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Jim Flaherty dérape

20/03/2013 04:14 EDT | Actualisé 20/05/2013 05:12 EDT
CP

C'est le monde à l'envers. Un ministre des Finances conservateur - Jim Flaherty - qui appelle dans les banques pour les empêcher de baisser les taux d'intérêt hypothécaires pendant que le NPD défend le libre marché!

Mécontent de la Banque de Montréal qui offrait des hypothèques en-dessous de la barre de 3 %, Jim Flaherty a appelé la MBO pour lui faire savoir sa façon de penser. Au début de la semaine, c'est un membre de son cabinet qui a tapé sur les doigts de Manuvie, un petit joueur, qui avait osé offrir un taux sur l'achat d'une maison à 2,89 %.

Dans les deux cas, les banques ont reculé et mis fin à leurs promotions.

Toutes ces années au pouvoir ont-elles faussé la boussole du gouvernement Harper? Le Parti conservateur s'est toujours défini comme le parti qui laisse agir les forces du marché, quitte, bien sûr, à établir les grandes règles qui encadrent le secteur financier et économique.

Cette intervention directe du ministre des Finances du Canada dans des pratiques commerciales est difficilement défendable.

Ottawa dispose de plusieurs leviers d'intervention et devrait éviter de travailler à la pièce s'il veut éviter une surchauffe du marché immobilier.

D'ailleurs, par le passé, le gouvernement fédéral a pris plusieurs mesures pour diminuer l'endettement des ménages (à 165 %) et prévenir la formation d'une bulle immobilière.

À quatre reprises, il a modifié les règles sur les prêts hypothécaires. En juilet, Ottawa a notamment ramené de 30 à 25 ans la période d'amortissement lors de l'achat d'une propriété.

Le 25 ans maximum a eu l'effet escompté et scié les jambes du marché immobilier. 32 % des Québécois optaient auparavant pour un étalement sur 30 ans, 38 % des Montréalais.

Depuis, le marché de la vente et de la revente est en déclin. En février, le nombre de transactions a chuté de 22 % dans la région de Montréal selon l'Association canadienne de l'immeuble.

Si les banques sont si agressives c'est pour aller récupérer une part du marché perdu.

Malgré tout, le prix des maisons continue d'augmenter, modestement il est vrai. Les maisons sont plus chères mais on a moins les moyens de se les offrir. En pratique cela signifie que nombre de jeunes ménages renonceront à devenir propriétaires parce que la porte s'est refermée brutalement devant eux avec la règle du 25 ans. Maintenant, le gouvernement pousse les taux à la hausse.

Un peuple de locataires à la merci des hausses de loyers.

Le niveau d'endettement des ménages est très préoccupant mais il vaudrait mieux miser sur des solutions structurelles durables (du type baisse d'impôt pour les familles) que de jouer à la police des taux hypothécaires.

Jim Flaherty a toujours soutenu que la solidité du système bancaire canadien avait permis au pays de traverser la grande crise économique alors il devrait lui faire confiance.

Sur le point de déposer un budget, il devrait se concentrer sur la réduction des dépenses, le retour à l'équilibre, la réforme mal bâtie de l'assurance-emploi, et renoncer au micromanagement.

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