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«Ta gueule, le jeune!»

Comprenez-vous à quel point c'est loufoque que de se plaindre que les jeunes ne font rien, puis de les rabaisser à cause de leur date de naissance lorsqu'ils se décident à s'engager?

01/10/2017 08:00 EDT | Actualisé 01/10/2017 08:55 EDT
bowie15 via Getty Images

De nos jours, on entend fréquemment que les jeunes Québécois devraient plus s'impliquer pour l'avenir de leur société, notamment dans le monde politique. Je ne pourrais pas être plus en accord avec ce souhait : étant moi-même jeune et impliqué dans une formation politique, je peux constater sur une base journalière toute la différence que peuvent faire des jeunes qui décident de prendre part aux débats de société. Je ne doute pas un instant que c'est un combat qui en vaut la peine, car les bâtisseurs du Québec de demain ne bâtiront pas grand-chose avec uniquement du cynisme et de l'indifférence.

Ceci étant dit, il existe toutefois un double discours dans la population, sur Internet, alouette, qui m'exaspère au plus haut point. Apparemment, les jeunes n'en font pas assez pour influencer leur collectivité, mais lorsqu'ils font le choix de l'engagement, certains vont trouver moyen de se servir de leur âge contre eux. Comprenez-vous à quel point c'est loufoque que de se plaindre que les jeunes ne font rien, puis de les rabaisser à cause de leur date de naissance lorsqu'ils se décident à s'engager? Selon cette logique, il faudrait commencer à s'impliquer tôt dans l'adolescence, mais se la fermer continuellement jusqu'à quarante ans, lorsque « l'expérience » serait suffisamment acquise?

Pas plus tard que cette semaine, je signais un texte intitulé N'en déplaise à ses opposants, le PQ est toujours vivant, expliquant mon point de vue sur les prédictions de mort que reçoit le Parti Québécois depuis sa naissance et pourquoi ce n'est que du vent. Le soir même, j'ai ouvert mon Facebook pour constater qu'un de mes amis était en plein débat avec quelqu'un qui avait pour seul argument afin de discréditer mes positions : « Il est élève au secondaire. » Dire qu'il y avait là une carence d'argumentaire relève de l'euphémisme.

En rejetant des opinions uniquement parce qu'elles ont le malheur de provenir de quelqu'un qui est venu au monde il y a quinze, vingt ou vingt-cinq ans, on se coupe non seulement de perceptions et d'idées nouvelles, mais on contribue aussi à démobiliser ces jeunes en leur disant qu'ils ne peuvent pas s'impliquer pour l'avenir de leur société, car ils ne sont pas nés assez tôt.

Voyez-vous, l'âgisme est une forme de discrimination comme une autre : rien n'est plus fallacieux que de juger quelqu'un et de prendre en compte ou pas ce qu'il avance en se basant uniquement sur le critère le plus arbitraire qui soit, sa date de naissance. Certes, il s'agit d'une voie facile lorsqu'on est en manque d'arguments logiques, mais dans l'optique de relever le discours sur Internet, qui peut être assez houleux par moments, et dans la vie tout simplement, l'âgisme est à proscrire. Il faut que ça cesse, surtout si on entretient encore le voeu de voir plus de jeunes prendre part aux débats de société. En rejetant des opinions uniquement parce qu'elles ont le malheur de provenir de quelqu'un qui est venu au monde il y a quinze, vingt ou vingt-cinq ans, on se coupe non seulement de perceptions et d'idées nouvelles, mais on contribue aussi à démobiliser ces jeunes en leur disant qu'ils ne peuvent pas s'impliquer pour l'avenir de leur société, car ils ne sont pas nés assez tôt. Ainsi, on accomplit exactement l'inverse du but escompté, soit de voir une plus grande participation des jeunes Québécois au processus démocratique et dans la société en général.

Pour faire court, ce double-discours toxique doit cesser au plus vite, car il envoie le mauvais message : « Oui oui les jeunes, impliquez-vous! Ensuite on vous dénigrera parce que vous vous impliquez et que vous êtes jeunes! » Avec des pratiques de la sorte, ne vous demandez pas pourquoi c'est ardu de convaincre des jeunes de faire le saut en politique...

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