Élisabeth Émond

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Réponse à Mathieu Bock-Côté "Un parti souverainiste de droite?"

Publication: 03/12/2012 15:51

Monsieur Bock-Côté, récemment dans votre blogue, vous posiez la question suivante : « Pourquoi y a-t-il des partis souverainistes «de gauche»?

C'est une question toute simple à élucider: Il existe des partis souverainistes de gauche parce qu'indubitablement, le projet collectif doit s'accompagner d'une rupture avec la dépendance politique. De plus, l'insatiable quête de justice et d'égalité de la gauche rend la subordination d'un peuple naturellement insupportable. Il manquerait un morceau au casse-tête de la gauche si le débat sur l'indépendance ne faisait pas partie de son analyse. L'erreur que la gauche fait parfois est celle de croire que l'indépendance passera après le projet collectif alors que le projet collectif est tributaire des pleins pouvoirs sur les politiques de l'État qu'elle veut réformer. Si parfois la gauche ne voit pas en l'indépendance une fin en soi, elle n'oublie pas qu'elle est un levier puissant et nécessaire aux changements qu'elle idéalise.

Afin de clarifier vos propos, la « gauche à gauche de la gauche radicale » dont vous parlez, elle, remet souvent l'idée même de la conception de l'État en cause. Elle rejette l'idée de cette construction « bourgeoise », du découpage territorial imposé de force aux peuples. Elle prône la réunion des peuples à l'échelle mondiale. Elle ne se questionne pas sur la nécessité du Québec d'être un État indépendant. Elle ne se questionne pas sur la validité de la constitution canadienne ni plus des champs des compétences provincial/fédéral. Fort probablement que ce que vous nommez la « gauche de la gauche » ou la « gauche radicale » ne porte pas réellement sur celle-ci. C'est sans doute la répugnance que vous avez de la gauche qui vous pousse à le radicaliser plus qu'elle ne l'est en vérité.

L'indépendance comme une fin en soi

Pour revenir à votre texte, vous dites que les souverainistes conservateurs et de centre « voient l'indépendance comme une fin en soi » en opposition à une gauche pour laquelle ce ne serait pas le cas. Vous faites une revue très sélective de l'histoire politique québécoise.

Vous semblez croire que René Lévesque était de ces centristes (par extension ces « non-gauchistes ») qui faisait passer l'indépendance avant tout. Il a toutefois refusé l'élection référendaire (proposée par le RIN) dans un contexte qui n'avait pourtant encore jamais connu de jurisprudence en matière d'accession à l'indépendance. Il a proposé la « souveraineté-association » plutôt que l'indépendance claire, puis accepté le « compromis référendaire» de Morin pour se rendre jusqu'au quasi-suicide du « beau risque ». Bref, sans marchander la question nationale pour le projet de société, nous pouvons affirmer sans conteste que René Lévesque a compromis l'indépendance du Québec à quelques reprises. Cela a sans doute contribué plus amplement qu'il n'y parait de prime abord à l'espèce d'ambiguïté ou de malaise qui habite toujours les rangs du mouvement indépendantiste. René Lévesque portait-il réellement le projet d'indépendance comme une fin en soi ou plutôt, à l'instar de Lucien Bouchard, comme un effet secondaire du manque d'ouverture du Canada? La question se pose.

Le Parti québécois, de centre, fort d'un parcours tumultueux, a régulièrement mis l'indépendance de côté, par clientélisme, par intérêt, par électoralisme ou par quête du pouvoir. Est-ce mieux que ce que fait la gauche? Dans les deux cas l'indépendance est souvent remisée comme s'il y avait toujours plus urgent à faire que de la réaliser.

Toutefois, dans le camp de la gauche, nombreux sont ceux qui ont mis de côté leurs luttes idéologiques et ont porté l'indépendance comme une fin en soi. Les Gérald Godin, Andrée Ferretti, Pierre Bourgeault, Louise Beaudoin, Rémy Trudel et même Gilles Duceppe devraient vous rappeler que l'indépendance n'est pas portée plus loyalement par la droite qu'elle peut l'être par la gauche.

Pourquoi n'y a-t-il pas de parti souverainiste de droite au Québec?

Difficile d'y répondre. Je soulève trois pistes, rapidement:

Premièrement, l'ultime sacrifice? : Vous croyez qu'il n'existe pas de parti souverainiste de droite, parce que les gens de droite sont plus enclins aux compromis qu'ils mettent sur la glace leur idéologie pour accéder à l'indépendance. Vous oubliez qu'il n'y a pas de parti de droite « tout court », de droite fédéraliste, non plus, au Québec. Où sont les fédéralistes de droite? Ils ont aussi sacrifié leur idéologie pour quoi? Le pouvoir? Doit-on conclure qu'au Québec la droite ne fait que se sacrifier continuellement pour toutes autres causes?

Deuxièmement, l'arbre qui tombe dans la forêt fait-il du bruit? : Peut-être n'y a-t-il pas autant de gens de droite que vous le prétendez. Il y a lieu de se demander si suffisamment de Québécois sont de droite pour justifier l'existence d'un parti qui leur serait propre. Peut-être que la droite n'a pas d'espace à elle parce qu'elle n'existe pas de manière suffisamment importante.

Troisièmement, l'immobilisme de la droite : L'absence, tout comme le silence, est une bien vaine manière de faire avancer ses idées. La gauche possède la force mobilisatrice. C'est souvent par elle que passent les grands renversements, les révolutions, les changements politiques majeurs. La gauche possède la force de l'activisme, la fougue. Si le conservatisme souscrit à une idéologie du « statu quo », comparativement à une gauche qui s'inscrit dans le « projet collectif », peut-être devrions-nous nous questionner sur l'apport réel que l'idéologie de droite peut avoir sur le projet collectif qu'est l'indépendance du Québec.

L'indépendance n'est ni à gauche ni à droite

Mais comme vous le dites, l'indépendance n'est ni à gauche ni à droite. Paradoxalement, vous vous acharnez à trier les indépendantistes dans ces axes précis, comme si vous pensiez y trouver là la clé de l'impasse dans laquelle la question nationale est cloisonnée. Au final, à quoi servirait un parti souverainiste de droite? Ce qu'il manquait sur l'échiquier politique québécois ces dernières années était un parti indépendantiste au sein duquel l'indépendance n'est ni un hochet, ni une déclinaison subtile d'un autre projet. Tout simplement.

Vous dites « La cause nationale ne progressera vraiment qu'à partir du jour où les souverainistes trouveront plus important d'être souverainistes que de se comporter en «gauchistes» ou en «droitistes». ». Je dirais plutôt que la cause nationale ne progressera vraiment qu'à partir du jour où les partis politiques qui prétendent en être les porteurs cesseront de la sacrifier. Ni la gauche, ni la droite, ni le pouvoir, ni les intérêts partisans ou privés ne devraient avoir préséance sur l'accession du Québec à sa liberté politique.
Ainsi, il aurait été plus juste de titrer votre article comme suit : « À quand un parti résolument indépendantiste? ».

Cette question, nous y répondions le 31 octobre 2011 en fondant Option nationale.

 

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