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Les astuces de Lisée

La création de ce poste symbolique constitue un aveu d'échec de la part du chef de l'opposition officielle qui affrontera l'électorat dans quelques mois.

11/02/2018 14:51 EST | Actualisé 12/02/2018 15:47 EST
Graham Hughes/PC

Jadis conseiller de Lucien Bouchard et Jacques Parizeau, Jean-François Lisée n'était jamais à court d'astuces pour mousser l'option du Parti québécois.

Alors que les mauvais sondages s'accumulent, il a annoncé en grande pompe que la députée Véronique Hivon a été promue vice-chef du PQ, un poste qui n'est pas dans les statuts de cette formation politique. Les péquistes réunis en conseil national ont applaudi béatement cette décision.

On imagine mal certains ex-leaders péquistes avoir besoin de partager leur leadership, que ce soit René Lévesque, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard ou même Pierre-Karl Péladeau. Lucide, Lisée est donc obligé de se faire remorquer par la populaire députée de Joliette.

La création de ce poste symbolique constitue un aveu d'échec de la part du chef de l'opposition officielle qui affrontera l'électorat dans quelques mois. Il ne peut arriver seul à convaincre les Québécois.

La manœuvre a fonctionné à court terme et donné de la visibilité au PQ qui a profité du tour de piste médiatique du tandem Lisée-Hivon... jusqu'à l'épisode de la moustache de Manon Massé. Je doute de son efficacité à plus long terme car on aura vite fait d'opposer les visions de l'un et de l'autre.

Véronique Hivon est un députée remarquable capable de franchir les lignes de parti et elle dégage une chaleur humaine qui fait défaut à un fort en thèmes comme Lisée.

Au début du référendum de 1995 le OUI traînait de la patte. Les stratèges souverainistes ont alors décidé de faire de la place sur les tribunes à Pauline Marois qui, selon les sondages internes, était là ministre la mieux cotée. On voulait aussi attirer le vote des femmes. L'expérience a fait long feu, Mme Marois étant une piètre oratrice.

Par la suite, le mouvement souverainiste a joué sa carte ultime: le premier ministre Parizeau a été tassé au profit de Lucien Bouchard désigné comme le négociateur en chef de l'entente avec le gouvernement canadien. L'opération est venue bien près de réussir.

À l'Assemblée nationale, les libéraux ont été sages de ne pas jouer dans la «game» du chef du PQ, ils n'avaient rien à gagner à donner de la crédibité à cette manœuvre. On sait que le premier ministre Couillard a refusé de répondre à une question de la députée Hivon et passé le relais - injure totale - au ministre délégué à la stratégie maritime.

Il est pertinent de rappeler que l'annonce du choix d'une vice-chef est survenue après la sortie tonitruante de «l'homme-en-réserve-de-la-République». Véronique Hivon est peut-être une réponse indirecte aux ambitions de retour de l'ancien chef. La disponibilité affichée de ce dernier a été accueillie assez froidement par les élus péquistes (le vétéran François Gendron a mentionné que le magnat de la presse devrait représenter les valeurs sociales-démocrates du PQ).

La dernière astuce de Jean-François Lisée a sans doute eu un effet bénéfique au sein des militants du PQ. Toutefois, c'est l'option elle-même qui semble atteinte d'un mal incurable dans l'ensemble des électeurs.