Donald Charette

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La révérence de Jean Charest

Publication: 05/09/2012 19:25

Avec un contingent de 50 députés Jean Charest aurait pu choisir de rester en politique et de faire trébucher le gouvernement Marois dès que l'occasion se présentera. Il n'en a rien fait, préférant emporter avec lui les 9 ans de son administration et laisser la maison en ordre comme il dit.

Je crois que sa décision est prise depuis un certain temps et sa défaite dans Sherbrooke a fait le reste.
Au début de la campagne il évoquait le fait que sa famille l'avait incité à se retirer durant les Fêtes..bien avant la crise étudiante.

Durant le tout premier débat des chefs, il affichait un certain détachement face à ses adversaires, un sourire barrant son visage.

Jean Charest est un surdoué de la politique, l'archétype du politicien professionnel avec ses grandes forces et ses grandes faiblesses.

Il était destiné à la politique fédérale où il a été élu à l'âge de 26 ans. J'ai toujours pensé qu'il aurait fait un excellent premier ministre du Canada. Il avait bien failli battre la vedette de l'heure, Kim Campbell dans une course au leadership en 1993, déjouant tous les pronostics.

C'est la campagne référendaire de 1995 qui lui a fait dévier de sa trajectoire. «Capitaine Canada» a volé la vedette dans le camp du NON. Après la campagne il a été l'objet de pressions (indues???) terribles pour affronter le charismatique Lucien Bouchard qui faisait trembler le reste du pays.

Son transfert ne s'est pas fait sans heurts et bien des «rouges» se méfiaient de ce «bleu» venu d'Ottawa.
Battu en 1998 il gagné en 2003, 2007, 2008 et a passé proche cette semaine de créer la surprise de la décennie.

Difficile pour ceux qui ont fréquenté un tant soit peu Jean Charest d'expliquer la haine que certains lui portent. En privé il est chaleureux, drôle, a un sens de la répartie incroyable, une mémoire phénoménale qui lui permet de se rappeler des noms et des visages. Un mélange de Robert Bourassa et Brian Mulroney.

Parfaitement bilingue il est aussi à l'aise dans les salons de l'ÉLysée que que dans une conférence de gouverneurs américains. Des journalistes qui l'ont accompagné dans des missions revenaient impressionnés.

C'est sans doute parce qu'il est un politicien professionnel qu'il a connu des difficultés. On sentait chez lui, parfois un manque de convictions, une façade un peu agaçante sur certains questions, des réponses toutes faites répétées ad nauseam, le calcul purement électoral, des choses que les gens ressentent.
Jean Charest a aussi de gros défauts, têtu, rancunier, soupe au lait, inutilement vindicatif, et, surtout, il avait la vilaine habitude de laisser traîner des dossiers qui finissaient par le rattraper.

Il a fait de l'exercice du pouvoir à Québec un «one man show». "Il est bien seul» me confiait récemment un stratège libéral. Avec le départ de ses gros canons ( Couillard, Normandeau, Dupuis, Jerome Forget...) il a attiré tous les projecteurs et est devenu le paratonnerre de tout ce qui va mal au Québec.

Hormis un quarteron de ministres, son cabinet était l'un des plus faibles à avoir siégé à Québec.
Durant la campagne qui vient de se terminer toute la pression reposait sur les épaules du chef et on comptait sur lui pour renverser 9 ans de décisions ou de non-décisions.

Sous sa gouverne, le Parti libéral est devenu une machine à collecter de l'argent, machine qui sera scrutée par la Commission Charbonneau et cela a peut-être pesé dans la décision de M. Charest de tirer sa révérence maintenant. La tolérance qu'il a affiché face à certaines «affaires» ont aussi miné la réputation de son gouvernement.

Quand Robert Bourassa a quitté le Québec en 1976, défait par le PQ, c'est avec l'étiquette de «l'homme le plus détesté du Québec», ce qui ne l'a pas empêché de faire un retour spectaculaire par la suite.

Jean Charest n'a que 54 ans et 28 ans de vie politique derrière la cravate et vient de faire élire 50 députés, contre toute attente. Joli pied de nez aux experts qui doit le faire sourire.

Qui sait ce que nous réserve l'avenir.

Pour le moment, sa démission atténuera une certaine grogne et ça Jean Charest l'a bien compris.

J'ai hâte de voir qui peut chausser ses bottines.

 

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