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La Commission Charbonneau ou le supplice de la goutte d'eau

06/11/2012 04:43 EST | Actualisé 06/01/2013 05:12 EST
AP
Montreal Mayor Gerald Tremblay speaks during a news conference in Montreal, Friday, May 18, 2012, after the city adopted a new bylaw banning the wearing of masks during demonstrations which will come into effect on Saturday May 19. (AP Photo/The Canadian Press, Graham Hughes)

« Les brutes épanouies qui se rasent le matin en riant aux éclats de leur infamie sont assez rares. Hélas, les tueurs gouvernementaux ont généralement une allure policée et un discours correct. » - Alexandre Jardin

Depuis quelques jours, les têtes tombent les unes après les autres.

On sent l'énervement, la fébrilité de la population, assoiffée de détails sur un milieu qu'on ne découvre généralement que dans les films, et de manière très séduisante. On sent aussi le découragement, ou même parfois l'indifférence « bah, ça faisait longtemps qu'on s'en doutait ». Pour ma part, je suis cette saga avec un brin de cruauté : qui sera le prochain à tomber?

Une chose qui me plaît aussi, c'est de m'imaginer ce que doivent ressentir ces criminels, quand ils se mettent à vouloir fuir, ou qui, paniqués, décident de lever la main dans l'urgence pour prendre la parole et vider leur sac. Comme cette culpabilité palpable dans « The tell-tale heart », qui vous rend fou et vous pousse à tout avouer. Pour ceux qui ne sont pas encore rendus à ce point de rupture, je les imagine assis sur le bout des fesses sur le bord du lit d'une chambre d'hôtel, à regarder la télé, une petite goutte de sueur au front, en priant le ciel que leur nom ne sorte pas au grand jour.

Hier soir le maire Tremblay a démissionné. Très peu de surprise et beaucoup d'enrobage comme pour conserver l'image d'un maire dont on pourrait être fiers si l'envie nous prenait.

Le plus grave, c'est que ce sont des criminels à cravates, des élus, des gens de confiances, des personnalités publiques, des compatriotes, des citoyens parmi nous. Ce sont sans doute les plus dangereux des criminels parce que ce n'est pas la folie passagère qui les prend. C'est plutôt la rationalisation et la légitimation d'un acte criminel qui s'opère et se renforce jour après jour. Le crime institutionnalisé est sans doute le pire des crimes parce qu'il est difficile à contester, il devient « norme ». L'Histoire est remplie de ces criminels « corrects ».

« Des êtres apparemment réglo - et qui le sont sans doute - peuvent être mêlés aux plus viles actions dès lors qu'ils se coulent dans un contexte qui donne un sens à leurs actes. Lorsqu'un individu doté d'une vraie colonne vertébrale morale s'aventure dans un cadre maléfique, il n'est plus nécessaire d'être le diable pour le devenir. Le décrochement éthique a déjà eu lieu, sa folle dynamique est enclenchée. Inexorable et fatalement ignoble. » - Alexandre Jardin, Des gens très bien, 2010

Malgré le fait que leurs aveux grinçants ont parfois su réveiller notre fibre compatissante, je crois qu'ils auront eu au final, quelque chose qui doit ressembler à une lente et douloureuse crise cardiaque. Le supplice de la goutte d'eau, ce sera toujours ça de pris non ?

Ce qui me chicote dans toute cette histoire, c'est que j'ai du mal à croire que ces mafieux, ces arnaqueurs, ces trafiquants aient réussi à cacher leur jeu toutes ces années à leur entourage. Dans certains cas, on a même supposé qu'il devenait « difficile » de dépenser les sommes d'argent amassées sans que la conjointe (ou la famille) ne s'en aperçoive. Incroyable. J'imagine que les conjointes trouveront là une porte de sortie toute bien indiquée, qu'il vaut parfois mieux prendre trop tard que jamais.

Par contre, je ne suis pas si naïve. Je sais que pour chaque démission que nous verrons au grand jour, il se cachera dans la pénombre des dizaines, voire des centaines de personnes qui auront été d'une manière ou d'une autre, témoin de ces trafics. Ces gens ne seront peut-être jamais jugés, du moins jamais sur la place publique. Je n'ai pas plus de respect pour ceux qui regardent et implicitement consentent, que ceux qui passent à l'action. Je ne doute pas une seule seconde que ces personnes, malgré l'anonymat, tremblent parfois quand on converse à la légère avec eux, de ces histoires incroyables qui semblent tout droit sorties d'un film d'Al Pacino. Vous remarquerez le trémolo dans leur voix ou leurs mains fébriles cherchant à s'occuper maladroitement.

Je crois aussi sincèrement qu'il faut que nous soyons une relève forte pour purger le monde politique de ces ignobles serviteurs. Je nous espère capables de meilleurs et de plus grands desseins pour l'avenir du Québec, et de la métropole. Alors nous pourrons nous regarder fièrement (même un peu narquoisement) et nous dire que finalement, c'est peut-être vrai que ce sont les bons qui gagnent à la fin.

Démission de Gérald Tremblay


Gérald Tremblay


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