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Contrat #5 aux relations du Maire

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Me Raphaël Lescop et sa firme d'avocats, Irving Mitchell Kalichman, ont obtenu plus de 300 000 $ de contrats de la Ville de Montréal. Or, cette firme d'avocats n'a jamais fait affaire avec la Ville de Montréal. Par ailleurs, Me Lescop a été l'un des solliciteurs pour le parti du maire et a agi comme son avocat personnel pendant quatre ans dans un litige avec le joueur de hockey Shane Doan.

Faut-il s'en inquiéter? Certains diront que monsieur Coderre a 175 000 amis sur Facebook et des centaines de relations d'affaires et que par conséquent, il est normal que se produisent de telles situations, que certaines relations fassent des affaires avec la Ville, ce même à son insu. D'autres, tels que les journalistes, lèveront immédiatement le drapeau rouge en criant au scandale. Cependant, en tant qu'éthicien, je lèverai un drapeau jaune. Il faut faire attention avant d'accuser le maire, mais en même temps il ne faut pas banaliser la situation.

Il est question ici d'un enjeu de confiance. La Ville de Montréal a été éclaboussée plusieurs fois par des scandales au cours des dernières années et monsieur Coderre représente pour plusieurs Montréalais l'espoir d'un changement «The Sheriff in Town». Les Québécois ont d'ailleurs désigné monsieur Coderre comme étant le politicien ayant le plus contribué à la confiance en 2014 en vertu d'un sondage réalisé conjointement par notre Institut et la firme IPSOS. Monsieur Coderre a donc une lourde responsabilité, celle de préserver ce capital de confiance que les citoyens lui ont donnée.

D'abord, il ne doit pas banaliser ces situations et les rejeter du revers de la main. La jurisprudence nous enseigne qu'un conflit d'intérêts doit être regardé selon la perspective d'une personne raisonnable et raisonnablement informée. Ayant donné des centaines d'avis portant sur les situations de conflit d'intérêts, je n'hésite aucunement à dire qu'un citoyen raisonnable et raisonnablement informé pourrait percevoir des apparences de conflit d'intérêts dans ces situations. Monsieur Coderre n'a peut-être rien à se reprocher, mais le fait demeure que les apparences sont là.

Il n'est pas question ici d'une seule situation, mais d'une cinquième situation. Cette situation à elle seule est préoccupante: un avocat personnel du maire et un cabinet qui n'a jamais fait des affaires avec la Ville. Ce dernier fait m'interpelle particulièrement. Rappelez-vous il y a quelques années lorsque les médias avaient dénoncé une situation semblable à la Ville de Longueuil où à la suite de l'élection de la mairesse St-Hilaire, il y avait eu une valse de firmes d'avocats et que la firme ayant appuyé le parti de la mairesse avait récolté la plus grosse part des contrats. Rappelons-nous également «la firme» de l'ex-maire de Laval, monsieur Vaillancourt... Les contrats à des firmes juridiques n'ont pas toujours besoin d'être soumis à des appels d'offres, très rarement d'ailleurs, et il ne faut pas avoir une confiance aveugle. Il faut poser des questions.

Ces situations méritent des explications. Une partie de l'explication revient au maire Coderre. Une seconde au chef du contentieux qui a expliqué que le maire n'avait pas été impliqué dans le processus contractuel de ces cinq situations. Cela me rassure en partie. Mais puisque cette situation est la cinquième et les circonstances l'entourant assez délicates, je souhaiterais aller un pas plus loin. Je suggère de mandater Me Denis Gallant, surnommé le «BIG» (Bureau de l'inspecteur général), de regarder toutes ces situations et faire des recommandations sur les encadrements appropriés le cas échéant. Celui-ci est indépendant, il n'est pas l'employé du maire, mais l'employé du Conseil municipal. Il est possible qu'une sixième, une septième ou une huitième situation impliquant des connaissances du maire surgissent au cours des prochaines semaines. Même si le maire n'a rien à se reprocher, ces situations continueront à miner la confiance des citoyens. C'est pourquoi l'intervention du BIG est rendue nécessaire.

En terminant, ne prenons pas panique. Mais poursuivons le questionnement. La transparence est un ingrédient à la confiance. Le capital de confiance qu'a réussi à bâtir monsieur Coderre est remarquable en si peu de temps, mais le passage de certains de ses prédécesseurs continue de hanter la Ville de Montréal ainsi que ses citoyens. Cette confiance est fragile et chaque geste de monsieur Coderre est scruté à la loupe et peut mettre en danger la confiance envers celui-ci, mais aussi envers l'ensemble des élus et la Ville de Montréal.

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