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Régis Labeaume tient-il Québec pour acquis?

31/03/2017 08:39 EDT | Actualisé 31/03/2017 08:39 EDT

En 2009 et en 2013, j'ai voté pour Régis Labaume. J'aimais son aplomb, son côté entrepreneurial, son style franc et direct. Aujourd'hui, je me questionne.

Régis Labeaume a pris le pouvoir en 2007. Dix ans de règne. Certes, les controverses n'ont pas manqué. Malgré des décisions mal fondées et prises dans la précipitation (Clotaire Rapaille, recul sur l'interdiction des pitbulls, etc.) ou des déclarations controversées (sa sortie sur «l'incompétence des fonctionnaires» en 2010, par exemple...), sa fougue entrepreneuriale jumelée à son flair politique lui ont permis de maintenir des taux de popularité enviables.

Toutefois, force est de constater que son étoile a terni et qu'il semble de moins en moins connecté avec les priorités des citoyens de Québec. Récemment, ses prises de positions surprenantes contre les «food trucks» et le troisième lien en sont des exemples éclatants. Dans les deux cas, il a dû se raviser.

De plus, le bilan des dix années au pouvoir de Régis Labeaume n'est pas que reluisant. Malgré ses promesses répétées pour réduire les dépenses, malgré le dernier budget qui prévoit un gel de taxes et une légère baisse de la dette, le palmarès des municipalités 2016 (produit par les HEC) montre que Québec ne se compare pas avantageusement parmi les 10 plus grandes villes de la province:

  • Québec est au 9e rang pour le coût de l'administration générale par habitant.
  • Québec est au 9e rang pour les dépenses municipales totales par habitant.
  • Québec est la troisième ville la plus endettée.
  • Le coût moyen des services est 21% plus cher que les municipalités de même taille.
  • Les citoyens y sont plus taxés qu'ailleurs, car la Ville se classe 9e en ce qui concerne le taux global de taxation réel.

De plus, la facture des taxes commerciales a augmenté depuis 2012, si bien quedes commerçants ont sonné l'alarme, car la survie de plusieurs est en péril après des hausses de taxes faramineuses. D'ailleurs, une étude de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) soulignait que parmi 121 villes du Canada, la Ville de Québec arrive en 2016 au 74e rang des meilleures villes entrepreneuriales, un score très moyen.

Sur le plan financier, le maire a subi un revers dans le dossier du coffre-fort virtuel qui a coûté 1,5 million de dollars. La Ville a largué le projet après trois années d'essais infructueux. Le maire Labeaume doit aussi défendre son entente avec Quebecor sur l'amphithéâtre et son impact sur les finances de la Ville, puisqu'en cas de déficit, cette dernière doit en éponger la moitié jusqu'à concurrence de 2,5 millions de dollars. D'ailleurs, en 2015 et 2016, les rentrées d'argent ont été beaucoup moins importantes que prévues et le Centre Vidéotron était déficitaire. Sans compter que Québec n'a toujours pas son équipe dans la ligue nationale.

Malgré ce bilan imparfait, le maire de Québec fait preuve d'une confiance déconcertante lorsque vient le temps de justifier ses décisions et agissements.

Lorsqu'il a été questionné sur son tour dans l'hélicoptère TVA (Quebecor, partenaire d'affaires pour le Centre Vidéotron), le maire n'a cessé de railler sur les journalistes en leur répétant qu'il trouvait cette histoire insignifiante, malgré le fait que le code d'éthique lui interdise une telle pratique.

Dans le cadre du budget provincial déposé mardi dernier, Régis Labeaume s'est empressé de dire que l'enveloppe de 56 millions prévue pour les plans et devis irait entièrement à la rive nord, faisant ainsi un pied de nez au maire de Lévis, qui est encore partie prenante des négociations. Le maire était incapable de justifier sa prise de position devant les journalistes et a été contredit le lendemain par les ministres Laurent Lessard et François Blais.

Le maire se comporte comme s'il pouvait faire ou dire ce que bon lui semble.

Ce qui est troublant, c'est l'attitude du maire Labeaume envers les journalistes qui font leur travail en le questionnant sur des sujets pertinents concernant ses décisions et sa gestion. Au fil du temps, il a multiplié les déclarations incendiaires et les refus de répondre aux questions des journalistes.

Le maire se comporte comme s'il pouvait faire ou dire ce que bon lui semble. Ce comportement préoccupant est souvent symptomatique des gens qui conservent trop longtemps le pouvoir et s'y confortent.

Une ville n'appartient à personne d'autre qu'à ceux et celles qui l'habitent. Le choix reviendra aux citoyens de Québec. Reste à voir si Labeaume sera réélu ou si une personnalité charismatique pourrait canaliser le mécontentement grandissant à son égard et lui ravir la mairie en novembre prochain.

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