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On fait confiance aux femmes en politique, alors pourquoi pas dans le monde des affaires ?

28/01/2013 12:25 EST | Actualisé 30/03/2013 05:12 EDT
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La nouvelle est tombée cette fin de semaine: cinq des dix provinces du Canada ont maintenant à leur tête une femme. Un fait historique, et tous applaudissent cette diversité.

Cette nouvelle devrait pourtant nous amener à porter le débat sur une base plus large, et en particulier sur la question de la diversité dans le monde des affaires. Les Canadiens devraient notamment se poser la question de la bonne gouvernance de leurs entreprises. Alors que la population canadienne décide de faire confiance à des femmes pour gérer la moitié de leurs provinces, pourquoi celles-ci sont-elles si peu représentées dans les conseils d'administration ?

En effet, avec seulement 12,9% de femmes représentées dans les conseils d'administration des compagnies canadiennes cotées à la Bourse de Toronto, selon une étude de Deloitte de 2011 (ou 14,5% si l'on considère le Financial Post 500) , le Canada est très loin derrière les États-Unis ( avec 15,7% de femmes dans les conseils d'administration des entreprises du Fortune 500) , ou encore la France ( 20,8% au CAC 40), sans parler des pays nordiques comme la Norvège avec plus de 35%.

En 2011, 40% des entreprises du Financial Post 500 n'avaient encore aucune femme siégeant au conseil d'administration, selon la firme Catalyst. En ce début de 2013, Dollarama en est l'exemple le plus flagrant (entreprise dans laquelle les femmes forment la majorité de leur clientèle), ou encore McCain Foods et Hatch.

Dans ce paysage désertique, seules les sociétés d'État sortent la tête haute, ayant le plus fort pourcentage de représentation. Le Québec est aussi bien positionné relativement aux autres provinces, avec en 2011 17.2%, bien loin devant l'Alberta avec 10%.

La diversité, qu'elle se juge en terme du ratio hommes/femmes, de la représentation géographique, de l'origine ethnique ou encore de l'âge des administrateurs, est essentielle pour la bonne gouvernance des entreprises. Elle permet d'éviter que celles-ci ne soient victimes des habitudes ancrées comme elle permet d'éviter les angles morts.

En ce qui concerne les femmes en particulier, elle permet surtout d'élargir le pool de candidates. En effet, comme peu de femmes occupent aujourd'hui des postes de CEO - ou anciennement dans ces postes -, la diversité permet aux entreprises d'aller chercher des executives seniors, dotées expertises fonctionnelles très précises. Les conseils d'administration vont ainsi pouvoir aller chercher des complémentarités essentielles, telles que les connaissances en médias sociaux, technologie, finance, connaissance des opérations.

Malheureusement au Canada, il n'y a aujourd'hui que peu de coordination sur ce débat. Certes, quelques voix s'élèvent, et il existe quelques initiatives : l'association Women in Finance publie un annuaire, l'organisation Women on Board propose un programme de mentoring, et le Conseil canadien pour la diversité administrative propose une liste de 50 candidates . Mais c'est trop peu pour véritablement lancer le débat.

Pourtant, ailleurs, des initiatives démarrent : en Europe, l'année dernière, les universités et les écoles de commerce ont sélectionné dans le vivier de leurs anciennes diplômées les candidates les plus prometteuses et elles ont publié un annuaire. Le Financial Times a ouvert le mois dernier un annuaire en ligne sur Linkedin permettant aux recruteurs d'identifier facilement des candidates prêtes et expérimentées. Aux États-Unis, des associations comme le Women Corporate Directors permettent aux entreprises d'identifier les candidates qualifiées, déjà actuellement en poste.

Au Canada, c'est le grand vide. Alors que l'école Rottman de l'Université de Toronto et l'Universtié McGill fournissent les professeurs qui enseignent dans l'excellent programme de formation des administrateurs au niveau national (avec l'Institute of Corporate Directors), aucune des deux institutions ne semble montrer un appétit pour lancer le débat. L'association Women Corporate Directors, qui explose dans le monde, n'a qu'un chapitre à Toronto, mais aucune présence au Québec, en Alberta ou encore à Vancouver.

Alors, comment faire avancer le débat ? Voici quelques suggestions d'initiatives:

  • Encourager les investisseurs institutionnels, tels Investissement Québec ou la Caisse des Dépôts, à exiger une plus grande diversité dans les conseils d'administration des entreprises qu'elles soutiennent
  • Proposer que les investisseurs, et les actionnaires individuels ou minoritaires, posent la question de la diversité du conseil d'administration lors des assemblées d'actionnaires
  • Publier un index chaque année des progrès des entreprises canadiennes, et la liste des entreprises, cotées ou non, qui sont en dessous de la moyenne nationale
  • Créer une plateforme pour les CEO et présidents de conseils d'administration pour partager leur expérience et donner des exemples de ce que la diversité a amené dans leur conseil d'administration.
  • Chercher une championne qui portera le débat sur la scène publique et politique. En Europe, c'est Viviane Redding qui porte le flambeau, en Italie, la députée Alessia Mosca.

Si les entreprises canadiennes ne se prennent pas en main, alors le Canada n'aura pas d'autre solution que de lancer le débat sur les quotas, souvent mal aimés. Ils sont un excellent catalyseur, mais risquent aussi de polariser la discussion.

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