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Navrants jeunes libéraux

18/01/2014 09:03 EST | Actualisé 20/03/2014 05:12 EDT

Les jeunes libéraux soutiennent le plus sérieusement du monde que le gouvernement Marois tyrannise les minorités du Québec avec la Charte des valeurs. En effet, la présidente de la Commission jeunesse du Parti libéral du Québec (CJPLQ), Madwa-Nika Cadet, affirme que nous avons ni plus ni moins affaire à «une tyrannie de la majorité» orchestrée par le PQ. À cet égard, on se demande s'il s'agit de simple démagogie de la part de l'aile jeunesse libérale ou encore d'un réflexe partisan peu réfléchi tant cette récente sortie et les propos en émanant transpirent une douce ignorance.

À preuve du contraire, une majorité qui s'exprime dans le respect des lois en vigueur représente l'exercice de la démocratie. Si on suit la logique de Mme Cadet, à chaque fois qu'une loi est adoptée ou qu'une majorité s'exprime, il s'agirait d'une démonstration d'une tyrannie, d'un abus de pouvoir.

Les jeunes libéraux suggèrent que la Charte tyrannise et tyrannisera les minorités, qu'elle ne respecte pas les libertés individuelles, et une particulièrement «sacrée»: la liberté de religion. Pourtant, la Charte proposée n'attaque en aucun cas la liberté de religion. Aucune disposition n'empêchera qui que ce soit de pratiquer sa religion. Bien au contraire, chacun peut pratiquer sa religion, sa «philosophie de vie», dans la sphère privée et dans l'espace public. Dans la fonction publique, soit les employés de l'État dans l'exercice de leurs fonctions, la neutralité de l'État a cependant préséance sur les préceptes religieux. Les jeunes libéraux ont tendance à présenter fallacieusement le tout comme si cela allait s'appliquer dans toutes les sphères de la société, et ce, en tout temps. Bien sûr que non.

Les jeunes libéraux demandent que l'État «respecte la liberté de religion et garantisse l'accès égal à tous ses services». Fort bien. J'ai le plaisir de vous dire que cela passera par la Charte, qui permettra à toute personne d'être servie dans le respect de ces convictions dans toutes les institutions publiques auxquelles il s'adresse.

Mme Cadet évoque sur son blogue au Huffington Post que «la foi est déterminante dans la construction de l'identité d'un croyant, l'afficher, ce n'est pas l'imposer.».

Bravo, comment réduire la portée d'un symbole! Je vous renvoie à Maître François Côté: «Le symbolisme existe indépendamment de la volonté de son porteur. Autrement dit, le simple port d'un signe religieux ostentatoire est en soi un message à connotation religieuse dépassant l'individu qui le porte, même si ce dernier affirme en toute bonne foi agir de manière neutre.» On me rétorquera que l'identité et la foi religieuse ne peuvent se résumer aux bouts de tissu que nous portons. D'accord.

Renversons alors l'argument. Cela ne devrait pas être trop demandant de retirer cesdits apparats si on ne se résume pas à «cela», du moins pour une majorité de croyants modérés. Ils ont l'identité bien fragile, ou plutôt fortement ancrée dans des convictions religieuses, ceux qui se refusent à respecter la neutralité de l'État. S'offusquer et crier à un supposé droit fondamental bafoué en ramenant le débat à une question d'apparence, c'est un peu court.

VOIR AUSSI: Tous les blogues du HuffPost sur la Charte des valeurs

Nos libéraux en herbe soutiennent dans leur mémoire que: «Nous ne pouvons accepter la formule proposée par le gouvernement péquiste, qui crée deux classes de citoyens.».

Qui parle de deux classes de citoyens au juste? Est-ce spécifié dans le projet de loi? Faut-il rappeler que les propositions incluses dans la Charte s'adressent à tous.

Et à l'égard du «deux classes de citoyens», pas un mot sur le fait que ce sont les médias qui, depuis le début, jouent le jeu du «nous» et du «eux», notamment en ayant fortement mis l'emphase sur les femmes musulmanes et plus généralement sur l'Islam. Rajoutons que le quatrième pouvoir se gargarise particulièrement de formule inconséquente et sensationnaliste telle que «c'est une tyrannie de la majorité».

Les jeunes libéraux se surpassent lorsqu'ils affirment craindre que l'adoption du projet de loi 60 permette à un futur gouvernement de s'attaquer aux droits de la communauté des lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres (LGBT). Alors que la plupart des grandes religions condamnent cette communauté, les considérant comme des «horreurs»; les méprisant, les persécutant, voilà que nos valeureux jeunes libéraux suggèrent que l'État doit laisser en son sein des signes religieux ostentatoires, ceux-ci bel et bien porteur de cette «interprétation» des LGBT. Et ainsi, selon les jeunes libéraux, interdire les signes religieux ostentatoires, ce serait aller à l'encontre du bien-être des droits de la communauté des lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres (LGBT)... La logique libérale me dépasse! Tout dernièrement, l'Inde criminalisait l'homosexualité, cette Inde qui selon Le Monde «se retrouve classée parmi un groupe constitué essentiellement de pays du monde islamique et de nombreux pays africains qui font de l'homosexualité un crime.»

Puis, j'y pense, qu'est-ce que proposent les jeunes libéraux au fait, au-delà de s'opposer «naturellement» au PQ? Que pensent-ils de la clause dérogatoire? De l'extension des dispositions vestimentaires aux élèves de la maternelle, du primaire et du secondaire? Du financement aux écoles religieuses? De la position de Fatima Houda-Pepin? Du tchador?

Alors que PQ souhaite affirmer notre État comme laïque, les jeunes libéraux n'ont de mieux que de lui poser l'étiquette de tyran - nouvelle trouvaille après les extrémistes, xénophobes et racistes -, elle est quand même bien bonne! Il n'est pas question de peur de l'autre, de rejet de la différence, d'une opposition entre un «nous» et un «eux», rien de tout cela. Pour concilier chaque culture, chaque religion évoluant au sein de sa société, on ne peut considérer les cas un par un, ce serait ni chose simple ni éclairante pour la population. L'Histoire est remplie d'exemples où l'association de l'État avec le religieux apporte sont lot de complications. Toute religion entretient très généralement des rapports ambigus et néfastes avec le pouvoir civil. Pour ne laisser aucune religion instrumentaliser le champ politique, il faut donc une laïcité forte. Pas antireligieuse ni autoritaire, mais simplement claire et balisée. On ne peut pas toujours régler les accommodements religieux devant la Cour suprême, d'où la nécessité d'un État laïque qui s'assume clairement. Dès maintenant. C'est d'envoyer un message clair que d'indiquer de laisser aux vestiaires les apparats religieux lorsqu'on est représentant de l'État. C'est de dire que les droits collectifs existent également!

Ce que j'entrevois chez les jeunes libéraux, c'est surtout l'absence de solidarité pour ces hommes et femmes qui sont venus s'installer au Québec pour fuir l'intégriste religieux galopant. Il n'y en a que pour une posture empathique dangereuse, une hégémonie des droits individuels et une foi aveugle dans l'idéologie multiculturalisme, celle-ci qui ne fait que nier le projet de vivre ensemble par une segmentation sociale et culturelle nourrit par un communautarisme pernicieux.

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