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La SAQ pousse le bouchon... trop loin!

03/12/2014 08:07 EST | Actualisé 02/02/2015 05:12 EST

Quand je suis arrivé au Québec, ma plus grande surprise était d'apercevoir sur les restaurants cette affiche: «Apportez votre vin». Jugement hâtif de ma part, je croyais que les restaurateurs n'avaient pas le goût suffisamment raffiné pour sélectionner du bon vin ou que le vin était trop cher pour que les restaurateurs disposent de leur propre cave à vins.

Je n'étais pas si loin de la réalité en lisant le dernier essai d'Éric Duhaime.

La SAQ pousse le bouchon!

Comment peut-on apprécier la saveur et la diversité des vins lorsque l'offre est limitée par le monopole de la SAQ? Avec les coûts prohibitifs de la SAQ comment peut-on développer le goût du bon vin?

La SAQ en chiffres

Le Canada est le 4e importateur de vins au monde soit près de 2 milliards de dollars en 2013.

La SAQ importe 156 des 373 millions de litres de vin importés au Canada, soit près de 42% du total.

Cette société d'État qui a pour mandat de faire le commerce des boissons alcoolisées a vendu 2,18 milliards de dollars de vins et 600 millions de dollars de spiritueux en 2013.

En 2016, à travers le monde seront vendus 165 milliards de dollars pour 31,5 milliards de bouteilles. Alors que 91% des ventes coûte moins de 10$ dans le monde, celles-ci ne représentent que 0,15% de l'offre de la SAQ.

Citoyens et consommateurs : doublement perdants!

À travers son essai, Éric Duhaime questionne les politiques publiques liées à la vente de vins et de spiritueux au Québec.

Il constate que la réglementation actuelle octroie un droit de vente exclusif ce qui rend les Québécois doublement perdants. Une première fois en tant que consommateur et une seconde fois en tant que citoyen. Un écho aux propos d'Alain Bouchard, le président d'Alimentation Couche-Tard en septembre 2013: «Les profits [...] de la SAQ, ce sont des taxes, pas de vrais profits.»

Les prix des alcools sont si élevés au Québec parce que l'État exige toujours plus de bénéfices pour plus de dividendes. Bon an mal an ce sont près d'un milliard de dividendes qui sont reversés à l'État québécois chaque année. Seule la volonté politique peut remédier à la situation.

Malheureusement, le ministre des Finances Carlos Leitao a perpétué la tradition des hausses. Le 1er août 2014, les taxes sur les boissons alcoolisées ont été rehaussées de 5 cents par bouteille de bière, 24 cents par bouteille de vin, 37 cents par bouteille de spiritueux.

Pour la concurrence et la déréglementation

Éric Duhaime est clair: «Privatiser n'est pas la solution, privé, public ou les deux, le monopole demeure un monopole et le consommateur est toujours perdant.» Il recommande d'ouvrir le marché des boissons alcoolisées à la concurrence et le dérèglementer.

Résidu du siècle de la tempérance, la SAQ n'a plus sa raison d'être en tant que monopole. Un permis de caviste délivré par l'État lui permettrait de garder le contrôle sur la réglementation sanitaire et sociale, et de percevoir des taxes.

Le cas albertain est un excellent exemple d'une déréglementation réussie. Celle-ci a permis de générer de l'emploi - les liquor stores sont passés de 200 en 1993 à 1 330 aujourd'hui - et au gouvernement albertain de percevoir plus de taxes.

Selon Frédéric Laurin, une déréglementation au Québec diminuerait les frais d'exploitation de la SAQ et génèrerait environ 2 500 à 5 000 emplois. Et par le fait même devrait éviter les scandaleuses primes annuelles des cadres de la SAQ de l'ordre de 3,4 millions à 9,4 millions de dollars entre 2005 et 2010.

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