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P-6, ou la patate chaude

13/04/2013 12:24 EDT | Actualisé 13/06/2013 05:12 EDT
Radio-Canada

Pour un gouvernement péquiste se prétendant social-démocrate, renoncer de se mouiller sur la loi municipale P-6, malgré des déclarations dénonciatrices de la Ligue des droits et libertés et de l'Association des juristes progressistes, relève de la mauvaise foi. On se souviendra que le Parti québécois avait décrié à maintes reprises le projet de loi 78, le dénonçant comme un bâillon à la liberté d'expression et ayant eux-mêmes participé à quelques manifestations sans qu'un itinéraire ait été fourni aux autorités policières, utilisant du fait cette prise de position comme un argument électoraliste.

Par contre, maintenant au pouvoir et pris à leur tour avec des manifestations, le besoin criant d'abroger une loi, fort similaire dans son impact et ses conséquences, ne se perçoit plus de la même manière. On tente d'en nuancer le contenu et d'y voir un règlement somme toute élémentaire. Ce serait se priver d'un outil fort pratique lorsque non seulement l'on tente de faire taire les protestataires, mais quand l'on se targue également d'avoir mis fin à la crise étudiante et sociale qui frappe le Québec depuis un an déjà et d'avoir ramené l'ordre et la paix sociale.

Donc, pour la loi P-6, hormis des interventions un brin maladroites soutenant sa relative bienveillance, la nécessité de ses exigences, gracieuseté du ministre Lisée et de ses comparses, on ne les y prendra pas!

Le billet d'Emmanuel Cree se poursuit après la galerie

Les promesses du PQ

Si les libéraux avaient opté de régler le sort du mouvement contestataire aux urnes, la tactique péquiste est tout aussi douteuse. Plutôt que d'assumer son rôle de législateur et d'exécutif (malgré un statut minoritaire, certes), et de maintenir une position cohérente à ses promesses antérieures, on choisit de s'en laver les mains. Ne voulant pas s'attirer les foudres des détracteurs de la loi P-6 ni de ses ardents défenseurs, on délèguera donc la tâche ingrate et délicate aux instances municipales d'encadrer le droit de manifester et de décider si cette loi doit demeurer en vigueur, et si l'on persiste à laisser un pouvoir discrétionnaire sur l'application du règlement aux policiers dont ils ne semblent vouloir se départir.

En outre, des élections municipales montréalaises étant annoncées depuis un moment, il n'est pas bien difficile d'interpréter cela comme une distorsion de la méthode libérale, à savoir que la question sera débattue et entendue aux urnes. Et compte tenu de la crise de confiance majeure qui sévit et accable la mairie montréalaise, les allégations de corruption qui sont monnaie courante, les maires qui passent, mais se ressemblent, la commission Charbonneau qui s'est vue octroyer un temps supplémentaire pour son travail, il m'apparait discutable de croire que l'enjeu électoral tournera autour de ladite loi et non du marasme et du bouillon infect qui règnent actuellement.

Une belle patate chaude que l'on refile à Montréal et son électorat et un superbe moyen d'étouffer un sujet qui pourrait ressurgir lors d'un appel au scrutin éventuel. Les péquistes sont contents, les libéraux n'ont pas à brandir le spectre d'un vote de non-confiance, la CAQ...continue d'être la CAQ; mais à l'Hôtel de Ville de Montréal, on doit se dire: Quoi? Pas encore tabar...

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