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Vendre ses bijoux de famille?

25/04/2014 05:12 EDT | Actualisé 25/06/2014 05:12 EDT

Le Québec est-il arrivé au point où il doit vendre une partie de ses bijoux de famille, en l'occurrence Hydro-Québec et la Société des Alcools (SAQ)? Dans le rapport sur la situation financière du Québec qu'ils ont rendu public vendredi, Luc Godbout et Claude Montmarquette suggèrent au nouveau gouvernement libéral d'envisager cette option, si les autres ont échoué.

Les deux éminents chercheurs, qui ont été mandatés pour faire le point sur la situation budgétaire, soutiennent que si la revision des programmes et de la structure gouvernementale ne réussit pas, il faudra se résoudre à vendre des actifs. La privatisation partielle de ces sociétés ouvrirait le capital jusqu'à hauteur de 10 %, par l'émission d'actions ou d'obligations par exemple.

Les profits générés, disent-ils, devraient être versés intégralement au Fonds des générations, donc à la réduction de la dette.

L'idée de privatiser ces monopoles d'État n'est pas nouvelle, mais elle prend du poids quand elle surgit dans un rapport commandé par le gouvernement. En 2008, Mario Dumont, chef de l'ADQ avait proposé de vendre 7,5 % des actifs sous forme d'actions d'Hydro-Québec ce qui, selon lui, aurait permis d'appliquer 10 milliards de dollars sur la dette du Québec.

Godbout et Montmarquette ont cherché à rassurer en notant que les Québécois demeureraient propriétaires de 90 % d'Hydro-Québec et de la SAQ. Surtout, ils ont insisté sur le fait qu'il s'agit d'une option de dernier recours si les autres moyens, compressions sévères des dépenses, réforme de la fiscalité, hausse des tarifs, n'ont pas au Québec de retrouver le chemin vertueux de l'équilibre budgétaire.

Les chiffres dévoilés dans ce rapport donnent le frisson: déficit à 3,2 milliards de dollars,chute des impôts des entreprises de 373 millions de dollars, des particuliers de 480 millions de dollars, des dépenses qui grimperaient de 6,1 % en 2014-15 (au lieu de 2 % projeté), près de 11 milliards consacrés aux intérêts sur la dette (plus que le budget de l'Éducation)...

Luc Godbout a souligné, à juste titre, que le Québec se retrouve dans cette impasse malgré qu'il ait, au cours des dernières années: hausser de 2 points la TVQ, imposer une taxe santé qui rapporte 1 milliard de dollars, augmenter à quatre reprises le prix de l'essence d'un cent.

On ne sait plus comment épingler le contribuable.

Claude Montmarquette rejette du revers de la main l'argument bien connu voulant que «l'on paie déjà assez». «C'est faux», tranche-t-il, les Québécois ne paient qu'une partie de ce qu'ils reçoivent en services que ce soit en frais scolaires, de garderie, etc.

Le gouvernement Couillard a-t-il voulu lancer un ballon d'essai en tout début de mandat? Peut-être, mais on aurait tort de ne pas fouiller dans le coffre à bijoux, ne serait-ce que pour en établir la valeur, quand on ne réussit pas à payer l'épicerie.

Dans l'entourage du premier ministre, on est bien conscient qu'il y aurait un prix politique à payer si on se retrouvait acculé à ce recours ultime. La menace d'une décote par les agences de crédit est réelle, dit-on, compte tenu que le Québec rate ses cibles de contrôle des dépenses et ces dernières attendent un «signal clair».

En 2008, Jean Charest avait reproché à l'ADQ de faire «une vente de feu» et il avait torpillé la suggestion de privatiser partiellement.

Sur un ton résigné, l'économiste Montmarquette a souligné, en ce qui concerne leurs propositions, que «ça fait 15 ans qu'on raconte ce genre de choses». Visiblement, nous n'avons pas 15 ans devant nous. «Hydro-Québec, ça nous appartient» disait la pub, mais doit-on s'en servir pour réduire la dette?

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