LES BLOGUES

Ping-Pong, 4e partie: la surconsommation

13/12/2014 08:05 EST | Actualisé 12/02/2015 05:12 EST

Grégory Casper et Dominique Trudeau, tout deux publicitaires et chroniqueurs, continuent aujourd'hui leurs parties de Ping Pong, la 4e de 26 parties sur la société de consommation du 21e siècle.

ping pong

À suivre toutes les deux semaines dans le Huff.

--

Skype

12 décembre 2014

Montréal 13:05

Paris 19:05

Doop, Doop Doop,

DT : Allo Greg!

GC : Allo Dom !!! Ça va bien ?

DT : Oui, oui, ça va bien! Mais ça va vite ! Le boulot, les vacances de Noël bientôt... Fiou, c'est un peu la folie par ici. Mais c'est une belle folie. Surtout quand l'atmosphère des fêtes s'empare de la maisonnée. C'est mon moment préféré de l'année. Ceci dit, je suis un peu pressé aujourd'hui. J'ai tout un tas de magasinage de Nowelle de dernière minute à faire! Encore à la course!

GC : Tu m'étonnes ! Ici à Paris y'a du monde partout et les gens se gênent, du coup parfois ils s'insultent et se ruent dans les magasins, mais oublient complètement l'esprit de Noël. Du coup tu sais plus très bien si c'est les fêtes de fin d'année ou les fêtes de la surconsommation. Alors bien sûr t'es toujours content de faire plaisir à tes proches et offrir des cadeaux ou en recevoir fait toujours du bien. Mais la consommation est une nouvelle religion visiblement... Et puis tu connais l'histoire du père Noël rouge, j'imagine ?

DT : Tu parles du père Noël de Coca-Cola? Un coup de pub incroyable. S'approprier Saint-Nicolas pour aller chercher un nouveau segment de marché : la famille, surtout les enfants. Ce fut tellement performant que la représentation du père Noël « Coke » est devenue LA représentation de ce personnage dans l'imaginaire populaire. Aujourd'hui, ce père Noël est symbole pour beaucoup de la commercialisation à outrance de la fête de Noël. Mais outre ce symbole, le fait est que la période des fêtes est synonyme des excès de notre société de consommation. Mais savais-tu que de nouveaux comportements émergent ici ? La consommation responsable et la déconsommation commencent doucement à s'implanter. Oh, tranquillement, mais sûrement.

GC : Oh vraiment ? Tu veux dire qu'on ne peut pas continuer à consommer infiniment dans notre monde fini ? Oui je te rassure c'est ironique ;-). Là je sens bien que je suis en train de scier une branche sur laquelle je suis assis (expression française qui peut aussi se traduire par se « tirer une balle dans le pied ») en tant que publicitaire, mais je m'y risque : je pense qu'on ne peut plus consommer comme avant, c'est à dire à outrance et sans limites. Les conséquences sont trop importantes. Le coût humain est trop élevé. Il faut revenir à une économie plus sage, où la location remplace l'achat, où l'accès remplace la propriété. Chez nous on appelle ça la décroissance et c'est très politisé. C'est assimilé aux casseurs de MacDo et aux antipubs, la gauche, de la gauche, celle qui fait peur, tu vois. Donc pour l'instant on ne fait que lui donner différents noms, on ne le met pas vraiment en pratique.

DT : La consommation responsable et la déconsommation c'est... consommer mieux. Et ça ne va pas à l'encontre de la propriété. Ce n'est ni à gauche ni à droite. Du moins ici. Du moins, je l'espère. C'est, je crois, une façon plus saine de vivre dans notre économie, dans notre monde, tout en y contribuant. Voici en bref, selon une étude récente, les comportements observés : le recyclage, la consommation locale, la déconsommation (moins, mais mieux), l'achat environnemental, le transport durable, le compostage et la consommation citoyenne. Dans les cas du recyclage et de l'achat local, une bonne partie de la société québécoise semble s'y mettre. C'est là un signe que les temps changent ! Et ce n'est plus l'affaire de quelques hurluberlus habillés en macramé ! Mais bizarrement et contre toutes attentes, ce sont les jeunes ici qui sont les moins enclins à changer leurs comportements. C'est à croire que les Y ont envie de revivre les excès irréfléchis de leurs prédécesseurs. Qui sait ?

GC : Ah ah ! Tu te doutes bien que je vais répliquer à ça ;-). Pour écrire notre livre Eric Briones et moi, nous nous sommes plongés dans cette génération, nous avons crée et relayé une étude sur le sujet. Les résultats (qui restent français j'en conviens), sont unanimes : les Y recherchent des produits responsables et la consommation durable est une de leur préoccupation première lorsqu'ils recherchent un article de luxe...mais pas que. C'est aussi une génération qui a grandi avec Greenpeace et avec la problématique écologique. Lorsqu'ils créent leur marque, lorsqu'ils bouleversent l'industrie avec de nouveaux enjeux, ils le font avec cet idéal. Par exemple la marque Warby Parker, qui a révolutionné l'industrie des lunettes s'est créée sur une promesse : « Buy a pair, give a pair » qui invite les consommateurs à les choisir parce que s'ils achètent leur paire de lunettes chez Warby Parker, la marque s'engage à en envoyer une paire à quelqu'un qui en a besoin et qui ne peut pas se la payer. Autrement dit, le business modèle de toute l'entreprise repose sur la générosité potentielle de ces clients ! Difficile de faire mieux comme positionnement responsable non ? Vue de ma vieille Europe, je vois ces Y comme une formidable opportunité pour les marques, mais aussi pour la consommation en général. Quand ils créent leurs structures, il l'a créée en rupture, en se posant les bonnes questions et surtout en tentant d'y répondre avec sincérité et authenticité. Se tourner vers les Y c'est aussi faire en sorte de s'interroger sincèrement et profondément sur son identité et ses valeurs. Une remise en question fondamentale qui me paraît au final très salvatrice. S'il y a bien une partie de la population qui a compris à quel point leur pouvoir était dans leur pouvoir d'achat, c'est bien eux. Ils tentent de rationaliser tous leurs achats et ne pensent pas seulement à la dimension prix, la dimension qualité ou durabilité est présente. La dernière fois je regardais une vidéo de unboxing (déballage) de casque audio, le youtubeur disait qu'il ne comprenait pas pourquoi la marque avait utilisé autant de couches d'emballage et il disait que ce n'était ni responsable ni malin et au final, déconseillait le produit ! C'est vraiment différent chez toi ?

DT : C'est évidemment très important que cette génération embrasse ce comportement. C'est LA clé de demain. Et ce sont les tout nouveaux pilotes de notre bon vieux « Spaceship Earth ». Mais selon le Baromètre de la consommation responsable 2014 « La consommation responsable est une question de génération. Ce ne sont pas les jeunes, mais bien les 45-64 ans qui s'avèrent les consommateurs les plus responsables. ». Selon Fabien Durif de l'Observatoire de la consommation responsable : « plus on avance dans l'âge + on est un consommateur vert ». Donc, à ta question, les Y tardent à emboîter le pas. Ils n'ont pas encore pris complètement connaissance du nouveau manuel de pilotage. Ils sont en fait bon dernier depuis 5 ans. Encore selon Fabien : « La génération Y est sensibilisée, motivée, peu freinée, mais passe moins à l'action dans ses pratiques que les autres générations. » Dommage, allez comprendre. Je suis curieux des raisons. J'imagine que la culture séduisante de la consommation nord-américaine est quelque part dans cette réalité. Nous baignons ici littéralement dans la surconsommation. Mais naturellement comme chez toi, il y a beaucoup de jeunes entrepreneurs qui changent les façons de faire les choses et il y en a beaucoup aussi qui consomment autrement. Ce n'est pas encore la pointe de l'iceberg. C'est, disons un beau gros bloc de glace en surface. Anyway, moi, je dois y aller. J'ai tout un tas de cadeaux à acheter ;-)

CG : Attends attends te sauve pas ! Toi t'achète plutôt sur le web ou en boutique ? Je trouve que y'a un vrai enjeu de reconquête pour les magasins aujourd'hui...

DT : Hé! mais c'est un bon thème pour notre prochaine partie ça.

VOIR AUSSI

La folie du Black Friday

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter