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Les différents effets de l'obésité sur le corps et sa santé

26/05/2015 11:44 EDT | Actualisé 26/05/2016 05:12 EDT

L'obésité est un phénomène complexe qui se décline de plusieurs façons et dont les conséquences sur la santé diffèrent les unes des autres. Selon l'Organisation mondiale de la Santé, il y aurait à l'échelle de la planète plus de 600 millions de personnes obèses, soit deux fois plus qu'en 1980. Le langage des joueurs de hockey serait tout indiqué pour décrire les deux grandes catégories d'obésité, soit celle du bas du corps (gynoïde) et celle du haut du corps (androïde). Il y a aussi d'autres déclinaisons dont plusieurs sont interreliées comme l'obésité sous-cutanée, viscérale ainsi que l'obésité abdominale qui est particulièrement associée aux problèmes cardiovasculaires.

Avant d'aborder les effets de l'obésité sur la santé, la douleur et les articulations, voyons comment sont déterminés les seuils de surpoids et d'obésité.

Obésité ou surpoids ?

La mesure la plus utilisée pour savoir si une personne est obèse est l'indice de masse corporelle, soit l'IMC. Pour le calculer, il faut diviser le poids de la personne en kilogramme par le carré de sa taille en mètre (IMC=kg/m2). Un IMC supérieur à 25 indique que la personne est en surpoids. S'il est de 30 ou plus, cela détermine généralement que la personne est obèse. Dans certains contextes, il est aussi possible d'avoir recours au pourcentage de gras corporel. Plusieurs méthodes sont employées pour le calculer dont la mesure de certains plis cutanés à l'aide d'une pince spéciale ou en utilisant un pèse-personne qui prendra la mesure par impédance. Notez que le pourcentage de gras est plus représentatif que l'IMC en présence d'une masse musculaire très élevée.

« Le risque d'ostéoarthrite du genou serait multiplié par 7 chez les personnes obèses. »

Aimer son tissu adipeux

Le tissu adipeux nous permet de stocker la plus grande réserve d'énergie du corps humain : le gras. Or, le tissu adipeux possède beaucoup d'autres qualités et d'utilités. Les dernières décennies de recherches biomédicales nous ont permis d'y voir plus clair à cet égard et nous ont donné mille et une raisons d'aimer nos petites et grandes poignées d'amour. Le tissu adipeux n'est pas qu'un simple entrepôt de gras : il constitue aussi un véritable réseau de production indispensable au fonctionnement du corps humain et dans lequel se trouve des cellules qui fabriquent, stockent et libèrent une quantité impressionnante de substances essentielles à notre survie. Et parce que le tissu adipeux sécrète notamment des hormones et des marqueurs, il parvient à communiquer littéralement avec d'autres organes. Par exemple, il fait avec le cerveau en l'informant du niveau de satiété par la sécrétion de la leptine, une hormone impliquée dans la régulation de l'appétit.

Rien n'est parfait

Le tissu adipeux ne possède pas que des qualités. Lorsqu'il se trouve en trop grande quantité, il perd de son efficacité et devient parfois dysfonctionnel, notamment par une perturbation de la production d'horomones et de marqueurs. Chez les personnes obèses, cela peut entraîner des problèmes de santé comme:

  1. Un diabète de type 2;
  2. Une maladie cardiovasculaire;
  3. De l'asthme;
  4. Une maladie inflammatoire chronique comme l'ostéoarthrite;
  5. Des douleurs articulaires.

« Un sondage fait auprès de plus d'un million d'Américains a démontré que 40% des personnes obèses souffriraient de douleur chronique. »

Inflammation: un équilibre rompu

La graisse qui se trouve sous la peau (et à bien d'autres endroits) est aussi impliquée dans les processus inflammatoires. C'est un peu comme si le tissu adipeux contrôlait les actions de deux équipes qui seraient formées par les anti et les pro inflammation. Or, l'obésité perturbe l'équilibre entre ces deux équipes en avantageant les pro inflammation, ce qui installe un état inflammatoire chronique dit « de bas niveau ». C'est une des hypothèses avancées pour expliquer que les personnes obèses sont beaucoup plus à risque de problèmes inflammatoires comme l'ostéoarthrite. Le ⅔ des patients qui en souffrent seraient d'ailleurs obèses et le risque d'ostéoarthrite du genou serait multiplié par 7 chez les personnes obèses. La présence de cette maladie ne serait donc pas uniquement reliée à l'augmentation du stress mécanique sur les articulations, mais aussi à la perturbation des mécanismes inflammatoires causée par l'obésité. Cela explique d'ailleurs mieux la présence d'ostéoarthrite à des régions qui n'ont pas à supporter le poids du corps comme les articulations de la main.

Tâches quotidiennes

Outre les effets sur l'inflammation, une quantité trop élevée de tissu adipeux augmente le poids supporté par les articulations, qu'il y ait présence ou absence d'ostéoarthrite. Et du gras, c'est pesant: les muscles doivent travailler plus fort et l'ensemble des structures articulaires sont désavantagées. Bien sûr, les personnes en surpoids et obèses ne forment pas un groupe homogène et de multiples particularités sont à considérer. Mais en général, ces personnes notent davantage de douleurs et de raideurs articulaires, de symptômes invalidants et une plus grande diminution de qualité de vie. D'ailleurs, l'obésité altérerait plus rapidement les capacités fonctionnelles et rendrait plus difficiles les tâches quotidiennes. Ce serait tout aussi vrai chez les personnes vieillissantes obèses qui sont plus à risque de chute et de voir leur volume et leur force musculaires diminuer (sarcopénie).

Douleur chronique

Un sondage fait auprès de plus d'un million d'Américains a démontré que 40% des personnes obèses souffriraient de douleur chronique. Ce pourcentage serait proportionnel à l'indice de masse corporelle (IMC) et serait beaucoup plus élevé que dans la population générale. Par exemple, la prévalence de la douleur chronique augmenterait de 254% chez les personnes dont l'IMC dépasse 40 en comparaison avec la population non obèse. En plus, la présence simultanée de la douleur chronique et de l'obésité aurait des effets multiplicateurs sur les incapacités fonctionnelles et sur la qualité de vie de la personne.

« L'obésité perturbe l'équilibre en avantageant les pro inflammation, ce qui installe un état inflammatoire chronique dit de bas niveau. »

Mal de dos

La douleur au bas du dos est aussi associée à l'obésité et la sévérité du portrait clinique en terme d'intensité serait proportionnelle à l'IMC. À cet égard, les douleurs au bas du dos seraient le problème musculo-squelettique le plus fréquent chez les femmes obèses. Une étude récente faite dans 9 pays auprès de 42116 personnes a démontré que l'association entre l'obésité et les douleurs au bas du dos variait d'un endroit à l'autre, même si elle était présente dans la majorité des pays à l'étude. Quant à la sciatique, l'obésité ferait partie des facteurs de risque.

Des bémols

L'obésité a des impacts incontestables sur la santé comme l'inflammation, la douleur et l'état des articulations, tout particulièrement lorsqu'elle perdure durant une longue période de temps. Or, la santé est complexe et l'ensemble des facteurs devrait être considéré lorsque vient le temps de déterminer le niveau de risque d'une personne obèse de souffrir d'une maladie. En d'autres mots, les effets de l'obésité peuvent être modulés par plusieurs éléments. Par exemple, bien malin qui pourrait établir les probabilités d'une personne obèse de souffrir de douleurs articulaires si elle pratique une activité physique régulièrement, ne fume pas et n'a pas d'antécédents personnels ou familiaux. Les spécificités génétiques, les blessures antérieures, la forme cardiovasculaire et les antécédents médicaux font partie des facteurs à considérer dans la prédiction des effets de l'obésité sur la santé, particulièrement les douleurs et les problèmes articulaires.

Des solutions au magazine Les éclaireurs

Pour en connaître davantage concernant les pistes de solutions en lien avec l'obésité et ses effets sur la santé articulaire, écoutez la chronique de Denis Fortier au magazine Les éclaireurs, à Ici Radio-Canada Première, animé par Philippe Desrosiers.

Denis Fortier est physiothérapeute et auteur du livre Conseils d'un physio, publié aux Éditions Trécarré et maintenant en librairie. Vous y trouverez une multitude de conseils sur la santé articulaire, 10 autoévaluations et plus de 50 exercices thérapeutiques qui vous permettront d'évaluer et d'améliorer votre santé articulaire. N'hésitez pas à vous abonner gratuitement à l'infolettre et à visiter la page Facebook ainsi que le compte Twitter.

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