Eudie Pak

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Être trentenaire pour une femme, ça veut dire quoi, en réalité?

Publication: 04/03/2013 01:43

Récemment, mon compagnon, producteur de musique, était sur la liste VIP pour voir Bassnectar au Terminal 5 de New York, et bien que je ne sois pas du genre à me déhancher d'habitude, j'ai décidé cette fois de l'accompagner.

Alors que nous étions en train de chercher l'entrée de cette soirée pétard et bracelet magique, j'ai regardé autour de moi et réalisé que j'étais entourée d'ados angoissés et constipés dont j'aurais aimé voler le collagène pour l'injecter sur mon visage, bien moins souriant (enfin, sans le glitter collant). L'espace d'une seconde, j'ai craint d'être refusée à l'entrée pour être une "vieille dame" de 33 ans. Et pourtant, je n'étais pas encore au bout de mes surprises.

Le videur a commencé à fouiller les poches de mon sac, et bingo, en a sorti un sachet froissé rempli de pilules compromettantes. Hum, ouais. J'ai réalisé qu'il s'agissait en fait de mon mélange hebdomadaire de compléments de calcium et d'huile de foie de morue, mais pour moi, ça aurait tout aussi pu être un médicament contre l'ostéoporose portant un sceau d'approbation par Sally Field. Je me suis sentie comme une intruse dans une soirée cool, mais en pire, socialement inappropriée, un sentiment que je ressens de plus en plus souvent depuis mon entrée dans la trentaine.

Etre une femme trentenaire est un peu déconcertant - vous n'êtes plus si jeune, mais vous n'êtes pas si vieille - mais c'est surtout une période qui semble plus calme, moins sujette à discussions que les décennies qui l'entourent. Quand vous pensez aux femmes de 20 ans ou de 40, cela semble plus facile de les définir selon des termes intangibles. La jeune femme de 20 ans est connue pour faire des découvertes et prendre des risques. Celle de 40 ans est réputée pour être plus indépendante et autonome, et bon sang, elle a même le magazine Vita ! Ces deux décennies sont mêmes connues pour leurs crises existentielles : la crise des vingtenaires et celle de la quarantaine.

Les femmes de 20 et de 40 ans se parlent suffisamment entre elles pour donner envie au reste du monde de disserter sur elles - regardez partout, et vous vous retrouverez avec une pléthore de matériaux dévolus à la vingtaine et la quarantaine sur les bras : livres de développement personnel, blogs, émissions télé, films, ils sont omniprésents.

Mais personne n'évoque vraiment de la même manière l'expérience de la trentaine chez les femmes. Est-ce parce que cette décennie semble trop prise par des préoccupations banales ? Après tout, c'est une période que nous passons à accumuler des titres ronflants au travail, à obtenir le meilleur bureau, à nous marier ou pas, à avoir des enfants ou à éviter d'en avoir, etc. Vu comme ça, ça semble terriblement terre à terre et de l'ordre du purgatoire, mais au niveau intime, que se passe-t-il vraiment ?

J'ai décidé de demander à des femmes trentenaires ou quarantenaires la façon dont elles définissaient l'expérience de la trentaine et j'ai trouvé des thèmes récurrents.

Mérissa, 36 ans, considère cette décennie comme une redécouverte de soi-même - mais avec "le feu au cul":

"Mes 30 ans en un mot ? Sur la sellette. Vous évaluez votre carrière, votre maison, votre compte en banque. Vous commencez à regarder sans concession la personne qui partage votre lit. Votre visage prend une expression plus dure, les premières rides font leur apparition... Pendant la trentaine, vous trouvez votre 'combat' : pour quoi êtes vous prête à vous battre et pour quelle raison ? Peut-être que vous vous engagez plus. Peut-être que vous changez certaines choses. Peut-être que des choses arrivent qui vous changent : des enfants, des emprunts, un divorce, la maladie d'un parent. C'est la décennie où l'on doit rendre des comptes, coincée entre le credo de la vingtaine 'Tout explorer' et celui de la quarantaine 'On s'en fout : ce qui est fait est fait'. On est en première ligne. C'est le moment du réveil."

Et puis il y a Ali, âgée de 39 ans et maman de deux enfants, qui a le sentiment que la trentaine correspond à une recherche d'équilibre (autrement dit, ne pas devenir timbrée).

"Le premier mot qui me vient à l'esprit est déchiré. Toutes les femmes trentenaires que je connais (la plupart mariées avec enfants) ont dû vivre sous le règne fatigant du 'tout avoir' qui les a poussées à se sentir inadaptées, qu'elles travaillent de chez elles, à mi-temps, pas du tout ou qu'elles fassent bouillir la marmite. On a accès à tant d'informations, à tant d'avis sur Internet notamment ; c'est difficile de se trouver même en paix avec soi-même."

Quant à mon ancienne collègue rockeuse Margot, 47 ans, elle considère son passé de trentenaire comme un entraînement à l'art du raffinement .

"C'est l'essence même d'une trentenaire : comprendre ce qu'on préfère dans la vie. Vous consolidez votre liste de préférences. Qui peuvent être spirituelles, matérielles ou métaphysiques. A quarante ans, ces préférences sont atteintes ou abandonnées. Peut-être que vous ne ferez pas l'ascension du Kilimanjaro cette année, mais vous aurez accompli l'une des randonnées les plus difficiles dans les Appalaches. Peut-être que votre poirier dans le jardin n'a rien donné, mais vos tomates cerises sont délicieuses. Certes, vous ne conduisez pas une Bugatti, mais cette BMW série 5 casse la baraque. Qu'il s'agisse d'explorer la nature, de creuser la terre ou de tracer des nouvelles voies, une femme peut devenir ce qu'elle souhaite en mettant un nom sur ce quelle veut dan la vie. Et je pense que c'est ce qu'on commence à faire à 30 ans."

Mais pourquoi l'expérience de cette décennie est-elle négligée par la société ?

Ma copine de longue date, Angela, 32 ans, pense qu'il s'agit simplement d'une période transitoire frénétique et délicate, qui n'est franchement pas vraiment sexy :

"La société perçoit mal la trentaine parce que c'est 'l'enfant du milieu'. La vingtaine est le moment pour faire des expériences, à 40 ans vous êtes expérimentée, mais la trentaine est cette adolescence difficile où vous devez trouver des raisons pour vous et votre famille de sortir le matin, assurer à mort au travail, préparer un repas sain pour le soir, communiquer avec votre partenaire mais ne pas zapper l'histoire du soir aux enfants, et trouver encore du temps pour un jogging dans le but de retrouver votre corps de jeune fille ou de conserver une silhouette dynamique. Ce moment où vous essayez de concilier tout ça n'est pas joli-joli."

Et voici maintenant Tracy, 40 ans, qui pense que la réponse est simple : les expériences existentielles extrêmes enthousiasment les gens, et la trentaine n'est pas si excitante.

"Quand la quarantaine est devenue la nouvelle trentaine, les trentenaires sont devenues invisibles. C'est une décennie de transition majeure, un pont entre le grand n'importe quoi de vos 20 ans et vos extraordinaires 40 ans. Ou bien quand les 'vilaines filles' sont devenues d''ennuyeuses salopes'. Voici l'une des images qui font du tort aux trentenaires. Ces dernières sont éclipsées par les bêtises des filles de 20 ans façon 'Girls' et des 'Real Housewives' de 40 et des, parce qu'en termes du culture pop, le meilleur matériau vient de 'Ne rien avoir' (20 ans), 'Tout avoir' (40 ans), ou 'Tout avoir perdu' (40 ans et divorcée)."

Mais Rebecca, âgée de 36 ans, a un tout autre point de vue, affirmant que les trentenaires sont trop occupées à orienter les tendances culturelles et ne ressentent pas le besoin d'être des stars :

"Je me demande si les femmes trentenaires ne restent pas délibérément derrière la caméra. C'est la tranche d'âge où certaines d'entre nous prennent des décisions fondamentales (i.e les enfants) et bien que je sois hostile à l'idée de laisser les femmes pieds nus, enceintes et aux fourneaux, je pense que nous devons revenir en arrière pour garder les choses en perspective. Il y a aussi le fait que la plupart d'entre nous n'ont pas passé leur adolescence à poster le moindre détail peu glorieux de leur vie aux yeux du monde (i.e Facebook, Twitter). Pas étonnant qu'on n'ait pas de problème à faire la loi en coulisse."

Quant à moi, j'ai ma propre opinion sur la question. En se basant sur les faits, mes 20 ans ressemblaient plutôt à un grand brouillard - peut-être dans tous les sens métaphoriques du mot, mes 30 ans ressemblent jusqu'ici plus à un réveil. Je me débarrasse de tout ce qui n'est pas essentiel à ma vie, à l'amour et au travail, et je découvre la joie de dire "non" au lieu de céder à un "oui" pour satisfaire autrui. Pour faire court, je prends de plus en plus d'assurance.

Bien sûr, cela comprend une tonne merdique de stress - vous avez l'impression que chaque aspect de votre vie doit être conduit à fond la caisse - mais dans l'ensemble, j'ai vraiment l'impression que c'est un chemin vers la consolidation de soi, et que c'est toujours une bonne chose.

L'expérience collective des trentenaires n'est peut-être pas assez glamour pour donner lieu à un nombre sans fin de livres ou d'émissions télé, mais je m'en fous, j'assume. D'ailleurs, regardez plutôt les choses comme ça. Au moins, quand vous avez 30 ans, vous en avez presque fini avec les fins de soirée passées la tête dans les chiottes, et il vous reste plusieurs années avant de suer sous une bouffée de chaleur.

 
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