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Charbonneau, qui nous protège?

11/05/2014 07:07 EDT | Actualisé 11/07/2014 05:12 EDT

Qui nous protège contre les entrepreneurs véreux qui s'entendent pour gonfler les prix des travaux routiers au Québec?

Surement par le ministère des Transports selon le témoignage entendu cette semaine devant la Commission Charbonneau. On savait déjà que le MTQ avait été alerté dès 2002 par l'existence d'un système de collusion qui gangrenait les appels d'offres et qu'il aura donc fallu 12 ans pour que ce scandale éclate au grand jour.

Les payeurs de taxe croyaient sans doute avoir touché les bas-fonds en terme d'aveuglement ou de complicité tacite. Et non. Au cours des derniers jours un témoin, Luc Bergeron, ex-directeur territorial du plus gros donneur d'ouvrage au Québec, a expliqué tout bonnement que le MTQ a ajusté ses contrats pour tenir compte de la collusion.

Cela s'est produit sur la chantier de la route 175, l'autoroute du parc des Laurentides, chantier qui a défoncé toutes les projections de coûts. Lors de la première vague de soumissions 5 compagnies locales ont obtenu le contrat avec des soumissions raisonnables. Lors de la seconde vague, les coûts avaient augmenté de 10 à 20%.

Le MTQ a montré les dents et lancé un nouve appel d'offres. Les entreprises de construction ont réagi en augmentant la facture!. Malgré les soupçons d'ententes illégales, le MTQ s'est ajusté au nouveau plafond et demandé aux firmes de génie-conseil d'ajuster, à la hausse, leur estimés!

Voilà comment le contribuable s'est fait plumer avec la bénédiction d'un gros ministère qui est sensé le protéger des abuseurs. C'est carrément révoltant.

Celui qui a été sous-ministre aux Transports pendant 3 ans de 2003 à 2006, Florent Gagné, a plaidé pour sa part que c'est de «l'angélisme» de croire que le MTQ pouvait se démerder seul contre un système tentaculaire.

Ce Florent Gagné n'est pas un néophyte puisqu'il a été sous-ministre aux Affaires municipales à la Sécurité publique et, surtout, directeur-général de la SQ de 1998 à 2003. Il avait été vivement critiqué dans un rapport du Vérificateur général en 2009 (donc par le comissaire Renaud Lachance) pour avoir négligé de transmettre un rappport interne étalant un cas de collusion dans un contrat de déneigement dans la région des Laurentides. Il était aussi à la tête de la SQ en 2002 quand l'opération Bitume, visant la fixation de contrats à Laval, a été stoppée après un an.

Beau palmarès.

Alors la question qui taraude bien des gens: combien de sous-ministres, hauts-fonctionnaires, directeurs généraux, ingénieurs de l'État ont perdu leur job ou ont été rétrogradés en raison de leur incurie crasse?

Où est ce rempart qui, selon le discours syndical, doit nous protéger quand tout un chacun (excluons François Beaudry, qui mérite une médaille) perpétue le système pour des enveloppes brunes, des billets de hockey, un voyage dans le sud, des bouteilles de vin et quoi encore.

La Commission Charbonneau bouclera ses travaux dans un mois et on n'a pas vu parader les Pierre Bibeau, Violette Trépanier, Ginette Boivin, Nathalie Normandeau... pour expliquer le financement des partis politiques.

Jusqu'à présent, ce ne sont pas des élus qui se sont faits épingler par la Commission mais des rouages, souventes fois bien huilés, dans la vaste machine publique.

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