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La culture de l'impunité

17/01/2016 06:19 EST | Actualisé 17/01/2017 05:12 EST

Les ministres doivent justifier, presque quotidiennement, des décisions impopulaires ou carrément imbéciles.

C'est normal, ils sont imputables des décisions de leurs ministères. Il est dommage que cette imputabilité ne s'étende pas au niveau supérieur de la fonction publique: sous-ministres, directeurs généraux, cadres, etc. qui n'ont jamais à répondre publiquement de leur administration.

Le gouvernement Couillard a bien mal paru dans le scandale du Fonds vert révélé cette semaine et le ministre de l'Environnement, David Heurtel, est allé au front pour tenter d'expliquer comment des millions ont été détournés de leur noble objectif pour financer, par exemple, la pose d'ailette sur des avions d'Air Canada.

Le contribuable qui paie une taxe sur l'essence à la pompe pour alimenter ce Fonds a toutes les raisons d'être révolté.

On sait maintenant que l'Environnement ne gère pas vraiment cette enveloppe, mais se contente de la distribuer à travers 11 ministères qui sélectionnent des projets. Je ne cherche pas à défendre le ministre Heurtel, ni le gouvernement libéral qui a bien tardé à donner suite au rapport du Vérificateur général, mais il y a dans l'appareil de l'État des responsables qui ont autorisé du gaspillage.

Dans la saga du «flushgate», il a été mis en lumière que la décision d'autoriser le déversement de 8 milliards de litres d'eaux usées par Montréal a été prise par la direction régionale sans que le niveau politique soit impliqué.

Par ailleurs, on récolte aujourd'hui les fruits de la catastrophique réforme de l'éducation poussée par les fonctionnaires du ministère.

Croyez-vous que l'un de ces décideurs de l'ombre viendra s'expliquer devant des élus? Je ne me rappelle pas qu'un haut fonctionnaire ait témoigné devant une commission parlementaire pour expliquer un dérapage.

Les sociétés d'État, Hydro-Québec, la Caisse de dépôt et placement, paradent à l'occasion, mais jamais les sous-ministres.

Ils sont présents lors de l'étude des crédits de leur ministère, mais en soutien au ministre qui prend toute la chaleur.

Cela n'est pas près de changer, car, explique-t-on, il n'y a aucun avantage politique à confronter un gestionnaire de l'État. «On fait des élections contre un ministre, pas contre un sous-ministre», de confier un habitué de l'Assemblée nationale.

La culture de l'impunité est là pour rester dans l'administration québécoise.

Avec l'objectif de dépolitiser les décisions, les gouvernements ont beaucoup décentralisé la gestion au point d'en perdre le contrôle. Il faut anticiper un retour du balancier et le recentrage est commencé dans les 2 grands réseaux que sont l'Éducation et la Santé.

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