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Déclin du français: l’inaction n’est plus une option

Le gouvernement libéral a prouvé maintes et maintes fois: le statu quo est sa position.

29/11/2017 09:00 EST
Michaela Rehle / Reuters
Là où l'on passe de l'anormal à l'insultant, c'est lorsqu'un gérant de magasin, pourtant francophone, se permet de faire un lancement entièrement en anglais tout en se permettant un court mot en français dans le but avoué « d'accommoder la ville de Montréal et les médias francophones ».

Triste semaine pour le français au Québec. En plus du gérant de la boutique Adidas de la rue Sainte-Catherine a ouvertement affiché son mépris pour le français en le réduisant au niveau de vulgaire accommodement, le rapport de la vérificatrice générale a dressé le cinglant constat que la francisation au Québec est un échec sur toute la ligne. Tout cela porte à réfléchir sur les efforts déployés récemment afin de veiller à la bonne santé du français au Québec, vous ne trouvez pas?

En effet, il est absolument anormal pour toute société qui se respecte d'être incapable à ce point d'enseigner sa langue commune à ses nouveaux arrivants. C'est préoccupant de voir que seulement le tiers des immigrants qui en ont besoin s'inscrivent dans les cours de francisation, mais c'est encore plus aberrant de voir que 90% d'entre eux échouent ces cours. Avec des proportions aussi dramatiques, ce n'est clairement pas la faute des immigrants, mais bien celle de l'État québécois. Le pire là-dedans, c'est que Philippe Couillard refuse de voir la réalité et s'est même félicité de ces résultats en chambre. Est-il possible d'être plus déconnecté?

Si on en est rendu au point où les francophones eux-mêmes considèrent leur propre langue comme inutile sauf pour « accommoder », c'est un signe criant que l'on ne peut plus se permettre l'inaction sur le front linguistique.

Là où l'on passe de l'anormal à l'insultant, c'est lorsqu'un gérant de magasin, pourtant francophone, se permet de faire un lancement entièrement en anglais tout en se permettant un court mot en français dans le but avoué « d'accommoder la ville de Montréal et les médias francophones ». Si on en est rendu au point où les francophones eux-mêmes considèrent leur propre langue comme inutile sauf pour « accommoder », c'est un signe criant que l'on ne peut plus se permettre l'inaction sur le front linguistique.

L'inaction, voilà ce qui marque les dernières années en matière de protection du français au Québec. On choisit la position confortable de ne pas toucher à la Charte de la langue française en faisant semblant d'ignorer qu'elle est constamment charcutée par la Cour suprême du Canada, qui se fait toujours un plaisir d'invalider des dispositions permettant d'assurer la pérennité du français au Québec et, par conséquent, en Amérique du Nord. Ce soi-disant statu quo, c'est plutôt le désolant spectacle de regarder cette loi 101, jadis si complète, se faire démembrer lentement, mais sûrement par les juges du gouvernement fédéral, qui appliquent à la règle la Charte des droits et libertés imposée aux Québécois par Trudeau père.

Il ne s'agit plus que de préserver quoi que ce soit, il y a carrément une tendance à infléchir.

Les dernières semaines en disent plus à elles seules que toutes les statistiques linguistiques imaginables: le français est indiscutablement en déclin au Québec, autant chez les nouveaux arrivants, à qui on est incapable de l'enseigner correctement, que chez certains francophones, qui ne l'emploient plus que pour faire plaisir à d'autres. Que cela serve de signal d'alerte : nous n'avons plus le luxe de l'inaction, il faut agir pour que la différence québécoise continue de rayonner partout dans le monde. Il ne s'agit plus que de préserver quoi que ce soit, il y a carrément une tendance à infléchir.

À ce niveau, c'est incontestablement le Parti Québécois qui a le plan le plus solide et concret. Dans les 101 premiers jours de son gouvernement, Jean-François Lisée s'est déjà engagé à faire adopter la loi 202, qui regroupera plusieurs mesures pour redresser la tendance et mettre le français en valeur partout au Québec. Cela commence par l'application de la loi 101 aux entreprises de 25 à 50 employés afin de consolider le droit de ceux qui y travaillent de le faire en français. Le PQ souhaite aussi faire en sorte que 100% des immigrants économiques parlent français à leur arrivée au Québec, ce qui contraste fortement avec les 42% du PLQ ou la position de la CAQ, qui veut déporter les immigrants s'ils ne passent pas le test de français trois ans après leur arrivée. Également, le Parti Québécois s'engage à faire en sorte que les diplômés des cégeps et universités anglophones aient une maîtrise adéquate du français.

On l'a constaté ces derniers jours, l'immobilisme n'est plus permis sur la question linguistique si on ne souhaite pas franchir un point de non-retour. Le gouvernement libéral a prouvé maintes et maintes fois: le statu quo est sa position. Le plan le plus efficace pour renverser la vapeur et redonner de l'épine dorsale à l'État québécois, c'est le Parti Québécois qui l'a avec sa loi 202.

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