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Opération botox au gouvernement

Si le bilan libéral ne suffit pas à séduire les Québécois, il faudra bien regarder ailleurs.

13/10/2017 10:10 EDT | Actualisé 13/10/2017 10:10 EDT
FRANCIS VACHON/PC
Les libéraux ont un excellent bilan tant financier qu'économique et M. Couillard aime souligner que «la maison est en ordre».

Le premier ministre Philippe Couillard a rajeuni son gouvernement en nommant de jeunes ministres, mais le poids des ans a pesé sur ce remaniement.

Le premier ministre du Québec a conservé le noyau dur de son cabinet (Finances, Santé, Éducation) et maintenu en poste sa décevante ministre de la Justice, Stéphanie Vallée. On apprend que 2 ministres, Gaétan Barrette et Martin Coiteux, ont mis le pied à terre refusé le changement de chaise suggéré.

À un an des élections, il fallait éviter de froisser des égos ou de provoquer des démissions. Rita de Santis, la pauvre, est la seule vraiment éjectée du saint des saints. Des ministères ont été taillés sur mesure pour ne pas froisser des susceptibilités ou des clientèles : Lise Thériault (Consommation et Habitation), Kathleen Weil (Accès à l'information, Québécois anglophones).

On a donc préféré grossir le cabinet plutôt que de montrer la sortie à des ministres qui n'étaient pas à leur place. On se retrouve avec un conseil des ministres de 30 personnes, 32 si on compte les 2 whips, ce qui fait beaucoup de monde autour de la table.

Robert Poeti bénéficie d'un retour en grâce dans un ministère dont on ignore les tenants et aboutissants, soit le bien nommé(?) Intégrité des marchés publics et Ressources informationnelles. Quel budget, quels pouvoirs, combien d'employés dans cette structure transversale? J'ai toujours cru qu'il appartenait à notre imposante fonction publique de surveiller l'octroi des contrats. L'ex-policier devient une sorte de caution morale ou de gardien de la pureté.

Avec le compte à rebours électoral, ces néophytes auront peu de temps pour connaître leur ministère et imposer de nouvelles orientations.

La promotion de trois jeunes députés André Fortin (Transports), Isabelle Melançon (Environnement) et Marie Montpetit (Culture) frappe l'imagination et représente la cure de Jouvence du gouvernement québécois. Avec le compte à rebours électoral, ces néophytes auront peu de temps pour connaître leur ministère et imposer de nouvelles orientations.

De toute façon, il ne faut pas se faire d'illusions, c'est au bunker que l'on décidera si on chasse Uber du Québec ou tente de replacer sur les rails la commission sur la discrimination et le racisme systémique.

Les libéraux sont en difficulté dans la région de Québec et on y compte désormais trois ministres François Blais (Solidarité sociale et Emploi), Sébastien Proulx (Éducation, Capitale nationale) et Véronyque Tremblay (déléguée aux Transports). La députée de Chauveau deviendra la porte-parole dans le dossier chaud du 3e lien entre Québec et Lévis, un dossier qui anime la campagne électorale municipale. François Blais ne faisait pas le poids face à Régis Labeaume. Sébastien Proulx et Véronyque Tremblay seront-ils capables de faire face à l'imprévisible maire de Québec qui a eu la mauvaise idée de couper les liens avec Lévis?

C'est dans le discours du premier ministre, discours qui a suivi l'assermentation des petits nouveaux, qu'on a mesuré l'usure des ans au sein du gouvernement. Ton monocorde, voix éteinte, enfilade de clichés. Philippe Couillard avait une belle occasion d'expliquer cette «transformation» du Québec qu'il prêche depuis peu avec des exemples concrets.

Les libéraux ont un excellent bilan tant financier qu'économique et M. Couillard aime souligner que «la maison est en ordre». Ils sont donc démontés par cet apparent manque de reconnaissance des électeurs devant des résultats qui ont demandé des sacrifices depuis trois ans.

Déçu de la réaction de la presse après avoir remanié son équipe, le premier ministre estime que celle-ci aurait préféré «du sang sur la table». C'est plutôt qu'elle fait la différence entre un «face lift», fût-il nécessaire et substantiel, et une opération cardiaque.

Si le bilan libéral ne suffit pas à séduire les Québécois, il faudra bien regarder ailleurs.

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