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Les pauses allaitement sont rentables pour les travailleuses

28/10/2013 12:33 EDT | Actualisé 27/12/2013 05:12 EST

Le Canada fait partie d'une minorité de pays qui ne garantissent pas encore le droit à des pauses rémunérées pour l'allaitement. Nous avons tous droit à une pause déjeuner au travail. Les nourrissons, eux, ont-ils accès au repas le plus nutritif qui soit?

64% des Canadiennes et 60 % des Américaines qui s'occupent d'un nourrisson ou d'un bambin font partie de la population active. Pourtant, ni le Canada ni les États-Unis n'accordent aux mères au travail un droit élémentaire qui leur permettrait de veiller à leur propre santé et à celle de leur enfant dès sa naissance, alors que les deux pays en ont les moyens.

La bonne nouvelle pour les premières, c'est que le Canada garantit un congé de maternité payé de 15 semaines et le Québec, jusqu'à 18 semaines. Fait tout aussi important, hommes et femmes ont la chance d'être traités sur un pied de quasi égalité lorsque vient le temps d'entamer leur vie familiale et professionnelle : l'un ou l'autre parent a droit à un congé rémunéré de 35 semaines. (Le Québec accorde un congé parental de 32 semaines, en plus d'un congé de paternité de cinq semaines.) Ce sont là de meilleures dispositions que celles qu'on trouve dans les trois quarts des pays du monde.

Ces mesures tranchent nettement avec la situation qui prévaut au sud de la frontière. En effet, les États-Unis arrivent pratiquement en queue de peloton : ce pays n'a pas adopté le congé de maternité rémunéré et figure parmi seulement sept pays dans le monde à ne pas l'avoir fait. Or il s'agit d'une mesure qui offre de nombreux avantages, car elle augmente notamment les chances que le nouveau-né reçoive des soins personnalisés, que sa mère l'allaite et que ses parents s'adaptent bien à leur nouveau rôle et établissent un lien étroit avec leur bébé.

Malgré tout, le congé de maternité seul ne peut suffire à assurer le bien-être des nourrissons. Le retour de la mère au travail signifie le plus souvent la fin de la période d'allaitement. Or le fait de travailler ne devrait pas nécessairement conduire à un faible taux d'allaitement. Le travail ou l'activité ne font pas baisser la quantité ou la qualité du lait maternel, ni même l'exercice vigoureux. Ce n'est pas une question de biologie, mais plutôt un problème associé au manque de temps ou de cadre propice pour allaiter et tirer son lait. Il faut donc accorder aux femmes les conditions requises, soit du temps et un espace dédié à ces tâches, ainsi qu'une garderie à proximité de leur lieu de travail ou un endroit pour conserver le lait maternel.

Au Canada, il n'existe pas de disposition qui accorde aux travailleuses le droit de se prévaloir de courtes pauses pour allaiter ou tirer leur lait (et cela même si certaines commissions des droits de la personne ont déterminé que les obstacles à l'allaitement maternel constituaient une forme de discrimination fondée sur le sexe).

Le Canada fait figure d'exception à cet égard; dans 130 pays, les femmes ont droit à une pause allaitement rémunérée et dans sept autres, à une pause non rémunérée. Même les États-Unis ont emboîté le pas depuis l'adoption de la réforme de la santé.

Au début de l'année, mes collègues et moi avons publié dans la revue de l'Organisation mondiale de la santé une étude confirmant que les pauses réservées à l'allaitement donnent des résultats. Selon nos recherches, le fait d'y avoir accès pendant une période d'au moins six mois contribue à une augmentation notable du nombre de femmes qui s'engagent dans l'allaitement exclusif.

C'est une mesure qui ne coûte pas grand-chose. Il est difficile de croire qu'un milieu de travail capable d'accorder une pause repas à ses employés ne puisse pas trouver un moyen d'accorder aux femmes une pause allaitement. En fait, on peut difficilement trouver façon moins chère de promouvoir la santé.

L'allaitement est une mesure importante dans la promotion de la santé des femmes et des enfants. Il diminue de quatre à quatorze fois le risque de maladies diarrhéiques chez le nourrisson; le risque de maladie respiratoire est divisé par cinq.

Même si ses avantages absolus sont plus nombreux dans les pays à faible revenu, l'allaitement réduit aussi de façon marquée les risques de maladie dans les pays à revenu élevé. Les études menées dans les pays riches et pauvres montrent que le taux de mortalité est de 1,5 à 5 fois plus bas chez les enfants nourris au sein. De plus, l'allaitement est associé à des taux plus faibles de maladies chroniques comme le diabète et la maladie inflammatoire chronique de l'intestin, ainsi qu'à un meilleur développement du cerveau.

Les mamans s'en portent mieux elles aussi. Chez les femmes qui allaitent, l'intervalle entre les grossesses est plus long, ce qui se traduit par une diminution de la morbidité et de la mortalité maternelles; le taux de cancer du sein avant la ménopause est plus faible et le risque de cancer de l'ovaire, d'ostéoporose et de coronaropathie serait potentiellement moindre.

Il y a des mères qui décident de ne pas allaiter, d'autres qui ne peuvent le faire pour des raisons de santé et d'autres encore pour qui c'est difficile. Malgré tout, la grande majorité des Canadiennes (85 %) allaite dans les premiers temps. La question est de savoir si on leur donnera la possibilité de continuer, quand on connaît tous les bienfaits de cette pratique pour elles-mêmes et leurs enfants.

Du point de vue sanitaire et économique, les pauses allaitement tombent sous le sens. Alors, quelle province ouvrira la voie en adoptant une politique susceptible d'engendrer à un moindre coût des retombées parmi les plus avantageuses en matière de santé, à l'image de ce qu'ont fait tant d'autres pays?

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