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La lettre malhabile de Québécor

01/06/2015 08:53 EDT | Actualisé 01/06/2016 05:12 EDT

La lettre envoyée par Québécor au leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, est particulièrement malhabile. Pierre Karl Péladeau a tout intérêt à se distancier de son entreprise.

Mentionnons que cette missive, signée par Pierre Dion, président et chef de direction de Québécor est parvenue au gouvernement quelques heures à peine après un débat à l'Assemblée nationale qui a dragué l'entreprise dans le débat public.

Le député péquiste Bernard Drainville a mené une charge à fond de train ce jour-là contre le taux jugé «usuraire» (14%) exigé par Hydro-Québec sur des comptes à souffrance. C'est du «shylock» devait-il marteler. Le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand,a d'abord soutenu que c'est un taux normal sur le marché avant d'ajouter que le câblodistributeur, Vidéotron, toujours contrôlé par le chef de l'Opposition, pratique un taux de 19,56%. Malaise.

La comparaison m'apparaît un peu étirée entre une entreprise privée en concurrence avec des gros joueurs et un monopole d'État qui livre un service essentiel à ses clients-contribuables. Mais voilà, Drainville l'a bien cherché, d'autant que Pierre Karl Péladeau a occupé le poste de président du conseil d'administration d'Hydro et que le Parti québécois aurait dû anticiper la réplique.

Quelques heures après cette escarmouche, Québécor écrivait à Jean-Marc Fournier, manifestant le souhait de l'entreprise « de demeurer à l'écart de tout débat politique partisan». Dans les paragraphes précédents, Québécor rappelle que son siège social est au Québec et qu'elle emploie 12 000 personnes et qu'elle veut collaborer à l'essor économique.

S'agit-il d'une commande de PKP? Ce dernier affirme qu'il n'a pas été informé de cette intervention de Pierre Dion. Le résultat, c'est de ramener dans l'actualité la difficulté d'être l'actionnaire de contrôle d'un empire et de diriger un parti politique. On avait bien soupesé les risques de conflits d'intérêts, mais c'est un nouveau front qui s'est ouvert avec le câble et ses pratiques commerciales.

C'est la seconde incursion de Québécor dans l'arène politique. Le conglomérat a émis un communiqué il y a quelques mois pour défendre les qualités de gestionnaire de Péladeau, qualités mises en doute par le dragon Mitch Garber à Tout le monde en parle.

Pour le gouvernement, c'est inespéré. Jean-Marc Fournier défend bien sûr la liberté de parole des élus, mais ça lui permet de faire un peu de millage politique. Les libéraux ont attendu la veille de la comparution du jurisconsulte, Me Claude Bisson, en commission parlementaire pour dévoiler la teneur de la lettre reçue il y a six jours.

Me Bisson a déjà exprimé des craintes sur le «pouvoir d'influence» d'un magnat de la presse.

La lettre de Québécor permet au gouvernement de garder bien vivant le dossier PKP, de préparer la deuxième séance de la commission parlementaire et de souligner aussi que c'est une entreprise tentaculaire présente dans le quotidien des Québécois.

Tiens, un bon slogan: le pouvoir infini de Québécor.

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