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Harperisation à Québec?

20/02/2015 05:52 EST | Actualisé 22/04/2015 05:12 EDT

La garde rapprochée de Philippe Couillard a décidé de restreindre l'accès des journalistes aux ministres lors de leur arrivée au caucus.

Il s'agit d'une nouvelle limite imposée aux membres de la Tribune de la presse à l'Assemblée nationale, mais de là à conclure que nous assistions à une «harperisation» des relations avec le pouvoir, il y a un peu d'enflures.

Les responsables des communications du gouvernement libéral veulent soustraire les ministres des impromptus de presse (scrums) qui font partie du travail des journalistes. Les stratèges se sont rendu compte que c'est au petit matin que se produisent ces dérapages qui empoisonnent leur journée.

Des élus mal préparés, peu documentés, qui répondent à une question non prévue et voilà que la nouvelle fait le tour du monde.

On souhaite donc avoir le temps de préparer au caucus ces lignes de presse qui deviendront le message cohérent du gouvernement, ce qu'on appelle la «cassette».

Au PLQ, on fait valoir qu'il faut s'ajuster à l'évolution extrêmement rapide de l'information, avec les médias sociaux, qui imposent des ajustements. «Ce que dit un ministre a des répercussions sur des milliers de personnes, il faut donc être prudent», explique un stratège, ajoutant «avant, on avait une heure pour corriger le tir le cas échéant, maintenant c'est instantané. C'est clair qu'on veut diminuer le coefficient de risque».

Toutefois, on assure que les ministres seront entièrement disponibles après le caucus des députés.

C'est évidemment l'affaire de la «fouille à nu» d'une adolescente dans une école secondaire qui a amené le gouvernement à mieux contrôler son message. Cette affaire a pris des proportions démesurées parce que le ministre de l'Éducation, Yves Bolduc, a été incapable d'articuler une réponse qui aurait rassuré les parents.

Avec les informations qu'il avait en main, il aurait pu tuer l'affaire dans l'oeuf. C'est le premier ministre qui a été contrait d'éteindre le feu qui courait trois jours plus tard. Incidemment, ce dernier a affirmé qu'il n'y aurait plus de fouille à nu...ce qui est différent d'une fouille de vêtements.

En tant que journaliste, je suis pour un accès maximum à nos dirigeants politiques et les scrums sont souvent révélateurs... avant que le pouvoir ait eu le temps de «formater» son message.

Les journalistes de Québec et d'Ottawa vivent dans deux mondes différents. À l'Assemblée nationale, les membres de la presse font un travail de proximité et ont un accès aux ministres, heureusement, remarquable.

A contrario, le gouvernement conservateur repousse les journalistes et les traite comme un mal plus ou moins nécessaire, et nettement, des adversaires. Il s'est creusé au fil des années une distance entre le gouvernement fédéral et la presse. Une mentalité un peu parano.

Je me souviens qu'il n'y a pas si longtemps, un certain Pierre Elliott Trudeau se livrait régulièrement à une conférence de presse officielle avec les médias, conférence qui pouvait durer 1-2 heures. Cet exercice faisait partie de la reddition de comptes du premier ministre canadien.

Le premier ministre Couillard s'est engagé à ce que son gouvernement soit le plus transparent de l'histoire du Québec. C'était il y a bientôt un an et depuis on se heurte à la réalité des messages contradictoires.

Le gouvernement n'a pas aidé sa cause en accouchant du projet de loi 28, qui donne suite au budget Leitao, qui comprend pas moins de 327 articles et modifie tous les secteurs de la vie québécoise. Une technique empruntée aux projets-mammouth du gouvernement Harper.

Ce resserrement des façons de faire à Québec est déplorable, mais on est encore loin des méthodes pratiquées à Ottawa, Dieu merci.

Stephen Harper a remporté 3 mandats en ignorant la presse. C'est une attitude qui ne serait suicidaire à Québec.

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