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Stupidville et les médias sociaux

18/03/2013 11:40 EDT | Actualisé 18/05/2013 05:12 EDT
AP
Trent Mays, 17, left, and co-defendant 16-year-old Ma'lik Richmond sit at the defense table during a recess of their trial on rape charges in juvenile court on Thursday, March 14, 2013, in Steubenville, Ohio. Mays and Richmond are accused of raping a 16-year-old West Virginia girl in August of 2012. (AP Photo/Keith Srakocic, Pool)

Les médias sociaux sont une réalité de notre temps. On en consomme une fois, deux fois et même parfois cent fois par jour. Nous avons nos addictions de prédilection: Facebook, Twitter, Instagram, etc. En fait, cela fait partie de notre ADN technologique. Cependant, un fait divers ou plutôt un méfait peu habituel a retenu mon attention, au point de me questionner sur l'utilisation des médias sociaux.

Vous en avez certainement entendu parler. À Stupidville ou plutôt Steubenville, des jeunes footballeurs populaires ont abusé sexuellement d'une gamine intoxiquée. Cette histoire, vous l'avez peut-être entendu l'année dernière ou même l'année d'avant, c'est peut-être arrivé à la fille de votre voisine - vous savez, celle qui porte des jupes trop courtes (si seulement elle s'habillait correctement, celle-là).

Malheureusement, le viol est un acte presque commun. Ce qui diffère des statistiques dans le cas de Steubenville, c'est que les coupables aient diffusé la vidéo de leur crime, et ladite vidéo a même fini par atterrir sur les médias sociaux.

C'est là que ça me surprend. Est-ce une question de génération? Comment comprendre que les ados d'aujourd'hui puissent penser que les médias sociaux sont un espace privé, inhérent à leur existence, au point où, tout, même l'inimaginable doive y être partagé?

Au-delà du procès de toute une génération, que comprendre de ce besoin de partager un acte aussi abject avec son entourage? Les médias sociaux sont-ils perçus comme un espace irréel, presque un jeu vidéo où les actions n'ont pas de conséquences véritables? Les médias sociaux ont-ils détruit la frontière entre le réel et le fictif, au point de perdre toute une génération?

Je l'ai dit d'entrée de jeu, je suis moi-même addict aux médias sociaux. Doit-on imaginer qu'avec une copine, nous finirons par kidnapper, puis violer le type cute qu'on a croisé à la soirée de machin chouette la semaine dernière? Je ne crois pas non. Je ne peux même pas l'imaginer en rêve, comment comprendre que des gens puissent en arriver là. Mais alors, faut-il envisager que les coupables de ce viol soient des monstres, qui ne représentent en rien les problèmes de notre société 2.0? Cet acte n'est-il pas le reflet de leurs envies les plus profondes?

En regardant les choses autrement, cet élan de partage social a permis de prouver le caractère animal de ce viol. La justice n'avait pas d'autre choix que de condamner ces ados, en dépit du flot de leurs larmes et l'étendue de leurs regrets. Il était impossible de croire les témoins qui présentaient la victime comme une pitoune qui ne rêvait que d'une chose, se faire violer par ces deux «bons gars». Sans cette vidéo, elle aurait été une autre de ces filles qui hurlent à la mort qu'elles ont été les victimes d'un viol, face à des agresseurs qui les présentent comme des allumeuses.

Sur un ton plus léger, on peut rire de ces gens qui ont posté leurs photos sur Facebook avec le iPhone ou le iPad qu'ils venaient de voler. Quoi de mieux pour les victimes, qui n'espéraient même plus retrouver leurs précieux objets. Dans ce cas-là, il était même possible de faire arrêter les odieux malfrats. Coup double!

En fin de compte, sans les médias sociaux et l'envie incontrôlable de tout partager qui en résulte, ces crimes et délits n'auraient jamais pu être résolus. Ainsi donc, les médias sociaux ne sont pas un mal, mais un outil qui montre à quel point la société va de mal en pis.

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