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Un menteur bien commode

25/08/2016 08:45 EDT | Actualisé 25/08/2016 10:24 EDT

La Commission parlementaire qui scrute la vente de Rona a fait de Jacques Daoust un fieffé menteur, mais on a surtout voulu contenir le dommage à la gestion de l'ex-ministre de l'Économie.

Éjecté de la politique, Jacques Daoust a toujours soutenu, y compris dans sa lettre de démission vendredi dernier, qu'il n'a pas été au mis au courant de la liquidation des actions du géant de la quincaillerie passé sous contrôle américain.

Il a été démenti par à peu près tous les témoins qui ont paradé devant la commission de l'Assemblée nationale. Le coup de grâce est venu de son ex-chef de cabinet, Pierre Ouellet, qui a affirmé, sous serment, qu'il lui en avait parlé à deux reprises en novembre 2014.

En fait, c'est le ministre Daoust, visiblement, était au fait des tractations, qui a demandé à son directeur de cabinet de vérifier le seuil qui oblige Investissement-Québec à se valider auprès du gouvernement avant de procéder à une transaction (2,5% de l'actif net). Au-délà de ce seuil, doit-on extrapoler, l'ex-ministre serait sans doute intervenu.

Ill était donc question, dans un premier temps, de liquider le 32% d'actions détenues par le gouvernement du Québec (140 millions de dollars) dans Rona, via la Caisse de dépôt et placement et Investissement Québec. Cette participation minoritaire de blocage avait été mise au point par l'ex-ministre des Finances, Raymond Bachand, pour stopper une prise de contrôle hostile deux ans plus tôt. Ce n'est que par la suite, en décembre 2014, que le conseil d'administration a sauté sur une offre d'achat de toute l'entreprise par Lowe's beaucoup plus avantageuse.

Donc, dès le départ, Daoust était au courant. Il disposait, en outre, d'un mois - la vente s'est faite le 15 décembre - pour intervenir.

La réaction de Jacques Daoust, selon Pierre Ouellet, est déconcertante et démontre le manque de sens politique de l'ex -grande vedette libérale. Opposé à la vente, Jacques Daoust aurait affirmé «ils vivront avec les conséquences» en parlant du conseil d'administration d'Investissement Québec. Il n'avait toujours pas compris que ce sont les politiciens qui doivent répondre quotidiennement de ce genre de décision.

Les partis d'opposition ont bien tenté jeudi de faire remonter la responsabilité au bureau du premier ministre. Pierre Ouellet affirme qu'il n'a pas discuté du dossier Rona avec le bureau de Philippe Couillard avant la publication du rapport de la Vérificatrice générale, Guylaine Leclerc... début juin.

J'ai peine à croire qu'une affaire aussi sensible - Rona avait une valeur symbolique - n'ait pas allumé des lumières rouges au plus haut niveau. Si on a cru à la version Daoust jusqu'à la fin on a été bien crédule.

Le premier ministre Couillard a attiré Jacques Daoust en politique, il en a fait le pivot de son trio économique, il lui a confié des ministères majeurs (Économie, Transports) et maintenu en poste jusqu'à ce que ça devienne intenable.

Jacques Daoust a quitté précipitamment la scène politique et les parlementaires libéraux, majoritaires à la commission parlementaire, refusent de le faire témoigner. Cela en fait un coupable bien commode.

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