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L'édifiante histoire du calice et de la patène de Jean-Paul II

20/05/2014 12:48 EDT | Actualisé 19/07/2014 05:12 EDT

Lors de sa visite à Québec, en septembre 1984, le pape Jean-Paul II remettait un cadeau personnel au cardinal Louis-Albert Vachon, alors archevêque de Québec et primat de l'Église canadienne. Il s'agissait d'un calice et d'une patène que le Saint-Père avait expressément commandés à un joaillier romain en vue de le remettre à son hôte.

Peu avant sa mort, en 2006, le cardinal Vachon donnait ce calice et cette patène à Anne Sigier.

Anne Sigier est une Française qui s'est installée au Québec en 1972 avec son mari et leurs quatre enfants. Elle est venue ici pour y diffuser des livres religieux publiés en France. À la suite d'une inondation qui ravagea son stock de livres situé au Lac-Beauport, Anne Sigier décidait de lancer sa propre maison d'édition, Les Éditions Anne Sigier.

En 1975, les Éditions Anne Sigier publiaient leur premier livre, «Les Psaumes d'Israël» d'Évode Beaucamp, un professeur de théologie très apprécié à l'Université Laval.

Aidée de sa famille et de collaborateurs fidèles et compétents, Anne Sigier a publié plus de 600 titres.

Très à l'écoute de ses lecteurs et de ses auteurs, Anne Sigier est une personne qui a ouvert des portes : «Mon travail demande de l'écoute et du discernement. Je suis une femme exigeante par respect pour mes lecteurs.»

Anne Sigier a fait connaître plusieurs auteurs français au Québec. Mais, surtout, elle a contribué à faire connaître de nombreux auteurs québécois en France, en Belgique et en Suisse. Le Père Yves Girard, moine cistercien, très aimé ici, a maintenant de nombreux lecteurs en France. Soeur Gabrielle Noël, Ursuline, et Madame Thérèse Nadeau-Lacour ont publié chez elle les livres de Marie de l'Incarnation, canonisée par notre pape François ces jours-ci.

Et c'est par reconnaissance pour son travail que Mgr Vachon, un ami de la famille Sigier, lui a offert le calice et la patène de Jean-Paul II.

Il y a aussi une autre raison. En août 1997, à l'occasion des XIIes Journées mondiales de la jeunesse qui se tenaient à Paris en présence de Jean-Paul II, Anne Sigier avait, avec l'aide des communautés religieuses, féminines et masculines, fait imprimer 450 000 exemplaires de l'évangile de Saint Luc, « Je t'appelle ». Dans un souci d'évangélisation et d'appel aux vocations, les communautés avaient communiqué dans ce livre le charisme de leur mission. Imprimés au Québec, ces livres furent expédiés en France pour être donnés à chacun des participants des JMJ.

Lors d'une messe solennelle, le Saint-Père lui-même remit les premiers exemplaires de ce livre à une dizaine de jeunes qu'il venait de baptiser. Trente-trois prêtres et religieux sont entrés en communauté et y sont toujours depuis cet appel de Jean-Paul II lancé aux JMJ à Paris.

Une anecdote : ce livre a failli ne jamais parvenir à destination. En effet, il fut retenu à la douane du Havre, en Normandie. Les douaniers français refusaient de dédouaner un livre qui devait être donné gratuitement. Autrement dit, un produit sans valeur marchande.

Trois bons samaritains français ont alors aidé à dénouer l'impasse administrative et fiscale : le général Philippe Morillon, ancien commandant des forces armées des Nations unies en Bosnie-Herzégovine en 1992, Philippe Douste-Blazy, député-maire de Lourdes, et Dominique Strauss-Kahn, ministre de l'Économie et des Finances du gouvernement de Lionel Jospin.

L'édifiante histoire du calice et de la patène de Jean-Paul II ne s'arrête pas là.

En 2006, au nom de la Congrégation pour le clergé dont il était le préfet, au Vatican, le cardinal colombien Dario Castrillon demanda à Anne Sigier combien il en coûterait à son dicastère pour obtenir les droits de traductions et de diffusion de la « Bible chrétienne » pour partager cette mine évangélique auprès de nombreux prêtres de tous les pays.

Publiée par les Éditions Anne Sigier, la « Bible chrétienne » est un imposant ouvrage constitué de cinq tomes : « Le Pentateuque », « Les Évangiles », « Les Actes des Apôtres », « Les Psaumes » et « Les Épitres » (dernier volume commenté également par le Père Christophe de Dreuille, directeur du Séminaire d'Aix-en-Provence).

Chaque tome se présente sous la forme de deux volumes reliés et réunis dans un coffret rigide. Le premier volume propose le texte biblique comme tel, le second volume propose un commentaire et une explication de textes.

Provenant des Pères de l'Église, les textes originaux et les commentaires ont été traduits par Mère Élisabeth de Solms, une soeur bénédictine de l'Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, en Normandie. Quant aux notes et mises en parallèle, ils ont été traduits et rédigés par Dom Claude Jean-Nesmy, un moine bénédictin de l'Abbaye Sainte-Marie de la Pierre-qui-Vire, en Bourgogne.

Parce qu'elle met en lumière et explique des mots de la Bible que l'on ne comprend pas toujours, cette « Bible chrétienne » est un ouvrage de référence qui permet aux prêtres de mieux préparer leurs homélies et aux laïcs de mieux comprendre la Bible et les lectures de la Messe.

Conscient de l'utilité et de l'importance d'un tel ouvrage, le cardinal Castrillon se proposait de le traduire en plusieurs langues et de le publier sur un support informatique, en l'occurrence un CD.

Concernant la demande du cardinal Castrillon sur les droits d'auteur, Anne Sigier a répondu: «Je ne demande pas d'argent, mais une prière quotidienne pour les lecteurs, pour les auteurs et pour les éditeurs. Et je veux que ce soit mentionné sur le contrat.»

Le préfet de la Congrégation pour le clergé a aussitôt répondu: «C'est le contrat que je vais honorer jusqu'à ma mort.» Le projet fut réalisé et 200 000 CD de la «Bible chrétienne» furent donnés un peu partout à travers le monde.

À cette époque, le bras droit du cardinal Castrillon au Vatican était l'abbé Martin Vivies, un jeune prêtre français de la Communauté de la Procure. Ce sont les parents de ce prêtre qui ont contribué au financement de la publication du cinquième et dernier tome de la « Bible chrétienne ».

En remerciement, Anne Sigier a alors offert à la famille Vivies le calice et la patène de Jean-Paul II que lui avait remis Mgr Vachon. C'était en 2009.

Une fois encore, l'édifiante histoire du calice et de la patène de Jean-Paul II ne s'arrête pas là.

Plus tôt cette année, quand elle a appris que Jean-Paul II allait être canonisé et qu'il y aurait canonisation de deux nouveaux saints canadiens, François de Laval et Marie de l'Incarnation, Anne Sigier dit avoir été morfondue à l'idée que le calice et la patène de Jean-Paul II soient en France: «Il me semble que ces précieuses reliques devaient revenir au Canada et qu'elles devaient appartenir à l'Église de Québec.»

Après avoir prié Dieu et aussi Jean-Paul II, en pensant à ces reliques pour l'Église de Québec et sur les conseils d'un de ses amis, André Maltais, Anne Sigier envoyait un courriel à l'abbé Martin Vivies, actuellement en mission en Chine : «Croyez-vous qu'il soit possible que le don de Jean-Paul II puisse revenir à l'Église de Québec ? J'ai beaucoup prié avant de vous poser cette question. Un cadeau est un cadeau... Mais il me semble que je devais vous poser la question, même si cela me dérange beaucoup.»

Dans les heures qui ont suivi, l'abbé Vivies répondait : «Chère Anne, pas de problème. Ce calice est à Rome chez mes collègues de la Procure de Montligeon.»

Il ne restait plus qu'à faire revenir ce calice et cette patène à Québec.

Le Vendredi saint, le paquet contenant ces deux précieuses reliques étaient sur la table d'Anne Sigier : «J'ai été impressionnée. Je n'ai pas osé ouvrir le paquet. Le dimanche matin, jour de Pâques, j'ai téléphoné au notre cardinal Gérald Cyprien Lacroix et je lui ai dit que j'avais un message important à lui communiquer. Il m'a fait confiance. C'est ainsi que le soir de Pâques, accompagné de deux de ses amis, il est arrivé à la maison et il a écouté. Puis il a ouvert le paquet et découvert ce qu'il contenait : le coffret, contenant le calice et la patène que le pape Jean-Paul II avait offert personnellement au cardinal Vachon en septembre 1984, lors de son séjour à Québec. Désormais, ces deux reliques appartiennent à l'Église de Québec et nous en rendons grâce à Dieu !»

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