LES BLOGUES

Lutter contre la fessée un lundi soir épuisée

24/11/2014 10:09 EST | Actualisé 24/01/2015 05:12 EST

La journée a été fatigante éprouvante. J'ai dû contrôler mes émotions, limiter celles des autres. J'ai pris sur moi, beaucoup. J'ai donné énormément pour motiver, fédérer, valoriser.

Et puis je suis rentrée.

Le frigo était désert alors je l'ai rempli en faisant un détour.

J'étais vidée de mes émotions, pleine des autres.

Et puis je suis arrivée.

Il était tard, les enfants m'attendaient pour eux aussi me donner.

J'ai pris leurs fatigues, j'ai répondu aux questions, j'ai slalomé et évité différentes zones de turbulence. J'ai changé de chaîne, pour faire taire la petite, signé une note pour calmer le grand.

Le grand.

Ses devoirs, un lundi soir...

Il m'attendait. Il devait chercher des mots dans le dictionnaire et y trouver les définitions de diverses expressions: "Quel sens donnes-tu à l'odeur mouillée". Il était inquiet de ne rien trouver dans son dictionnaire. La fatigue, l'inquiétude et la colère se sont mêlées l'empêchant de m'écouter. J'ai bien tenté de lui dicter, de proposer de manger avant cet énoncé, d'appeler des amies pour confirmer mon idée. Rien n'y a fait. Tout sortait...

La petite s'y est mise chagrinée par l'attention réservée au grand...

Et moi.

Et moi.

Et moi.

J'ai évité, esquivé. Et puis j'ai crié plus fort que de raison pleine de toutes ces émotions qui ne m'appartenaient pas comme pour les tenir au loin. J'ai respiré et j'ai lutté. Mon corps se réveillait, une boule grossissait. Les enfants ne se calmaient pas.

J'avais envie de partir loin, de les laisser en plan...

J'ai lutté encore, contre moi, mes démons enfouis au plus profond. J'avais envie de le taper pour tout arrêter, qu'il arrête sa colère qui me faisait si mal. J'ai rien demandé. Je voulais juste souffler moi. Et puis j'ai frappé. Le frigo. Juste le frigo. La douleur sur ma main était vive, mais matérialisée sur un objet qui ne pouvait souffrir lui, qui ne pouvait se plaindre, lui, qui ne pouvait être blessé par mes gestes violents.

J'ai évité la fessée, cette fois-là.

Je fais le souhait encore et toujours que ça perdure au long cours.

Je suis contre la violence. Je fais tout ce que je peux pour que ça n'arrive pas.

Mais tous les beaux discours et les gens bien intentionnés ne sont pas là quand je suis démunie, que les mots m'échappent, que je n'ai plus d'autres recours que de puiser au plus profond de moi pour résister à autant de colère, d'incompréhension qui ne m'appartiennent pas.

Il ne me reste ce soir que cette douleur au poignet, ma voix un peu éraillée et puis la fierté de m'être contrôlée.

Chercher au plus profond de mon Être des maux, pour que les mots apaisent, que les mots résistent, que les mots ne se taisent pas, qu'ils ne laissent pas mes vieux réflexes s'emparer de moi.

Je veux être celle-là qui parle, mais ne tape pas, qui rassure et ne vacille pas.

Je suis encore pleine de cette violence, de ce combat intérieur, alors je sors ces maux ici je vous les livre tel un trésor. Je me livre à vous sans autre prétention que de témoigner d'essayer un peu de vous raconter la tempête dans mon corps. Peut-être y retrouverez-vous un peu de vous. Peut-être qu'avec toutes nos imperfections on sera plus fort.

À l'heure où le gouvernement français cherche à légiférer, il ne faut pas oublier les solitudes des âmes. La loi ne changera rien aux pulsions des hommes. Protéger les êtres fragiles des blessures des grands, c'est une bonne chose, mais ça ne peut s'accompagner de bienveillance et de soutien pour trouver une autre éducation plus respectueuse du corps de l'autre. Et du sien.

Ce billet a également été publié sur le blogue Parler de ma vie.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Les conseils que les parents n'en peuvent plus d'entendre

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter