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Jean Lapierre: un véritable mentor pour la jeunesse

30/03/2016 12:40 EDT | Actualisé 31/03/2017 05:12 EDT

On a tout dit sur Jean Lapierre et pourtant aujourd'hui, je veux me joindre à la peine du Québec tout entier pour mettre en lumière une facette de lui que peu connaissent, le rôle de mentor qu'il a exercé sur moi.

Dimanche 27 octobre 2013. Cette date est ancrée à jamais dans ma tête. Encore aujourd'hui, je me souviens de la première fois où j'ai décroché mon téléphone pour appeler le fameux Jean Lapierre. Je tremblais et je me demandais si l'occasion s'y prêtait vraiment.

J'étais à ce moment-là journaliste attitré aux affaires municipales au journal 24h et après des mois de couverture assidue, le jour du scrutin pour élire le nouveau maire de Montréal approchait à grands pas.

J'avais croisé Jean Lapierre dans les couloirs du Palais des congrès de Montréal, dans les salles de réception de quasiment tous les hôtels de Montréal. Il me souriait de loin, mais je n'avais jamais eu le courage de m'approcher et de lui serrer la pince. Ah, les jeunes, que voulez-vous!

Au bout du fil, j'entends son fameux «Salut, salut!». J'aimerais vous dire que j'exagère, qu'il n'a pas vraiment répondu comme ça, que je l'écris simplement pour donner du style à mon texte, mais tous ceux qui ont côtoyé Jean savent que c'est comme ça qu'il répondait au téléphone.

J'explique alors à Jean que je suis un jeune journaliste, moins de 3 ans derrière la cravate, que je couvre les élections municipales depuis des mois et qu'en vue du jour décisif, je souhaite obtenir ses commentaires, ses prédictions, ses analyses.

Survient alors l'impensable: une bonne heure de discussion téléphonique, alimentée par des anecdotes alléchantes sur les candidats à la mairie, des «Ewan, laisse-moi te conter une histoire...», des numéros de téléphone à ajouter à mon bottin téléphonique de jeune journaliste. Il a été le seul à prononcer mon prénom correctement dès la première fois et ceci atteste de son écoute. Il m'avait vraiment écouté me présenter.

J'ai amassé, en un coup de fil avec Jean Lapierre, des secrets politiques inestimables, appris des habiletés sociales et professionnelles qu'on a définitivement manqué de nous enseigner au baccalauréat en journalisme.

«Surtout, tu me rappelles quand tu veux! Bye là!», m'a-t-il lancé avant de raccrocher.

À la fin de ma première conversation avec Jean Lapierre, je n'étais plus le même journaliste. Ensuite, j'ai eu la chance de lui parler au moins une fois par semaine, que ce soit en personne, autour d'un café, par téléphone, par texto ou par simple gazouillis privés sur Twitter.

En fait, lorsque j'ai levé un lièvre sur une affaire, c'est vers lui que je me suis tourné: «Dis-moi, lui ai-je demandé, est-ce que cela vaut la peine que j'en parle?» Et il m'a guidé tout en gardant le secret. Je suis certain que même si mon «scoop» avait été l'affaire du siècle, jamais il ne m'aurait doublé. Il était trop intègre pour cela.

Lorsque j'ai quitté le monde des médias pour faire le saut en politique, il m'a conseillé, il m'a conforté dans ce choix risqué. Il m'a dit de foncer, en me soulignant que j'avais bien plus à gagner en politique qu'en journalisme. Jean Lapierre a cru en moi.

Depuis l'annonce du départ soudain de l'ex-politicien et commentateur politique Jean Lapierre, les hommages pleuvent. On voit défiler les Gilles Duceppe, Paul Martin, Lucien Bouchard, Jean Charest et autres grands de la politique canadienne et québécoise, sans compter les indénombrables journalistes et chroniqueurs qui l'ont assisté dans sa deuxième vie, celle d'analyste politique.

Tous disent la même chose: il était généreux, sympathique, rigolo, aimé.

Ceux que vous ne verrez pas à la télévision, ce sont les dizaines de jeunes journalistes et staffers politiques, qui commencent à peine à gravir les échelons dans les salles de presse ou les parlements politiques, ceux qui comme moi, ont eu la chance de profiter, dans l'anonymat le plus total, de la sagesse, de la passion, de la générosité et de l'encadrement d'un coach et d'un mentor de qualité comme Jean Lapierre. On dit qu'on a tous un professeur qui vous marque dans votre vie. Le mien s'appelait Jean Lapierre.

Son influence auprès des jeunes fait partie de l'héritage inestimable qu'il laisse derrière lui.

Jean, j'attends ton appel depuis hier et je sais maintenant qu'il ne viendra pas. Tu me manques et ton départ m'affecte beaucoup, plus que j'aurais pu le penser.

Salut, salut Jean!

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