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Lisée, l'homme qui voulait être politicien

19/01/2015 11:43 EST | Actualisé 21/03/2015 05:12 EDT

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans prison pour avoir blogué.

Jean-François Lisée est un homme fascinant.

Qu'importe s'il s'est fait remettre à l'ordre par sa famille politique à plusieurs occasions par le passé, notamment suite à ses attaques à Drainville et Péladeau, voici qu'il récidive et s'en prend une énième fois à ses collègues. C'est que l'homme se croit possesseur de la vérité et pense pouvoir relever le PQ; il pense être un nécessaire électron libre qui va au-delà de la ligne de parti et de la partisanerie.

Cependant, est-ce que Lisée se rend compte que son indépendance de parole, son expérience, sa volubilité ne permettent pas tout? Qu'il y a des conséquences à attaquer ses collègues ainsi, à faire mousser sa candidature - et son livre - sur le dos du parti, à donner des munitions aux adversaires et de jongler dangereusement avec le secret ministériel. À la fin, la confiance se perd, les liens s'effritent, et pas seulement avec ses collègues, mais avec tous les membres du PQ et la population également.

L'homme a beau être un fin stratège et un grand intellectuel, comme homme politique, c'est une autre paire de manches. Fréquemment, il démontre un manque profond de sens politique; pensons à Notre home ou à comment il n'a point anticipé la déferlante d'événements suite à sa sortie sur Pierre Karl Péladeau où il réclamait que ce dernier se départisse de ses actions Québecor.

Récemment, il a fait très fort en minimisant l'appui au camp du Oui tel que le ferait un fédéraliste et en faisant un parallèle boiteux entre la popularité de PKP et celle de Boisclair à l'époque, de même qu'en s'enthousiasmant à l'idée de gérer une simple province...

Davantage analyste qu'acteur politique, il narre mieux ses aventures politiques dans son blogue personnel qu'il ne les incarnent. Et bien que Lisée puisse avoir raison sur le fond à certaines occasions, il a de la difficulté avec la forme. Il n'y qu'à voir comment il utilise les médias tel un journal intime; mettant au centre de l'attention ses envies et ses humeurs plutôt que les intérêts de son parti ou du projet d'indépendance.

Il ne fait aucun doute que Lisée veut « devenir calife à la place du calife!», et c'est son droit le plus noble, mais sa démarche est si peu subtile et autodestructrice qu'il est battu d'avance. Après autant de gaffes en une si courte période, on en vient même à penser qu'il met lui-même en scène son suicide politique; qu'il s'évertue inconsciemment à se battre lui-même pour ne pas être battu par un(e) autre.

Et c'est compréhensible, car au-delà de son manque de solidarité auprès de ses collègues, il épouse un paternalisme, un élitisme, voire une condescendance, qui ne passeront que difficilement auprès de la population. De la sorte, Lisée devrait se rendre à l'évidence qu'il aurait tout à gagner à s'investir là où il est efficace : comme conseiller et député. De même qu'il devrait davantage apprendre à jouer en équipe. Surtout en ce moment où le PQ doit amorcer de profondes remises en question (depuis le 7 avril on attend toujours!).

Plus le temps avance, plus il sont nombreux à regretter le Lisée «d'avant», celui de l'arrière-scène et du côté jardin. C'est que sur scène, malheureusement, il se révèle être un modeste comédien, pouvant au mieux singer le grand personnage politique qu'il aimerait incarner. Certes, il a le costume, les accessoires et le texte d'un premier rôle, mais la grandeur, l'éloquence et l'humilité lui font défaut. Dany Turcotte visait juste lorsqu'il écrivit à Lisée que : « C'est dans l'ombre que vous étiez le plus brillant. À la lumière, vous n'êtes plus que l'ombre de vous-même! » Tout est là.

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