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Combien vaut un député?

01/12/2013 09:36 EST | Actualisé 31/01/2014 05:12 EST

Combien vaut votre député?

136 000$ par an, dit un rapport.

Si on se fie aux recommandations du rapport présenté par l'ex-juge Claire l'Heureux-Dubé et dévoilé ces jours-ci, le salaire d'un élu à l'Assemblée nationale fera un bond de 11,3%, pour se fixer à 13 000$ de plus par an.

Actuellement, la rémunération annuelle de base d'un élu est de 88 186$, montant auquel il faut ajouter une allocation non imposable de 16 027$.

Le comité propose de mettre fin à une certaine hypocrisie du système et à des avantages scandaleux comme dans le cas de la retraite et de l'indemnité de transition ou indemnité de départ.

L'allocation de dépenses ferait dorénavant partie du salaire et serait donc soumise au fisc, ce qui est la moindre des choses pour des gens qui doivent donner l'exemple aux citoyens.

Le comité indépendant, mandaté en juin dernier, suggère aussi de mettre fin aux indemnités de transition si le député n'a pas une raison majeure de quitter son siège en cours de mandat. On pense ici au député libéral de Viau, Emmanuel Dubourg, qui a fait le saut sur la scène fédérale en empochant une indemnité de 100 000$ pour avoir changé de parlement.

Bien vu, surtout que cette indemnité serait ajustée à la dernière année de travail.

Quant au régime de retraite de nos représentants, il est indéfendable. Un député peut toucher 100% de son salaire, en contribuant à hauteur de 21% avec un crédit de rente de 4% par année de service. La contribution serait majorée à 41%, la retraite limitée à 70% et le crédit de rente ramené à 2%.

Étant donné leur niveau de rémunération, il serait normal que la cotisation des députés soit plutôt haussée à 50%, soit la tendance générale des régimes, mais c'est un pas dans la bonne direction.

Le régime actuel c'est la Ferrari des régimes, démontre le comité.

Par ailleurs, le salaire d'un ministre serait porté à 217 000$ et celui du premier ministre à 272 000$ (plutôt que 186 000$). Compte tenu de leurs responsabilités, ce sont des propositions qui se défendent. Il est anormal que des sous-ministres ou des cadres supérieurs dans l'appareil étatique gagnent plus que leurs patrons politiques.

Pauline Marois est indépendante de fortune, mais il était plutôt triste de voir Lucien Bouchard dormir au bureau ou encore Jean Charest obtenir une rallonge du Parti libéral pour maintenir un train de vie familiale. Au Québec, on a peu de chefs, comme François Legault, qui sont suffisamment riches pour donner des années à la politique.

Somme toute, il s'agit d'un excellent rapport qui soutient que cette réforme peut se faire à coût nul, la bonification des salaires étant compensée par la fin de certains privilèges.

Mais il y a la question du timing et celui-ci n'est jamais bon quand vient le moment, pour les élus, de voter leurs propres émoluments. Sur ce point, le rapport l'Heureux-Dubé propose de contourner la difficulté par la mise en place d'un comité permanent qui décrèterait les conditions de travail.

Le timing est particulièrement mauvais alors que le Québec plonge dans un déficit de 2,5 milliards$. Il est mauvais aussi quand le ministre des Finances, Nicolas Marceau, invoque un taux d'inflation anémique pour expliquer la contre-performance des finances. Comment justifier alors une hausse de salaire de plus de 11%? Aussi, nos élus ont choisi de se présenter, il y a un an, en connaissant leur rémunération.

Il est également mauvais parce que le gouvernement est minoritaire et qu'il serait hasardeux d'ouvrir cette boîte de Pandore quand des élections nous pendent au bout du nez.

Surtout, il vaudrait mieux attendre que le Québec ait atteint l'équilibre budgétaire avant de faire du rattrapage salarial.

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