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J'ai 16 ans et je m'implique en politique

13/04/2017 09:06 EDT | Actualisé 13/04/2017 09:06 EDT

Seize ans, tel est l'âge minimum pour être officiellement membre d'une formation politique au Québec. Certains trouvent cela extrêmement jeune, je trouvais cela trop vieux. Maintenant que j'ai seize ans et que je suis membre non pas d'un, mais de deux partis (un parti provincial et un parti fédéral), voici les raisons qui m'ont poussé à m'engager politiquement avant même d'avoir le droit de vote.

Depuis que je suis jeune, j'ai toujours été curieux sur un tas de sujets. Je lisais donc La Presse lorsqu'elle traînait sur la table de la maison familiale. Sachez que vers sept ans, les longs articles me semblaient fort ennuyeux la majorité du temps. En fait, il n'y avait qu'une section du quotidien que je regardais assidûment, c'était la caricature de Serge Chapleau. Le caricaturiste de La Presse a réussi depuis longtemps à faire ce que bien des médias traditionnels ne font plus, c'est-à-dire dépeindre les politiciens québécois et canadiens comme des personnages plus grands que nature, des personnages amusants et intéressants.

Quand j'ai appris qu'Et dieu créa...Laflaque, l'émission mettant en vedette les caricatures de Chapleau et aujourd'hui rebaptisée Ici Laflaque, passait de façon hebdomadaire sur les ondes de Radio-Canada, je suis rapidement devenu un fidèle de l'émission. C'était bien avant que l'émission ait tous les moyens qu'elle a aujourd'hui, où les personnages animés ne se comptent plus, Mario Dumont était alors un présentoir en carton à défaut d'être animé comme les autres.

Lorsque je suis arrivé en cinquième année, j'ai commencé à lire Le Soleil chaque matin puisqu'il était disponible dans ma classe, une initiative que je salue aujourd'hui. Encore là, je n'étais pas rendu au stade de me faire une opinion éclairée, mais j'acquérais assurément une meilleure connaissance des enjeux.

Dans la même année, j'ai parlé d'Et dieu créa...Laflaque à certains de mes amis, qui se sont mis à l'écouter eux aussi. Sans comprendre la majorité des enjeux abordés à l'émission, on connaissait les noms des politiciens et leurs positions, ce qui est déjà beaucoup pour des gamins de onze ans. Les sketches qui nous faisaient le plus rire étaient ceux où Chapleau dépeignait Maxime Bernier comme le dernier des imbéciles alors qu'il était au gouvernement sous Stephen Harper en grande partie parce qu'il n'y avait rien à comprendre hormis le fait que le député fédéral de Beauce était idiot.

La question qui m'occupait était la suivante: si la souveraineté est si dépassée, alors pourquoi est-ce qu'autant de gens y croient encore année après année?

À mon entrée au secondaire, le temps était venu de passer à un autre niveau et de développer des opinions qui détermineraient dans quel camp je me rangerais lors des élections. Après l'élection fédérale de 2015, j'ai senti que l'heure était venue de m'informer par moi-même, car ce n'était certainement pas l'école qui toucherait aux questions politiques. N'étant pas dupe, j'ai rapidement identifié le véritable clivage politique au Québec, soit la question nationale, divisant encore aujourd'hui souverainistes et fédéralistes. Comme je lisais La Presse plus ou moins assidûment depuis des années, je ne manquais aucunement d'arguments en faveur du fédéralisme et contre le projet de pays, souvent dépeint comme dépassé dans le quotidien. La question qui m'occupait était la suivante: si la souveraineté est si dépassée, alors pourquoi est-ce qu'autant de gens y croient encore année après année?

Pour élucider ce mystère, je savais bien que je pouvais compter sur la bibliothèque de mon père, un fervent indépendantiste dans ses jeunes temps, qui ne m'avait jamais exposé ses opinions politiques peut-être afin de me laisser libre de faire mon propre choix. Le premier livre qui a attiré mon attention a été Pour en finir avec octobre, écrit par la cellule Chénier du FLQ. Sans vraiment me faire prendre position, l'ouvrage m'a permis d'explorer une nouvelle perspective sur les tragiques évènements d'octobre 1970. Le second volume traitant de souveraineté que j'ai entamé, Moi, je m'en souviens de Pierre Bourgault, m'a orienté dans la voie du souverainisme, car malgré les qualificatifs peu élogieux employés par Bourgault pour décrire René Lévesque tout au long du livre, l'auteur livrait tout de même un plaidoyer très convaincant pour l'indépendance nationale. Moi qui aimais la politique pour ses personnages plus grands que nature, j'ai été servi en découvrant Pierre Bourgault.

Le troisième livre que j'ai lu sur la question, Lendemains piégés de Claude Morin, a scellé l'affaire dans mon esprit. À travers les négociations constitutionnelles de 1981 et l'éclatement du front commun des provinces qui a finalement culminé en la nuit des Longs Couteaux, j'ai découvert une facette du Canada à laquelle je ne m'étais jamais attardé. Quand je me suis rendu compte que la situation constitutionnelle n'avait pas été réglée pour permettre au Québec de reprendre sa place dans la fédération, c'en était trop pour que je continue de m'identifier comme fédéraliste.

Dans les mois qui ont suivi, j'ai écouté plus attentivement le message du Parti Québécois pour voir s'il portait des idéaux auxquels je pouvais me rallier. Comparativement aux autres partis, il s'agissait sans l'ombre d'un doute de celui qui me représentait le mieux, alors j'ai voulu prendre ma carte pour faire avancer la cause, mais avant que je puisse le faire, je me suis heurté à un obstacle de taille: il fallait avoir seize ans pour s'impliquer au sein du parti. Il m'a fallu patienter plus d'un an avant de finalement devenir membre du PQ et ma carte a été le cadeau d'anniversaire que j'avais le plus hâte de recevoir.

Aujourd'hui, je ne souhaite rien de mieux aux jeunes Québécois que de réfléchir sur ce qu'ils attendent de la politique et de prendre leur place au sein du parti qui les représente le mieux pour faire changer les choses. Je l'ai fait et mon implication politique est l'une des parties les plus enrichissantes de ma vie quotidienne. Ce n'est pas en restant assis sur nos divans à nous plaindre que les choses n'avancent pas qu'elles avanceront. Pour être entendus, nous, les jeunes, devons nous investir dans la chose politique et militer pour les causes qui nous tiennent à cœur, quelles que soient ces causes.

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