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Parizeau démasque la Charte des valeurs

03/10/2013 05:59 EDT | Actualisé 03/12/2013 05:12 EST

Jacques Parizeau a porté un coup décisif à la Charte des valeurs québécoises dans sa forme actuelle.

Son intervention dans le débat a été mûrement réfléchie et elle a pris la forme d'un texte publié dans le Journal de Montréal et de celui de Québec. Du grand Parizeau, dans un rôle de sage (elder statesman). Pour que le message passe dans son parti, l'ex-premier ministre a précisé sa pensée au cours d'entrevues.

Le gouvernement aurait intérêt à l'écouter et cesser de jouer aux apprentis sorciers.

La première ministre Pauline Marois a tort quand elle soutient que M. Parizeau s'exprime en tant que simple citoyen. Il représente plutôt une frange importante du mouvement souverainiste (avec Jean Dorion par exemple) qui combat cette Charte, mal avisée et mal bâtie. Il représente, par ailleurs, au sein du Parti québécois, le gardien de la doctrine.

C'est lui faire injure de ramener son opinion à celle des citoyens anonymes qui ont écrit au ministre Bernard Drainville et dont on ne connaîtra jamais la pensée profonde.

Jacques Parizeau prévient le gouvernement qu'il nuit à la cause indépendantiste en voulant séduire le votre francophone qui s'est stationné à la CAQ.

Voici les arguments qu'il développe:

  • le Québec n'a jamais légiféré pour interdire des signes religieux;
  • la séparation de l'État et de l'Église est un état de fait. Les soutanes et les coiffes sont disparues en douceur sans lois ou règlements;
  • l'islamisme fait peur et il n'est pas étonnant que le premier réflexe soit d'applaudir devant un «soi-disant danger»;
  • les tenants de laïcité formelle sont embarrassés par les incohérences contenues dans la Charte qui permet à tout un chacun de s'en soustraire;
  • ce débat permet aux partis fédéraux de poser en défenseur des minorités;
  • l'interdiction des signes religieux devrait se limiter aux employés de l'État qui ont un pouvoir de contrainte;
  • le crucifix à l'Assemblée nationale pourrait être déplacé en toute discrétion.

En entrevue avec Paul Arcand, il été plus incisif en parlant des «gros sabots» du gouvernement, d'un projet «plein de trous», déplorant qu'il soit «gênant» de cibler des musulmanes. Au passage il donne raison au Conseil du Statut de la Femme (et à sa présidente Julie Miville-Dechêne) qui réclame des études.

Deux autres pavés sont tombés cette semaine sur la Charte des valeurs québécoises. L'Association des établissements de santé et des services sociaux (AQESSS) conclut, après voir consulté son réseau, à la non-existence d'un problème.

Les Centres des femmes à travers le Québec ont constaté que les musulmanes sont prises à partie, des citoyens s'estimant autorisés par leur gouvernement à donner libre cours à leur xénophobie. Quand on souffle sur les braises de l'intolérance, il y a des risques de dérapage.

Le gouvernement Marois peut ignorer la mise en garde Jacques Parizeau, aller de l'avant avec le projet de loi à peine retouché par rapport aux «propositions», quitte à provoquer une fracture au sein du mouvement souverainiste.

Il pourrait, aussi, faire ce que dicte le gros bon sens et les partis d'opposition et maintenant Jacques Parizeau: faire passer la partie accommodements raisonnables et reporter la partie bannissant les signes religieux ostentatoires dans l'espace public.

À moins bien sûr que le calcul du gouvernement soit d'ouvrir une fenêtre électorale en chauffant le débat identitaire et en menaçant les commissions scolaires, peu importe les conséquences sur le projet souverainiste.

Cette fenêtre vient peut-être de se refermer sur leurs doigts avec la sortie de l'ancien chef péquiste.

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