LES BLOGUES

Comment désherber son jardin sans produits chimiques

15/05/2015 02:26 EDT | Actualisé 15/05/2016 05:12 EDT

Comme beaucoup de jardiniers bio, j'ai utilisé un peu de glyphosate (Round up) pour désherber la cour d'entrée de la maison et la terrasse, croyant les dires de Monsanto selon lesquels ce désherbant se dégradait dans le sol et n'avait pas d'impact.

Mais vers la fin des années 90, on a commencé à étudier la présence des pesticides dans les eaux et on a découvert le moyen de doser le glyphosate. Et là, grande surprise, on a découvert que les cours d'eau étaient fortement contaminés par les désherbants dont le glyphosate avec des concentrations pharaoniques.

Comment remplacer les désherbants? L'idée du désherbage à l'eau bouillante m'est venue dès 1996 en me souvenant de la pratique de mon arrière-grand-mère. Mais cela ne pouvait régler tous les problèmes.

Les autres solutions sont peu à peu venues en transposant au jardin d'ornement toutes les pratiques du potager bio et en réfléchissant aux causes de l'apparition des herbes indésirables pour développer des réponses écologiques préventives. Mon livre est le résultat de cette longue série d'expériences de jardinier et, en tant que chargé de mission environnement, des nombreuses actions de sensibilisation que j'ai menées en lien avec les pouvoirs publics et des associations.

Les herbicides, principaux polluants de l'eau

Les principales molécules trouvées dans les cours d'eau sont le glyphosate, herbicide le plus utilisé au monde (détecté dans plus de 35% des analyses) et son dérivé appelé AMPA (dans plus de 50% des analyses). Rappelons que le glyphosate est la substance active du Round up. Viennent ensuite des désherbants d'origine agricole (atrazine...) ou urbaine et agricole (désherbants pour pelouse et prairie, diuron...).

Inquiétant! D'autant que ces herbicides, largement utilisés par les agriculteurs et les jardiniers amateurs, sont dangereux pour la santé et l'environnement (eau, flore et faune sauvages), comme l'attestent de nombreuses études dont le fameux rapport de l'INSERM de 2012 ("Pesticides, effets sur la santé").

Il est possible de s'en passer

On peut s'en passer, notamment dans les jardins et les espaces verts. De nombreuses solutions alternatives existent pour éviter la prolifération des herbes spontanées jugées indésirables. La plupart sont faciles, peu coûteuses et efficaces. Mais elles supposent un changement dans la manière de jardiner et de concevoir le jardin. Il faut d'abord apprendre à anticiper, car la plupart des solutions sont préventives. Il faut aussi accepter que le jardin ne soit pas aussi net qu'avec des herbicides chimiques notamment pour la pelouse et les surfaces gravillonnées ou pavées. Il faut aussi changer notre regard sur ces plantes dites indésirables. Ce n'est pas très difficile, car de nombreuses plantes spontanées dans les jardins sont à la fois jolies, peu envahissantes et pour certaines, comestibles. En somme, il faut apprendre à vivre avec les plus sympa, tout en contrôlant vigoureusement celles vraiment indésirables et envahissantes là où elles ne peuvent être tolérées (potager, abords de la maison).

Solutions autour de la maison

Les allées, la terrasse, l'entrée du garage sont des surfaces sur lesquelles l'usage des pesticides est à proscrire, car il se traduit aussitôt par une pollution des eaux de ruissellement, des ruisseaux et des rivières.

Le désherbage thermique à l'eau bouillante est l'une des meilleures solutions à condition de récupérer l'eau de cuisson de la cuisine, au lieu de la jeter dans l'évier. C'est gratuit, mais il faut passer régulièrement, entre 3 et 6 fois par an pour contrôler la situation. Évidemment, il ne faut pas avoir de grandes surfaces. Pour des cours importantes et de longues allées, le désherbeur thermique à gaz est une solution acceptable, bien que d'une efficacité plus faible. En solution préventive, la pose d'un voile géotextile sous les allées est efficace. Mais on peut aussi décider d'enherber la cour et les allées, par exemple en semant du gazon entre les dalles et les pavés d'une allée ou d'une terrasse au moment de sa création, ou en laissant l'herbe se développer dans les gravillons, puis la tondre régulièrement comme une pelouse. Et c'est joli.

Dans la pelouse

La prévention est vraiment essentielle. Elle commence par le choix d'un gazon de qualité adapté au tassement, principal facteur d'installation des herbes indésirables et des mousses, c'est à dire pour l'usage jeux, sport, loisirs. Ensuite, il convient de tondre haut toute l'année, à plus de 5 cm de hauteur. La tonte habituelle, trop courte, favorise l'installation inexorable d'herbes indésirables résistantes comme le rumex, de mousses et l'arrivée de vers blancs et gris parasites du sol.

Le gazon doit aussi être nourri régulièrement et modérément. Mais pas avec des engrais chimiques. En réalité, on nourrit la vie du sol (micro-organismes, vers de terre...) qui, à son tour, nourrit le gazon tout en aérant la terre et lui évite de se compacter et de s'asphyxier.

Principales solutions : adopter la tonte «mulching» qui consiste à laisser l'herbe finement coupée sur place et épandre tous les 2 à 3 ans un peu de compost à la surface de la pelouse.

En solution curative, le jardinier pour extirper les herbes volumineuses comme les rumex en les arrachant avec un outil adapté. Mais là aussi, il est important de changer de regard. Nos pelouses ne sont pas des greens de golf, des gazons de prestige top-modèle. Pensons à nos enfants et les animaux domestiques qui jouent sur la pelouse et, si elle est "traitée", se contaminent rapidement en imprégnant leurs vêtements, leur pelage, leur peluche, leur doudou. Est-ce vraiment raisonnable de leur faire prendre autant de risque pour une simple pelouse?

Dans les massifs végétalisés

Le contrôle des herbes indésirables est vraiment facile et efficace. Il suffit de couvrir la terre en permanence pour occuper le terrain et empêcher la germination des graines. Le panel des solutions est large. D'abord le paillage, c'est à dire la couverture du sol avec un matériau protecteur. Dans un jardin existant, il n'est pas indispensable d'acheter des paillis du commerce, souvent coûteux et peu écolos, certains venant de fort loin. Il est bien plus simple, rapide et tout aussi efficace, d'utiliser les déchets verts produits par le jardin : feuilles mortes, tonte de pelouse, légèrement sèche, restes de culture, tiges sèches, brindilles, tailles de haies coupées au cordeau, y compris les thuyas et les lauriers-palmes (ou laurier-cerise), branches....

Une heure passée à récupérer les déchets du jardin et les étaler en paillis, c'est 10 heures d'entretien de moins dans le jardin. Plus besoin de désherber, biner, arroser, bêcher, la vie du sol le faisant à notre place. Une simple tondeuse suffit pour broyer la plupart des déchets, feuilles mortes, brindilles, même les jeunes branches de rosiers, de thuya, d'arbustes persistants, jusqu'à un cm de diamètre. Au-delà, il faut un broyeur.

Dans le potager

C'est sans doute l'endroit le plus facile à maitriser. Les solutions ne manquent pas. Faux - semis, semis en ligne étroite et désherbage mécanique (sarcloir), paillage, engrais-verts. Mais il faut anticiper, ne pas attendre d'être envahi d'herbes indésirables à graines pour réagir.

VOIR AUSSI :

Les 10 plus beaux jardins du monde

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter