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Denis Coderre, ses amis et l'éthique

29/01/2016 02:39 EST | Actualisé 29/01/2017 05:12 EST

En moins de deux ans, quatre proches ou relations du maire Denis Coderre obtenaient des contrats de gré à gré avec la Ville de Montréal. Faut-il s'inquiéter de la situation ?

Rappelons ces situations : mai 2014, la Ville de Montréal octroyait un contrat de 20 000 $ à un cabinet d'avocat proche du maire Coderre durant sa campagne électorale de 2013 ; novembre 2014, un solliciteur de dons du parti de Denis Coderre obtenait un contrat de 21 000 $ pour participer aux rencontres du comité Mobilité Montréal à un taux horaire de 120 $ l'heure ; novembre 2015, Michel Dorais, ex-sous-ministre à l'Immigration ayant travaillé aux côtés de M. Coderre à Ottawa, obtenait un contrat de 1 800 $ par jour pour coordonner l'accueil aux réfugiés syriens, pour une rondelette somme de 110 000 $ pour trois mois; janvier 2016, Robert Bouvier, ancien président du syndicat des Teamsters du Canada et bonne connaissance de monsieur Coderre, obtenait un contrat de 24 999 $ pour négocier avec la Fraternité des policiers de Montréal, un contrat de 670 $ par jour.

Toutes ces situations sont-elles éthiques ? Analysons la situation selon une démarche en trois temps.

La transparence

Depuis près de 10 ans, j'enseigne que «les conflits d'intérêts ne sont pas des maladies». Dans une époque de scandales, il est facile de dénoncer les situations de conflits d'intérêts et d'en exagérer les impacts.

Cependant, je vous pose la question: combien de Québécois(es) se retrouveront dans une situation de conflits d'intérêts au cours de leur carrière ?Probablement 99 %.

Seul celui qui n'a pas d'amis, travaille dans un bureau fermé et n'a pas accès à un ordinateur n'a pas de chance de se retrouver dans une telle situation !

Dans le cas présent, monsieur Coderre a 175 000 amis sur Facebook... Sans compter ses relations sur les scènes politiques fédérale, provinciale et municipale. Coderre transpire les conflits d'intérêts...

Les situations de conflits d'intérêts sont fréquentes. C'est pourquoi la règle à suivre dans de telles circonstances est de tenter de les éviter, mais lorsque cela est impossible, il faut agir avec transparence en les déclarant et en les encadrant.

Dans les quatre situations dont il est question, monsieur Coderre a-t-il agi avec transparence en déclarant ses liens personnels, politiques ou d'affaires avec ces personnes ? Au-delà de la déclaration des intérêts pécuniaires que doivent remplir les élus, la Ville de Montréal a-t-elle exigé une déclaration plus complète selon les meilleures pratiques permettant de prévenir ces situations ?

Les encadrements

Afin de protéger les citoyens, de protéger la Ville, mais aussi de protéger monsieur Coderre, la Ville de Montréal se doit de mettre en place des encadrements pour identifier et gérer les conflits d'intérêts. Également, la Ville doit être capable de démontrer que son processus de gestion contractuelle est exempt de favoritisme.

Dans ces quatre situations, il est important d'illustrer que le processus d'adjudication fût à l'abri des influences de monsieur Coderre, que les mandats accordés nécessitaient une expertise externe particulière, et que les tarifs accordés étaient justifiés.

La confiance du public

La Ville de Montréal a connu d'importants épisodes ayant effrité la confiance des citoyens. Deux maires successifs, monsieur Tremblay et monsieur Applebaum, ont été la cible de vives critiques. La confiance envers les élus ainsi que les fonctionnaires de la Ville était donc au plus bas il y a 18 mois. Or, depuis son élection, monsieur Coderre est porteur de confiance, comme l'illustre le sondage IPSOS/ICO réalisé en 2015: monsieur Coderre y est le politicien ayant le plus contribué à la confiance.

Cependant, ce capital de confiance est fragile et chaque geste de monsieur Coderre est scruté à la loupe et peut mettre en danger la confiance envers celui-ci, mais aussi envers l'ensemble des élus et la Ville de Montréal. Les quatre récentes situations sont de nature à justifier une interrogation de la population. Elles présentent des apparences de situations de conflits d'intérêts. En tant qu'éthicien, je lèverais un drapeau jaune, mais pas un drapeau rouge.

Prochaines étapes ?

Je suggère que monsieur Coderre et la Ville de Montréal agissent avec diligence et s'expliquent sur chacun des trois angles mentionnés. Au besoin, le Vérificateur général de la Ville ou le BIG (Bureau de l'inspecteur général) pourrait être mandaté pour auditer ces quatre situations. On peut avoir une bonne confiance en ceux-ci. D'une part, ils ne sont pas des employés du maire, mais du Conseil municipal. Ensuite, ils ont à ce jour démontré leur indépendance d'esprit, n'hésitant pas à dénoncer différentes situations impliquant des élus et fonctionnaires.

En terminant, il faut à la fois éviter une confiance aveugle et à la fois éviter de condamner monsieur Coderre trop rapidement. La confiance des citoyens est fragile et il faut en prendre soin.

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