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La légalisation du pot, mais à quel prix?

22/06/2017 09:33 EDT | Actualisé 22/06/2017 09:35 EDT

Je suis mitigée. D'abord, parce que la marijuana a été ma drogue de choix pendant presque 20 ans et que pour moi, c'est un défi de ne plus la consommer. Elle m'a accompagnée durant plusieurs époques de ma vie et malgré les bad trips, la paranoïa et les vomis (oui, ça fait ça!), j'avoue que ma relation d'amour-haine avec la mari a été très spéciale par moment. Aujourd'hui, quand je me promène dans la rue et que je « pogne des drafts de pot », je ne trouve pas ça évident, même si ce n'est plus une lutte quotidienne de ne pas fumer.

Pour quelqu'un qui doit composer avec la dépendance, la tentation et l'obsession même peuvent se déclencher à tout moment et c'est une des raisons pour laquelle je ne me réjouis pas du fait qu'on va légaliser le pot au Canada.

Remarquez, légal ou pas, le monde fume déjà dans les rues et on peut se procurer facilement à peu près n'importe quelle substance sur le coin de la rue. Mais disons qu'égoïstement, je n'ai aucune envie qu'à tous les coins de rue, ça sente la marijuana LÉGALE à plein de nez.

Disons qu'égoïstement, je n'ai aucune envie qu'à tous les coins de rue, ça sente la marijuana LÉGALE à plein de nez.

Pour certains, fumer c'est « récréatif »! J'ai lu plusieurs témoignages dans les dernières semaines, des témoignages un brin ridicules de consommateurs quotidiens qui sont clairement dans une grosse bulle de boucane toxique pour penser que de fumer tous les jours c'est « récréatif »... Y'a rien là, juste un petit joint avant de me coucher pour m'automédicamenter... juste un petit verre, juste une petite Ativant! Pour mieux dormir, pour se soulager du stress de la journée... Incroyable ce qu'on peut se faire croire pour justifier la consommation.

J'ai longtemps pensé que ma consommation était récréative. Mais non! Lentement mais sûrement, la dépendance s'est installée. Me geler, me permettait d'atténuer les chocs de la vie, la souffrance quotidienne de voir le monde se détériorer, la déception de ne pas réussir ou de ne pas cadrer dans la société. J'ai commencé à consommer super jeune. Alors oui, je sais par expérience qu'il y a un réel impact à consommer à un jeune âge sur le développement physique et psychologique. J'espère de tout cœur qu'un des avantages de la légalisation sera que les gens seront mieux informés que moi à cet âge à propos de ce qu'ils consomment. Enfin, si les emballages sont réglementés et si on identifiés bien les dangers de fumer comme le gouvernement souhaite le faire.

C'est clair que la dope du crime organisé peut être louche, à ne pas savoir ce qu'on fume, le risque de devenir accroc ou de faire une overdose devient plus grand. Mais je me questionne, le crime organisé perdra des recettes liées à la vente de la marijuana, alors, jusqu'où iront-ils pour récupérer les dollars perdus ou «volés» par l'État? Ça, ça m'inquiète! On légalise d'un bord et on contribue à empirer le trafic des drogues plus puissantes à meilleurs coûts?

Et les jeunes là-dedans, ils vont consommer ce qu'ils trouvent, légal ou pas, mais les drogues plus fortes seront-elles encore plus fortes, encore plus destructrices ? Et pendant qu'on est tous préoccupés par la légalisation du pot, il se passe quoi avec la banalisation de la consommation excessive d'alcool qui fait beaucoup trop de morts sur les routes chaque année, sans parler de tous les autres drames qui surviennent à cause des usages excessifs. Il se passe que l'État continue de faire la promotion à outrance de l'alcool et que tout ce qui est véhiculé dans les médias, c'est que consommer, c'est très lifestyle et omniprésent - pour avoir du fun. On sait que les problèmes de santé liés à la consommation abusive, l'alcoolisme et la toxicomanie nous coûtent des milliards de dollars en tant que société.

Je souhaite en tant que citoyenne que notre gouvernement prenne très au sérieux la santé de nos jeunes. On entend que la priorité du ministère de la Santé sera la sensibilisation et la prévention pour s'assurer que les jeunes soient bien informés. Est-ce que l'on peut avoir confiance que l'argent généré par la légalisation du pot sera bien réinvesti en éducation et en prévention?

Aujourd'hui, être sobre, me permet de voir plus clair, et je ne peux m'empêcher de dire que la promotion de la sobriété est une tactique trop peu utilisée. Oui à l'éducation, la sensibilisation, la prévention, mais pourquoi pas la promotion de la sobriété comme une option envisageable, autant pour le jeune à risque que pour monsieur et madame tout le monde qui consomme tous les jours. Mon propos n'est pas de dire que tout le monde soit dépendant ou alcoolique, mais il y a matière à réflexion quant à la consommation en général et c'est pourquoi je trouve important de mentionner l'initiative Soberlab qui a clairement sa place sur le plan de la santé publique.

La promotion de la sobriété est un moyen, un outil qu'on doit mettre de l'avant, collectivement. Certes, c'est possible d'être heureux sans être buzzé à temps plein et les consommateurs qui n'ont pas de « problème » pourront voir que c'est possible de vivre sobrement sans pour autant que la vie soit plate.

Le Soberlab c'est aussi un laboratoire, un incubateur de projets artistiques (écriture, expression de soi, image, film) qui permettent à des gens qui souffrent de tous types de dépendances (même les dépendances socialement acceptées) d'exorciser quelques démons au passage, de retrouver l'estime de soi et de favoriser un sentiment d'accomplissement que tout être humain sur terre peut porter en soi. Et que dire de cette flamme, cette passion réveillée qui garde en vie. Accomplir quelque chose, compléter un projet dans un esprit de communauté, avec des gens qui vivent les mêmes combats au quotidien, celui de la dépendance, c'est un remède en soi. À la veille de la légalisation du pot, je souhaite aux personnes qui sont stigmatisées de tout bord tout côté à cause de leur maladie de faire entendre leur voix. Ça, c'est ma mission de vie et celle de Soberlab aussi. Espérons que l'argent du « pot » servira à faire du bien et à embellir la société!

Soberlab lance le deuxième défi : Es-tu game de faire le party à jeun, le 8 juillet à Québec (La Grange de Stoneham) dans le cadre de sa campagne de sociofinancement (ULULE): http://soberlab.ca/

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