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Québec solidaire et la fausse gentillesse

02/04/2014 11:57 EDT | Actualisé 02/06/2014 05:12 EDT

Ceci est une réponse au billet publié par Éric Beaudry le 24 mars sur son blogue au HuffPost Québec : «Il pleut des pelles sur Québec solidaire».

Vous savez, il y a de ces gens qui sont de la Vertu. Ils sont pour la justice, pour les pauvres, contre les profiteurs capitalistes; pour l'environnement, pour l'égalité, contre la spéculation; ils sont pour le bien commun et se réclament bien souvent progressistes, sociaux-démocrates, et parfois même socialistes. Lorsqu'ils critiquent le «système», on les croirait juchés sur le haut de leur perchoir, observant le monde tel qu'il est vraiment, sans artifices.

Vous aurez peut-être deviné, je parle de plusieurs militants de Québec solidaire et de leur discours.

Avant tout, voici quelques mots sur moi. J'ai 23 ans, je ne suis ni bourgeois ni pauvre, je viens de la classe moyenne, j'ai été à l'école publique, j'ai fait une technique et je serai bientôt à l'université. Quand j'ai commencé à m'intéresser à la politique, j'ai été un sympathisant QS ; j'ai même été membre, tiens! J'étais interpelé par le message de compassion, de tolérance, d'empathie. Je me souciais (et me soucie toujours, d'ailleurs) des pauvres, des malades, des démunis et je voyais la gauche comme seule garante de leur protection.

Puis, j'ai découvert la gauche radicale. J'ai été impliqué brièvement au sein de mon association étudiante collégiale. J'y ai côtoyé des révolutionnaires assumés qui n'allaient pas voter parce qu'«élections, piège à cons». J'ai surtout constaté le mépris que ceux qui se réclament de la Grande Gauche peuvent se permettre à l'égard de ceux qui ne pensent pas comme eux.

J'arrive ici aux propos que je trouve méprisants de M. Beaudry. Je vois dans son analyse une vision finalement très étriquée, et surtout très unilatérale de la réalité ; notre modèle économique est à jeter aux poubelles, nos gouvernements ne sont que des pantins des «vrais décideurs», notre démocratie n'en est pas vraiment une, nos médias nous manipulent, nos députés (sauf ceux de QS) laissent les grandes entreprises brader nos ressources... À vous entendre parler, le Québec de 2014 n'est pas bien mieux que la Russie de 1950!

Mon intention n'est pas de vous convaincre de mes idées et de mes priorités, je crois que vous avez suffisamment d'esprit pour fouiller un peu les Internets pour trouver les pour et les contre des sujets de l'heure. Je veux simplement attirer votre attention sur ce qui se cache derrière le discours léger et sympathique de Québec solidaire.

Dans cette campagne électorale, Québec solidaire, c'est d'abord une image. L'image des gentils, de ceux qui « aiment », de la générosité. Les pancartes inspirent l'espoir, la volonté de «changement», de reprendre le contrôle et de dépasser notre condition. Remarquez, je ne les critique pas pour ça, loin de là : ils ont compris que la politique, c'est pas juste ce qu'on dit, c'est aussi et surtout ce que l'électorat comprend et comment il nous perçoit. Bombarder le monde avec des idées révolutionnaires, ça n'apporte pas grand-chose. Par contre, se poser en défenseurs de la veuve et l'orphelin, ça, ça rapporte. Jouer la pureté dans un monde corrompu par l'incitatif du profit, ça rapporte. Bref, Québec solidaire joue la même game que les entreprises qu'ils pourfendent, c'est-à-dire vendre une image, faire du marketing pour attirer plus de gens de son bord ; if you can't sell the product, sell the packaging.

Qu'y a-t-il derrière ce rideau? J'invite ceux qui pensent voter QS à réfléchir à ceci : dans le programme de Québec solidaire, il est inscrit que leur gouvernement mènera le Québec vers un «dépassement» du capitalisme, que dans la nouvelle économie, il n'y aura qu'une «certaine place au privé». J'aimerais rappeler que l'initiative individuelle est au cœur de notre société et que la majorité de la richesse et de l'emploi est créée par des PME. Certes, il y a des Wal-Mart, et certes, ce ne sont pas des anges. C'est la raison pour laquelle il nous faut un État fort. Mais pas de là à renier l'initiative individuelle et le désir d'enrichissement.

Aussi, j'aimerais rappeler qu'«après» le capitalisme, il y a le communisme. Et je ne brandis pas d'épouvantail, loin de là, je ne fais que ce raisonnement : le capitalisme est défini par le marché, qui est la somme de toutes les initiatives individuelles. Le communisme élimine le marché et le remplace par une volonté centrale ; autrement dit, plutôt que de laisser aller l'offre et la demande, le communisme impose une direction «pour le bien commun». La question : qui sont-ils pour décider de ce qui est bien pour nous?

J'en reviens à cette fâcheuse propension à considérer que si les autres ne sont pas avec eux, c'est qu'ils n'ont pas encore compris, et à celle aussi que si notre démocratie était véritablement saine, les gens voteraient à gauche. Je trouve qu'en bout de ligne, Québec solidaire est un parti fermé, car il ne représente qu'une pensée et ne représente qu'une frange de la population. Et ceux qui aiment ce consumérisme? Et ceux qui veulent une grosse baraque à Ste-Thérèse? Et ceux qui ont d'autres priorités? Tous ceux-là, ces «esclaves heureux», ces «ignorants», pour reprendre les mots de M. Beaudry, sont finalement regardés de très haut par des gens comme lui.

Je suis d'accord qu'on a besoin de changement, mais qui a déjà dit que tout était parfait et qu'on pouvait se la couler douce? Je pense simplement qu'il vaut mieux être raisonnable et faire des compromis pour en arriver, pas à pas, à un meilleur Québec, plutôt que de crier sur tous les toits à chaque élection qu'il faut presque tout mettre à terre parce le «système» est pourri de l'intérieur. En passant, je mets système entre guillemets parce que ce terme est si flou qu'au final, chacun en fait sa propre interprétation.

Pour finir, j'aimerais dire à tous les sympathisants de Québec solidaire qu'un vote pour QS, c'est un vote pour un parti politique qui nous vend sa salade, comme les autres partis. Voter pour QS, ce n'est pas voter pour les gentils et pour l'espoir, c'est voter pour une vision plutôt centralisatrice de la société, pour un État qui prend plus de place. Et par-dessus tout, voter à gauche et agir selon les préceptes de la gauche, c'est deux choses bien différentes.

On me dira que je suis un méchant néolibéral, mais je suis réellement soucieux des plus démunis. J'ai donné à Centraide, à la Croix-Rouge, à Médecins sans frontières, à la Fondation pour la biodiversité parce que je crois que certains ont plus besoin de cet argent que moi. Quand l'occasion se présente, j'achète à manger à des sans-abri. Je composte, je recycle tout ce que je peux, je consomme, dans les limites de mon budget, des aliments biologiques et équitables ainsi que des objets «verts». C'est une chose que de voter «avec son cœur», mais c'est agir de la sorte quotidiennement qui fera changer le monde ; voter pour ceux qui critiquent le « système» n'excuse pas les comportements néfastes. C'est illusoire de penser qu'un gouvernement de Québec solidaire fera les changements à notre place, et c'est se mettre la tête dans le sable que de penser que le vrai changement passe par un changement de gouvernement. Le vrai changement, il est en nous, et tant que nous ne changerons pas, le «système» demeurera bien vivant, qu'on le veuille ou non.

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