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Lettre à Estelle Cambe autour de <em>La femme qui court avec les loups</em>

28/09/2014 08:32 EDT | Actualisé 28/11/2014 05:12 EST

Madame,

Je ne sais pas comment vous souhaitez être appelée, mais en ayant lu cette phrase de votre texte La femme qui court avec les loups : « ... il y avait des ciels maritimes de fleur de sel... » Je sens que l'interpellation « poétesse » serait très appropriée et ne serait pas encombrante.

« Une fille partie sans bagages » doit avoir beaucoup à dire, madame, cependant, vos bagages intérieurs vous poursuivent comme de beaux feux fidèles. Vous avez bien voulu fuir « les monstres de la République... les hommes galonnés... les écrits morts de leurs idées immobiles, les textes des autres, leurs conventions caduques. » Vous avez bien osé avouer que vous n'étiez d'aucun régime, d'aucun témoin, d'aucune langue...ni le passé, ni le futur, ni toit ni loi, ni toi ni moi, mais vous n'aviez encore trouvé ni le chemin du cœur, ni l'âme ni la conscience chez vous, quête constante de repères pour plus tard pouvoir raconter des retrouvailles dans un mémoire écrit... pour les nuages et les tempêtes... et raconter l'histoire de ma vie dans le silence de l'hiver, l'étoile des neiges ce grand calme blanc et partager avec (le lecteur peut-être) vos soupirs de gazelle, inverser la course des étoiles et remonter en apnée vers l'air libre. Au fond - et à la surface -, vous ne vouliez pas approfondir l'éloignement les nuits éclairées du soleil vert. Vous rêviez du prince charmant, de la princesse au bois dormant, Weiss au pays des merveilles ; vous vouliez vous enlacer dans le tango des veuves, être l'étoile qui pleure sans un cri et vouloir tenter une transfusion d'âme.

Vous avez beau le réclamer, mais votre âme ne peut pas être en fuite, car vous avez créé des liens par l'écriture ; vous êtes heureuse - car vous n'avez plus peur d'être heureuse - de chercher l'écriture à l'université du Savoir ; vous êtes séduite par l'articulation des lettres en escargot. Votre texte, à mon sens, dégage une écriture noble sensuelle, bien qu'elle ne soit pas l'expression de la noblesse des élites pas trop aimée par vous Madame, mais fait malgré tout son entrée en scène. Est-ce pour cela que vous nous disiez que votre écriture est devenue virile... les mots ne parlaient pas... ! Est-ce pour cela que j'improvise à l'approche du centre du monde... car la beauté plastique avait remplacé le goût de la chair ! Saurais-je encore écrire, vous vous demandez. Ô la thérapeutique de l'écriture, l'expérience unique des signes !

Véritable ingénierie !

Madame, souffrez que je vous fasse des confidences. Je suis un grand lecteur de la plus belle poésie de ce monde : les psaumes, les grands versets de la Bible, le Cantique des Cantiques. Vos « versets » me renvoient à ces éminences et à ces éloquences si souvent déclamées dans des fora de gloire, de recueillement et de réjouissance spirituelles. L'âme, la conscience que vous cherchez et qui vous hantent sont là tremblantes d'espoir à vos pieds. À l'occasion, cela aurait été un véritable délice que votre texte puisse être rendu en ancien français pour mettre en meilleure évidence son étonnant côté pastoral marié à l'urbain. Vous courrez avec les loups qui vous inspirent une passion pour l'humain, un journal poétique contemplé à rebours, un conte.

Finalement, je vous invite à chercher une harpe, un plateau, une scène (même de rue) pour qu'explosent cette sève des arbres et cette étoile de neige.

Masculin ou féminin, vous êtes un écrivain de métier.

Recevez, Madame la poétesse, l'expression de mes meilleurs sentiments.

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