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Migrants: entre peur et confiance?

29/10/2015 11:39 EDT | Actualisé 29/10/2016 05:12 EDT

Vous êtes hésitants à accueillir des milliers de migrants? Vous êtes partagés entre votre cœur et votre peur?

Votre cœur souhaite aider des gens plongés dans la terreur et l'absence d'un avenir. De l'autre, votre peur vous chuchote à l'oreille qu'il pourrait y avoir quelques bandits ou mêmes terroristes qui souhaiteraient s'infiltrer.

En plus, un petit côté égoïste et nationaliste vous dit peut-être que l'économie du Québec n'est pas au mieux et que nous avons déjà notre lot de problèmes et de pauvreté; qu'accueillir des milliers de migrants impliquera des coûts sociaux importants à court terme et qu'ils nous voleront nos jobs!

Alors, quoi faire? Comme le dit si bien Hervé Sérieyx, il y a deux composantes à la confiance:

«La première, la confiance calculée (compétence, encadrements, réputation, fiabilité démontrée, enquêtes, etc.). La seconde, la confiance affective (générosité, bienveillance, empathie, etc.). La confiance c'est une relation à l'autre, que ce soit une personne, un groupe, une institution... Si je sais tout de l'autre, je n'ai pas besoin de lui faire confiance. C'est parce que je ne sais pas tout de l'autre, mais que je dise avec lui ou avec elle ah je peux courir un risque avec de bonnes chances d'en sortir gagnant. La confiance est un pari sur l'autre.» Hervé Sérieyx, Montréal, le 21 mai 2015, Sommet international de la confiance.

Notre ex-premier ministre, Stephen Harper, ne semble considérer que la première composante de la confiance en exigeant des garanties sur les différents migrants avant de leur permettre de fouler le sol canadien. Ce qui est sage dans un contexte normal d'immigration. Mais dans ce contexte de crise humanitaire comme nous le vivons, nous ne pourrons jamais être certain que ces migrants sont tous de «qualité choix du président»... ou du choix du PM.

Mais devons-nous nous inquiéter autant? L'Allemagne et plusieurs pays ont tranché et ont accepté la venue des migrants malgré le risque que ceux-ci représentaient. L'Allemagne à elle seule accueillera 800 000 migrants! Or statistiquement, si le nombre d'homicides en Allemagne est de 700 par année pour 80 millions d'habitants, il est probable que la venue de ces migrants entraînera 7 homicides de plus. Si l'on accueillait au Canada 50 000 migrants, nous aurions 0,79 d'homicide de plus si l'on se réfère à notre taux d'homicide. L'on pourrait faire le même exercice pour les viols, les vols et même le terrorisme.

Bien entendu, l'Allemagne accueillera un certain nombre de criminels, disons 1 000. Mais plus de 799 000 migrants deviendront des citoyens qui travailleront, se dépasseront, apprécieront leur nouvelle chance et contribueront à une Allemagne encore plus diversifiée et humaine. D'ailleurs, dans un article intitulé «Guerre des talents, crise des migrants», le supplément Eco du Monde rappelle que plus de 60% des brevets déposés aux États-Unis par Merck, General Electric ou Cisco ont pour auteur des salariés d'origine étrangère!

Tel que l'énonce Michel Fourmy, spécialiste en valorisation du capital humain, « La crise des migrants remet en cause notre façon de vivre et de penser. Elle nous rappelle que notre capacité d'ouverture conditionne notre avenir. Y compris l'ouverture aux nouveaux talents que nous recrutons dans nos entreprises. Ils ont beaucoup à nous apprendre, mais qui est prêt à les écouter?»

L'Allemagne semble avoir confiance dans ses structures, sa police et son système social pour accueillir ces migrants. Une confiance qui n'est pas absolue, mais elle prend un risque avec de bonnes chances d'en sortir gagnante. C'est de cette confiance-là que nous devrions également parler. Au Québec et au Canada, avons-nous ce qu'il faut pour les accueillir? Le Canada est l'un des pays qui, par le passé, a su accueillir de nombreux migrants: Irlandais, Italiens, Grecs, Haïtiens, etc.

Le Québec semble faire preuve de beaucoup plus d'ouverture que le gouvernement fédéral et semble avoir beaucoup plus confiance envers ces migrants. Bravo à Philippe Couillard et sa famille de parrainer une famille syrienne. Mon épouse et moi avons parrainé Marjorie, une Philippine qui est aujourd'hui une magnifique citoyenne québécoise. J'encourage ceux et celles qui peuvent parrainer ces futurs migrants, cela mettra encore plus de chances qu'ils deviennent de très bons citoyens.

Entre temps, collectivement, nous devons réfléchir à ce que nous voulons comme citoyens québécois, mais comme citoyens du monde. Cet enjeu est très important. Il définira aux yeux du monde ce que nous souhaitons être et surtout ce que nous deviendrons. Longtemps, le Canada et le Québec ont joui d'une excellente réputation sur le plan humanitaire et nos nombreux partenaires (pays et ONG) avaient une grande confiance en nous pour faire notre part. Désirons-nous briser cette confiance?

Avons-nous confiance en l'autre? Avons-nous confiance en nos structures d'accueil? Pendant ce temps de réflexion, chaque jour des milliers de migrants souhaitent gagner une nouvelle terre d'accueil qui leur fera confiance. Espérons que les partis politiques au fédéral s'élèveront au-dessus de leurs intérêts de parti sur cet enjeu important et prendront rapidement des décisions.

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