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Le mur de Nathalie Normandeau

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Nathalie Normandeau a affirmé devant la commission Charbonneau qu'elle avait érigé un mur entre ses fonctions de ministre des Affaires municipales et ses fonctions partisanes pour le PLQ.

Ce mur a été franchi allègrement par son chef de cabinet, Bruno Lortie, qu'elle n'a pas tardé à répudier durant son témoignage.

Devant la commission elle s'est présentée comme une élue intègre qui était très mal entourée.
Naïveté? Angélisme? Comme lui demandaient la présidente France Charbonneau ou aveuglement volontaire? Difficile de trancher.

Disons que l'ex-vice première ministre et ministre des Affaires municipales s'est placée en situation de vulnérabilité.

Son chef de cabinet entretenait une relation quasi-filiale avec son mentor Marc-Yvan Côté qui, après avoir quitté la politique ou il dirigé la Santé et les Transports,faisait du développement des affaires pour la firme d'ingénierie Roche.

Elle les savait proches, dit-elle, mais elle a appris durant les audiences de la commission à quel point.
Lortie a avoué qu'il communiquait des informations à celui qu'il appelait encore le boss et qu'il rencontrait des ingénieurs, seul, à son bureau derrière des portes closes.

Me Sonia Lebel, qui interrogeait l'ex-ministre, n'a pu que s'exclamer: «C'est le ticket gagnant, il faut peser sur les bons pitons».

Pendant huit ans, Nathalie Normandeau a voué une confiance totale à son bras droit qui gérait les énormes programmes de subventions destinées aux infrastructures des municipalités.

Elle avait confié le financement de son association de Bonaventure à M-Y Çoté, Bruno Lortie et Christian Côté, un autre travailleur d'élections qui oeuvrait pour la compagnie Dessau et organisait des élections municipales.

On s'étonnera après ça que le loup soit entré dans le bergerie et ait utilisé des prêtes-noms pour financer les partis politiques et obtenir de l'influence. et des contrats.

À la défense de l'ex-ministre, la Commission n'a pas établi à ce jour un lien direct entre les contributions des bureaux de génie dans ce ministère et l'obtention de contrats qui, de rappeler Mme Normandeau, sont attribués par les villes.

Roche dominait le marché dans l'est du Québec (avec BPR) ce qui peut expliquer sa large part des contrats obtenus.

La ministre Normandeau a utilisé son pouvoir discrétionnaire de ministre dans le cas de 32 dossiers sur 708 (4,5%) pour, essentiellement, hausser la part du Québec dans les infrastructures.

À ce chapitre, Nathalie Normandeau s'est défendue avec énormément d'aplomb en se définissant comme la championne des régions et des villes dévitalisées qui ne réussissent pas à remplir les conditions des programmes normés.

Elle a sans doute raison de dire que ce pouvoir ministériel fait contrepoids aux fonctionnaires et peut, parfois, débloquer des dossiers, en autant qu'il soit balisé.

Il est pertinent de préciser qu'un ministre ne choisit pas toujours ses principaux conseillers. C'est le bureau du premier ministre qui offre un «kit» de départ (chef de cabinet, attaché de presse, conseillers...) surtout si ce sont de nouveaux venus. On donnera, par exemple, un chef de cabinet expérimenté à un ministre considéré comme trop vert ou à risque.

Bien sûr un ministre peut demander un changement s'il y a incompatibilité, ce qui se produit régulièrement.
Nathalie Normandeau affirme qu'elle aurait congédié Bruno Lortie si elle avait su ce qu'elle sait maintenant.
Pourtant, durant toutes ces années, elle n'a pas jugé bon de mettre en garde son «staff» contre les accointances dangereuses.

Contrite, elle juge qu'il y avait un «problème éthique généralisé» au Québec.
Très attendue, Nathalie Normandeau a livré, dans l'ensemble, un témoignage très solide qui devrait la conduire, éventuellement, sur le chemin de la rédemption publique.
Depuis 2 ans, elle attendait ce moment pour laver son honneur.

Il appartient maintenant à la commission Charbonneau, et aux citoyens, de juger si Nathalie Normandeau est victime des magouilles de son entourage ou s'est emmurée elle-même dans ses importantes fonctions.

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