des conservateurs. Personne n'osera avouer publiquement que l'abandon du crédit d'impôt québécois est aussi envisageable. Trop risqué politiquement.
  • La mesure conservatrice peut servir de traitement-choc au fonds et encourager sa direction à offrir autre chose qu'une pâle copie d'un gros fonds équilibré de caisse pop. Le fonds FTQ pourrait revoir tous ses processus pour tenter de diminuer ses frais, ouvrir ses goussets à davantage de capital de risque. Et on le souhaite, parvenir à offrir des rendements réels plus intéressants que ce qu'on voit depuis sa création.

Budget fédéral 2013