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Lettre au directeur de l'Éducation

10/12/2015 02:32 EST | Actualisé 10/12/2016 05:12 EST

Monsieur Blais,

Je suis une élève de cinquième secondaire au Collège Jean de la Mennais. Il y a sept ans, à mon école primaire Saint-Lambert, j'ai organisé une vague humaine contre l'intimidation. Celle-ci a débuté avec les élèves de mon école primaire. Nous nous sommes tous alignés dans les corridors en nous tenant par la main. Toutes les personnes, enseignants et membres de la direction inclus, se sont levées un à un pour créer l'effet d'une vague.

Lors de cette journée, nous dénoncions l'intimidation verbale, physique et celle présente sur Internet pour souligner la semaine de la prévention de l'intimidation qui se déroule pendant le mois de novembre. À la suite de cet évènement marquant pour la ville de Saint-Lambert, de plus en plus d'écoles se sont jointes à nous afin qu'elles aussi puissent dénoncer cette forme de violence. Nous avons touché près de mille étudiants et étudiantes, autant au primaire qu'au secondaire, qui croient qu'il faut mettre un terme au chantage en participant à cette vague annuelle.

Dernièrement, j'ai su que les moyens de pression adoptés par les enseignantes et enseignants de mon école retarderont, voire feront en sorte que cette activité importante pour les élèves sera annulée. C'est la raison, entre autres, pour laquelle j'ai décidé de vous écrire, Monsieur le directeur de l'Éducation. Le fait que vous n'écoutiez pas la voix des enseignantes et des enseignants, qui veulent que vous respectiez leur emploi et le véritable boulot qui y est associé et que vous leur imposiez des restrictions irréalistes sans leur consentement préalable, sont les causes de leur mécontentement.

Monsieur le Ministre, vous êtes donc, en quelque sorte, directement responsable de la non-réalisation de la vague contre l'intimidation qui ne se fera pas cette année après plus de six ans de sensibilisation. Voulez-vous vraiment que ce message important envoyé aux élèves soit mis de côté?

J'ai créé la vague afin de mettre au grand jour les séquelles importantes qu'a l'intimidation sur une personne et son entourage, mais, surtout, de mettre fin à celle-ci une fois pour toutes.

Effectivement, les actions blessantes qui peuvent être posées par certains individus peuvent vraiment affecter, voir même faire disparaitre l'estime de soi aux victimes et parfois même la vie... Saviez-vous, M. Blais, que, par année, «6 % à 10 % des élèves québécois sont intimidés de manière répétitive»? (Sophie Allard de La Presse).

Ces chiffres ne tiennent même pas compte des personnes ayant été victimes de cette forme de violence, même si ce n'était qu'une seule fois dans leur vie! Votre site internet dit même que: «l'intimidation peut-être un geste, une intervention ou un commentaire qui vise à blesser, humilier ou frustrer une autre personne». Si vous avez écrit cela, c'est que l'intimidation est bien une de vos préoccupations en ce qui concerne les jeunes...

Les élèves du Québec sont votre priorité, n'est-ce pas? Alors, M. Blais, expliquez-moi pourquoi vous voulez augmenter le nombre d'élèves par classe. Expliquez-moi pourquoi vous voulez que plusieurs élèves souffrent de la diminution de la proportion de la relation enfant-enseignant. Expliquez-moi pourquoi vous augmentez le nombre d'heures qu'un éducateur ou qu'une éducatrice doit accomplir, en classe, sans leur consentement, et ce, sans augmentation de salaire?

Je comprends que vous devez vous «serrer la ceinture», mais il ne faut surtout pas le faire au détriment de l'investissement dans l'avenir de nos élèves. Selon le journal Le Devoir: «49 % des élèves du Québec qui finissent leur cinquième secondaire sont des analphabètes fonctionnels.» Dans cet article, l'analphabétisme au Québec -- Un fléau pour toute la société, Maryse Perreault, P.-D.G. de la Fondation pour l'alphabétisation, nous dit que les personnes analphabètes «[...] vont se retrouver au chômage [...]». Cela veut donc dire plus de dépenses pour la province du Québec. N'est-ce pas ce que vous voulez limiter, les dépenses?

Pour conclure ce texte, Monsieur le Ministre de l'Éducation, l'éducation déterminera si les élèves d'aujourd'hui seront de bons employés lettrés et éduqués demain. La sensibilisation à l'intimidation fait aussi partie de cette éducation, car il faut savoir qu'il est possible de mettre fin à ce phénomène récurrent. La vague contre l'intimidation est un moyen pour nos élèves de faire justement cela. Il ne faut surtout pas que cet évènement important soit oublié. Je vous remercie d'avoir lu ma lettre. En espérant qu'elle a allumé un signal d'alarme.

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