Donald Charette

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Charest le téméraire

Publication: 01/08/2012 17:03

Jean Charest est bien téméraire de précipiter la tenue d'élections générales au Québec dans un contexte politique aussi volatil. Bien téméraire parce que le Parti libéral est plutôt bas dans les sondages (31% selon Léger Marketing) et traîne un taux d'insatisfaction record depuis 2 ans. C'est aussi un gouvernement qui a 9 ans d'usure dans le corps, qui doit composer avec des relents de corruption, et qui n'a pas réussi à remplacer ses gros ministres (Jérome-Forget-Couillard-Beauchamp-Béchard..) par des candidats aussi solides. Quand on est rendus à présenter d'éphémères députés adéquistes comme des grosses prises c'est qu'il y a un problème de recrutement.

Pour devancer un appel au peuple, ça prend une bonne raison. Les libéraux ont été élus, majoritaires, en décembre 2008 et auraient pu aisément se rendre au printemps. M. Charest répète depuis des mois que son mandat se terminait dans 18 mois (à l'ultime, soit 5 ans).

Le chef du PLQ aurait pu, aussi, songer à quitter la politique au moment qu'il aurait choisi. Et non. Il se lance à la conquête de son 4e mandat et défie les faiseurs d'opinions et les statistiques. Le 1er mai dernier, il manquait de qualificatifs pour pourfendre Pauline Marois qui réclamait des élections en pleine crise étudiante. «Ignoble», disait-il de profiter de la situation et «grotesque» de laisser entendre que son gouvernement le faisait.

Au lancement officiel (???) de sa campagne à l'aéroport de Québec le conflit étudiant et ses conséquences sont devenus un «incontournable», un enjeu qui s'impose de lui-même, pour redonner une voix au peuple.
«C'est le moment pour la majorité silencieuse» de faire valoir le premier ministre sortant. Selon lui, cette élection est déterminante et confine à un choix de société entre céder à la rue ou assumer ses responsabilités d'élu.

En 2003 le Québec vivait une crise en santé et dans ses finances. Cela a donné le thème de la santé, la priorité des priorités, et la réingénierie, toujours attendue. Réélu en 2007, minoritaire, Jean Charest a invoqué la récession qui menaçait le Québec pour se donner une majorité, en 2008. Tout le monde se rappelle de l'élection des «deux mains sur le volant».

Le problème pour le PLQ c'est que, durant cet été béni des Dieux, le conflit étudiant a perdu son caractère urgent et dramatique. En fait, si les étudiants entraient sagement dans leurs classes à la mi-août, ils priveraient le parti au pouvoir de son argument central durant cette campagne d'été. Les partis d'opposition sont convaincus que c'est davantage la crainte des révélations de la Commission Charbonneau (retour le 17 septembre) qui bouscule les échéances.

Le pari de Jean Charest d'aller en élections pourrait avoir des conséquences sur l'ensemble du Canada. Si le PQ prend le pouvoir sur un mandat solide, il faut s'attendre à un 3e référendum. On devine la mobilisation contre Stephen Harper qui ne sait plus où se trouve le Québec.

En ce 1er août, Jean Charest a lancé les dés. Ce n'est pas la première fois qu'il flaire le vent et joue son va-tout. En 1993, il s'était lancé aux trousses de Kim Campbell, la nouvelle vedette conservatrice jugée imbattable, et est venu bien près (47% des voix) de réaliser l'impossible. Cette campagne sera très rude. Les chefs jouent tous leur tête et entre Marois et Charest tout respect s'est effrité et il n'y aura donc pas de quartiers.

Le 4 septembre on saura si Jean Charest a parié une fois de trop ou s'il est un redoutable stratège qui excelle dans l'art de surfer sur les crises.

 

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