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Les maires bousculent Agnès Maltais sur les retraites

15/12/2013 05:50 EST | Actualisé 14/02/2014 05:12 EST

Les maires du Québec, avec à leur tête le tandem Coderre-Labeaume, ont bousculé la ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Agnès Maltais, et son plan d'action pour sauver les régimes de pension.

Il aura suffi d'une réunion de l'Union des municipalités du Québec (UMQ) pour refaire le calendrier et modifier certains paramètres du Plan d'action lancé en grande pompe... 24 heures plus tôt. Le coup de gueule des maires a vite fait reculer la ministre et le gouvernement Marois.

S'il faut reconnaître que le gouvernement a eu le courage de donner suite au rapport d'Amours, il faut constater que ce courage s'est affadi dans l'application concrète. On a cherché, visiblement, à ne pas déplaire aux organisations syndicales très puissantes dans le monde municipal et aussi dans le privé.

La version initiale du plan était inutilement bureaucratique et tatillonne. Le maire Régis Labeaume avait tout à fait raison de rugir, lui qui a fait des modifications au fonds de pension son thème électoral.

Rappelons que jeudi, la ministre annonçait des forums patrons-syndicats de quatre mois, des négociations de six mois, l'intervention d'un conciliateur après six mois s'il n'y a pas d'entente et, finalement, une décision rendue par la Commission des relations du travail (CRT), en consultation avec la Régie des rentes du Québec (RRQ). Il fallait compter, en plus, sur la présentation de deux projets de loi pour donner des pouvoirs autant à la CRT qu'à la RRQ.

Pour sortir de l'ornière des déficits actuariels, on avait copié le modèle des relations de travail au Québec.

C'est donc sur la pointe des pieds que le gouvernement s'est avancé dans ce dossier. Bien sûr, il faut tenir compte du fait que les régimes de pension font partie intégrante des conditions de travail, mais il faut aussi prendre en considération l'urgence de la situation.

On compte 863 régimes de pension dans le secteur privé, mais on ignore combien sont menacés. Dans le cas des universités, le déficit atteint 5 milliards $ tandis qu'au privé, il est à 26 milliards $.

La ministre Maltais veut rendre obligatoire le partage 50-50 de la contribution aux retraites. Bravo! Ça devrait être la norme partout ( y compris dans les pensions des députés qui ne paient que 21%).

Jeudi, la ministre Maltais hésitait à intervenir dans les régimes existants, vendredi ce n'était plus le cas.

Les maires ont torpillé les forums et accéléré la cadence: un projet de loi sera déposé à la reprise de la session, chose qui paraissait impossible une journée plus tôt!

Le gouvernement refuse toujours de donner aux maires le pouvoir de décréter les conditions de travail s'il n'y a aucune entente entre les parties, un pouvoir qu'il a exercé lui-même à de multiples reprises. Curieux qu'on s'en remette à la Commission des relations du travail pour trancher les litiges, elle qui n'a aucune expertise en ces matières et qui est surchargée.

Il vaudrait mieux confier ce pouvoir aux élus municipaux, qui doivent faire face à leurs électeurs tous les quatre ans, sinon à des arbitres choisis par le ministère.

L'approche du gouvernement transparait dans les communiqués émis jeudi par la ministre. Les modifications seront «appuyées sur la négociation» alors que «ce sont les partenaires qui trouveront les solutions».

Les régimes à prestation déterminée sont en voie de disparition, mais ils constituent un rempart, une maille du filet social. Nous avons donc intérêt, collectivement, à les sauver rapidement.

Heureusement que les maires ont forcé la main molle de la ministre.

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