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Le prix de la vieillesse

31/05/2013 09:48 EDT | Actualisé 31/07/2013 05:12 EDT
SHUTTERSTOCK
hands of the old woman

Le Québec vieillit rapidement, si rapidement que nous sommes confrontés à des choix de société lourds de conséquences, notamment pour les jeunes générations.

Le ministre de la Santé, Réjean Hébert, a fait connaître son Libre blanc sur «L'autonomie pour tous». En clair, il propose d'instaurer une forme de taxe santé pour permettre aux vieux de demeurer chez eux quand ils sont en perte d'autonomie.

Ce qu'il propose est un virage majeur qui concerne jeunes et moins jeunes. Pas de problème jusqu'en 2017, le régime a été provisionné et en ajoutant 500 millions$ (tel que prévu dans le programme électoral du PQ) ça tient la route.

Après, c'est l'inconnu, inconnu qu'on évalue présentement à 120 millions$ par année. Le gouvernement Marois affirme que nous avons 2 choix: renflouer la caisse dédiée rapidement où pelleter en avant cette nouvelle charge sociale inévitable.

C'est un domaine où la partisanerie n'a pas sa place ce qui explique la réaction prudente de l'opposition et l'approche sur la pointe des pieds du gouvernement: livre blanc, commission parlementaire, projet de loi...

En fait, c'est le prochain gouvernement, qui ne sera pas automatiquement péquiste, qui héritera

du dossier brûlant.

Révélateur que les projections rendues publiques par le ministre Hébert correspondent à celles contenues dans le budget Bachand de 2011-12. Quand on sait que le ministre co-présidait le comité sur les aînés avec la ministre Marguerite Blais, on est moins surpris.

L'assurance autonomie n'est ni plus ou moins qu'une nouvelle mise en forme d'un projet gouvernemental.

Déjà les rapports Clair, il y a tout de même 13 ans, et Ménard, suggéraient de créer un fonds dédié aux soins à domicile pour les personnes âgées.

Les données démographiques font peur. Dans moins de 20 ans, le groupe des 65 ans et plus aura augmenté de 80% alors que la population plus jeune aura décliné. Durant la même période, le nombre des 75 ans et plus va doubler, les 85 ans et plus auront progressé de 107%.

On devine la pression pour obtenir de l'hébergement, ou des soins alors que les listes d'attente sont aussi longues dans les CHSLD que dans les CPE!

Le pari c'est de garder les gens chez eux le plus longtemps possible et tout le monde est d'accord là dessus.

Plusieurs problèmes se posent avec l'assurance autonomie.

Les payeurs de taxes sont allergiques à toute hausse, fût-elle inspirée de bons sentiments. Le PQ s'est fait élire en promettant d'abolir «l'abjecte» taxe santé.

La démarche apparaît très bureaucratique et suppose que le ministère de la Santé prendra du volume.

Chaque vieux devra être évalué selon son degré d'autonomie par les CSSS. Le chèque sera émis au nom de la coopérative, le CHSLD, la résidence privée, l'entreprise d'économie sociale ... qui offrira des soins. On imagine le «red tape» nécessaire pour contrôler tout ça. Le personnel de soutien du réseau social devra acquérir, incidemment, de la mobilité.

Quand on lit dans le document que les prochaines étapes comprennent « la préparation de scénarios d'organisation, de budgétisation... élaboration de grilles d'évaluation des bénéficiaires en fonction de leur niveau d'incapacité et de leur revenu, tout en harmonisant les pratiques selon les différents milieux de vie...la prévison de la main-d'oeuvre et le développement des compétences cliniques...» ....on a des frissons.

Le secteur de la santé doit composer par ailleurs avec un déficit de crédibilité en matière de réorganisation: désinstitutionnalisation, virage ambulatoire, assurance-médicaments, informatisation du réseau, des cas où le budget n'a pas suivi ou bien les coûts ont explosé.

Il serait sans doute plus simple de concocter des crédits d'impôt spécifiques rattachés à des degrés d'autonomie bien définis afin d'éviter de parquer nos aînés dans des CHSLD, ou, parfois, à l'hôpital.

Par essence, les péquistes aiment une «gestion publique», comme dit le ministre, qui nous prendra en charge, de la maternelle au tombeau.

Le contribuable, lui, demande l'assurance qu'il ne casquera pas davantage.

L'assurance autonomie est sans doute inévitable, dans une forme ou une autre, en raison de la démographie, mais bonne chance à celui qui va le mener à bon port (on parle de 2014 dans le document).

Pour mémoire, le rapport Clair (du nom de l'ancien ministre péquiste Michel Clair) avait été remis à la ministre de la Santé, Pauline Marois.