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40 ans après, il faut bonifier la loi 101

La Charte de la langue française de 2017 n'a plus rien à voir avec celle de 1977, d'une efficacité hors pair.

28/08/2017 11:21 EDT | Actualisé 28/08/2017 11:21 EDT
bakerjarvis via Getty Images
Alors que Philippe Couillard fait l'autruche et qualifie la loi 101 de « chiffon linguistique », le Parti Québécois a formulé le constat qu'il faut agir et compte bien le faire advenant son élection le premier octobre 2018.

Le 26 août 1977, le premier gouvernement du Parti Québécois ainsi que son ministre des Affaires culturelles, le docteur Camille Laurin, faisaient adopter la loi la plus marquante du Québec moderne, soit la Charte de la langue française. La loi du Dr Laurin avait pour lourde tâche de palier à ce sentiment d'infériorité ressenti par les Canadiens français en leur propre pays, relégués à des postes de subalternes à défaut de pouvoir speak white pour accéder aux postes de direction. Établissant le français comme langue de travail, langue d'éducation et langue d'affichage, la loi 101 a bouleversé le paysage québécois dès son adoption à la fin de l'été 1977. Dès lors, le Québec avait un visage résolument français et pouvait intégrer plus efficacement ses nouveaux arrivants, désormais tenus d'envoyer leurs enfants à l'école française afin d'apprendre dans la langue commune.

Quarante ans plus tard, le rempart bâti par le docteur Laurin contre l'assimilation s'est considérablement érodé, principalement à cause des assauts répétés de la Cour suprême du Canada et des groupes de pression anglophones contre celui-ci. Après une courte période de grâce accordée par la clause nonobstant, plusieurs dispositions de la loi 101 ont été invalidées par les tribunaux canadiens, dont l'affichage publicitaire strictement français ainsi que l'article faisant du français la langue de l'Assemblée nationale et des tribunaux. Alors qu'à son adoption, la Charte de la langue française avait su renverser la vapeur et augmenter le pourcentage de Québécois ayant le français comme langue d'usage, ce n'est désormais plus le cas : on remarque depuis les années 1990 un déclin soutenu des Québécois dont la première langue est le français, un déclin coïncidant avec la portée diminuée de la loi 101.

Il est illusoire de penser que rien ne changera si on reste assis sans vouloir légiférer alors que la Cour suprême liquide la loi 101, car si le Québec n'y touche pas, le Canada sabre sans gêne dans la loi la plus révolutionnaire de l'histoire québécoise.

Récemment, le mot d'ordre au Québec semble être : « Ne bonifions pas à la loi 101, ce serait trop. » Force est de constater que la Charte du docteur Laurin se fait amputer pièce par pièce par les tribunaux canadiens, même les jeunes du PLQ voulaient diminuer sa portée récemment. Donc, pour maintenir le statu quo linguistique, il est absolument impératif de bonifier la loi 101, ne serait-ce que dans le but de lui redonner son efficacité d'antan. Il est illusoire de penser que rien ne changera si on reste assis sans vouloir légiférer alors que la Cour suprême liquide la loi 101, car si le Québec n'y touche pas, le Canada sabre sans gêne dans la loi la plus révolutionnaire de l'histoire québécoise.

Pas plus tard qu'au mois de juin 2017, alors que Jean-François Lisée déposait un projet de loi visant à garantir le droit aux travailleurs québécois de travailler en français, un droit menacé par la Cour suprême, le premier ministre Philippe Couillard a répondu avec toute la condescendance du monde que le Parti Québécois « agitait le chiffon linguistique ». Est-ce là que nous sommes rendus, avec un premier ministre si anti-québécois qu'il qualifie la loi 101 de chiffon?

La Charte de la langue française de 2017 n'a plus rien à voir avec celle de 1977, d'une efficacité hors pair.

À la lumière de tout cela, une importante prise de conscience s'impose : l'immobilisme n'est plus une solution viable quant à la loi 101. La Charte de la langue française de 2017 n'a plus rien à voir avec celle de 1977, d'une efficacité hors pair. Désormais, pour assurer la pérennité du français, des gestes forts s'imposent. Très lucide face à cette réalité, le Parti Québécois de Jean-François Lisée a pris l'engagement solennel que dans les 100 premiers jours d'un gouvernement péquiste, une loi 202 sera votée pour palier aux lacunes de la loi 101 de 2017 et ainsi renverser la vapeur une seconde fois.

Parmi les dispositions que comportera cette loi 202, on compte notamment le rétablissement du droit des travailleurs de travailler en français, l'application de la loi 101 aux entreprises de 25 à 50 employés, l'exigence d'une bonne connaissance du français chez les diplômés québécois des cégeps et des universités anglais et une immigration francophone à 100%.

Il ne fait aucun doute que les mesures annoncées par Jean-François Lisée sont pertinentes et structurantes afin d'assurer l'avenir de la langue française en Amérique du Nord, ce que le gouvernement québécois a apparemment renoncé à faire en 15 ans de gouvernance libérale. Alors que Philippe Couillard fait l'autruche et qualifie la loi 101 de « chiffon linguistique », le Parti Québécois a formulé le constat qu'il faut agir et compte bien le faire advenant son élection le premier octobre 2018.

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