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La création d'emplois au Canada? Les conservateurs préfèrent régler leurs comptes

13/10/2014 11:59 EDT | Actualisé 13/12/2014 05:12 EST

À un bien mauvais moment, le crédit d'impôt aux petites entreprises des conservateurs coûtera 10 000 emplois aux Canadiens. Cette mesure est une tentative maladroite de faire oublier leurs erreurs dans le dossier des travailleurs étrangers temporaires.

La stratégie de création d'emplois de M. Harper s'embourbe. On a appris jeudi dernier, dans un rapport du Directeur parlementaire du budget (DPB) que le crédit d'impôt pour les petites entreprises annoncé le 11 septembre dernier par le ministre Joe Oliver, et que je dénonçais dans mon dernier article, ne va créer que 800 emplois. Certes c'est bien 800 emplois, mais à quel prix!

Il s'agit en effet d'un crédit de 15 % accordé pour les deux prochaines années aux petites entreprises dont les cotisations ne dépassent pas 15 000 $. Lorsqu'il a été annoncé, les économistes de tous côtés ont tout de suite dénoncé les erreurs dans ce plan. Tout d'abord, il encouragerait les petites entreprises à préserver leur main d'œuvre sous ce nouveau cap artificiel. De plus, la mesure inciterait les entreprises dont les cotisations avoisinent ce nouveau cap de 15 000 $ à faire des mises à pied ou à freiner les augmentations de salaire.

Il a fallu attendre le rapport du directeur parlementaire du budget émis le matin du 9 octobre pour faire rougir de honte les conservateurs. Au coût de 550 millions $, il estime que dans sa première année d'application, le crédit ne créera que 200 emplois, puis 600 de plus au cours de la deuxième année, au prix d'un demi-million par emploi. De plus, les conséquences d'avoir choisi ce crédit d'impôt, et de garder les taux de cotisations plus élevés que nécessaire coûteraient 10 000 emplois au pays. Quel gaspillage!

Il est vrai que la situation de l'embauche au pays est déplorable. Au cours de la dernière année, le Canada a enregistré une très faible croissance de l'emploi. D'août 2013 à août 2014, il s'est créé dans l'ensemble du pays 81 300 emplois nets et de ce nombre, seulement 19 % étaient des emplois à plein temps, soit 15 300. La situation est encore pire dans le secteur privé, où le pays connaît une perte nette de 57 000 emplois cette année, et toujours pire si on ne regarde que les emplois à temps plein, victimes d'une diminution de plus de 13 000 emplois depuis mai 2013.

Le crédit pour l'emploi visant les petites entreprises du gouvernement de M. Harper est une mesure populiste et clientéliste, qui fait sourde oreille aux experts en économie, et décourage autant l'embauche qu'il ne l'encourage. L'économiste Stephen Gordon de l'Université Laval en a témoigné : « La réduction des cotisations sociales est généralement avantageuse pour tous et donne lieu à la création d'emplois et à des salaires plus élevés. Les conservateurs n'ont pas saisi cette occasion lorsqu'ils ont créé un autre crédit d'impôt très ciblé. »

Pourtant, l'instrument utilisé par le DPB pour ses prédictions sombres était accessible aux conservateurs. Il a été emprunté du ministère des Finances. Par contre, ils tenaient absolument à se faire excuser leurs erreurs du passé. Les petites entreprises ne sont pas très heureuses des réformes au Programme des travailleurs temporaires apportées par le Ministre Kenney au printemps dernier dans leur tentative de « remettre le dentifrice dans le tube ». Pour quêter leur appui, le gouvernement s'est allègrement servi dans le surplus de la caisse d'assurance-emploi. Malheureusement, ce ciblage clientéliste cause justement les distorsions du marché qui empoisonnent la mesure.

Pendant ce temps, le Parti libéral a proposé une solution, qui contrairement à la mesure des conservateurs, bénéficierait seulement aux entreprises qui créent bel et bien des emplois et éviterait de créer un plafond artificiel sur la croissance des entreprises. En s'appliquant à tous nouveaux emplois créés, aucune distorsion du marché ne serait générée. Le plan libéral représente un avantage pouvant s'élever à 1 279,15 $ pour chaque nouvel emploi créé, ce qui, pour la moitié de l'investissement conservateur, soit 225 millions de dollars, stimulerait jusqu'à 176 000 nouveaux emplois. Il est vrai que les petites entreprises méritent un incitatif pour accélérer leur embauche. C'est pourquoi les Manufacturiers et exportateurs du Canada, Restaurants Canada, et la Fédération canadienne des entreprises indépendantes ont accueilli notre proposition à bras ouverts.

Nous croyons que ce n'est pas aux Canadiens de la classe moyenne à payer pour les bévues des conservateurs. Ce qui nous importe, c'est d'inciter l'embauche au pays et assurer une croissance durable qui aidera enfin les familles en difficulté de la classe moyenne!

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