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Santé mentale et respect des droits humains: le Québec obtient-il la note de passage?

09/12/2014 10:52 EST | Actualisé 08/02/2015 05:12 EST

En cette Journée internationale des droits de la personne, nous devons nous questionner si le Québec obtient la note de passage en matière de respect des droits humains, plus spécifiquement en lien avec les personnes vivant ou ayant vécu un problème de santé mentale.

L'Organisation mondiale de la santé sanctionne le droit fondamental de tout être humain de posséder le meilleur état de santé qu'il est capable d'atteindre. Le droit à la santé suppose de pouvoir accéder en temps opportun à des soins acceptables, abordables et de qualité appropriée. Pour que le droit à la santé soit une réalité, les États doivent créer des conditions permettant à chacun de jouir du meilleur état de santé possible. D'ailleurs, au Québec, la Loi sur les services de santé et les services sociaux consacre ce droit comme un élément fondamental de notre système gratuit et universel.

Sachant que le traitement de prédilection pour les personnes vivant un problème de santé mentale demeure le recours aux psychotropes, que ces derniers ont des effets indésirables considérables et sachant que le recours aux thérapies alternatives comme la psychothérapie est difficile, voire inaccessible, peut-on vraiment parler de soins «acceptables, abordables et de qualité appropriée»? S'agit-il ici de conditions optimales pour permettre à tout être humain de «posséder le meilleur état de santé qu'il est capable d'atteindre»? Poser ces questions, c'est y répondre!

Et que dire du fait que nous assistons à la psychiatrisation des problèmes sociaux laquelle profite, à coups sûrs, aux compagnies pharmaceutiques? Cela répond davantage à une logique de marché qu'à une réelle mise en œuvre du droit à la santé.

Maintenant, en matière du respect des droits et libertés fondamentales des personnes vivant ou ayant vécu un problème de santé mentale, rappelons qu'ils sont bafoués régulièrement! Par exemple, le droit à la liberté, au consentement libre et éclairé aux soins, à une défense pleine et entière, à la représentation par avocat est fréquemment violé dans le cadre des procédures juridiques d'exception permettant d'hospitaliser, de médicamenter ou d'héberger une personne contre son gré. Ces pratiques sont connues, mais persistent. Pourquoi? C'est que les personnes vivant un problème de santé mentale, victimes d'une foule de préjugés et mythes, sont trop souvent perçues comme des citoyens de seconde zone. «C'est pour leur bien!» Mais au détriment de leurs droits fondamentaux ce qui, au regard de certains, semble un dommage collatéral bien acceptable!

Cet état de fait est particulièrement flagrant dans le cadre de l'adoption du projet de loi C-14, au Canada, lequel a créé un mécanisme qui fait en sorte que certaines personnes, recevant un verdict de non-responsabilité criminelle pour cause de «troubles mentaux», pourront être déclarées accusées à haut risque. Ce projet de loi renforce la désinformation, marque un recul important des droits des personnes vivant un problème de santé mentale et oppose, à tort, les droits des victimes à ceux des criminels.

Or, la privation d'un droit entraîne forcément le recul de certains autres, de même que l'amélioration d'un droit en fait progresser plusieurs autres. Ce à quoi nous devons nous appliquer, c'est à améliorer la réalisation des droits humains pour tous en s'attardant à agir sur les déterminants sociaux de la santé! Il faut aborder les problèmes en amont, agir sur les circonstances dans lesquelles les individus naissent, grandissent, vivent, travaillent, vieillissent ainsi que sur les systèmes mis en place pour faire face aux problèmes psychosociaux et à la maladie. Après cela, nous pourrons dresser un bilan plus reluisant sur l'état des droits humains.

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