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Trois choses à ne pas faire en 2015 en présence de hernie discale (ou de douleur aiguë au dos ou au cou)

30/12/2014 09:58 EST | Actualisé 01/03/2015 05:12 EST

Becs en pincettes, sets carrés et swing la baquaise dans le fond de la boîte à bois : bonne année ! Le temps des fêtes est aussi vite arrivé que terminé. Si cela pouvait être la même chose avec les problèmes articulaires...

Les demandes aux urgences des cliniques de physiothérapie ne sont pas rares durant la période de fin (et de début) d'année. Les motifs de consultation incluent la douleur aiguë, une raideur forte à la colonne vertébrale, des irradiations et des engourdissements au bras ou à la jambe ainsi que les troubles du sommeil dus à la douleur. Les causes les plus fréquentes sont un faux mouvement, une mauvaise position maintenue de façon prolongée (les effets de l'alcool y contribuant) et la fatigue générale.

Mon billet d'aujourd'hui vous aidera peut-être à prévenir certains de ces problèmes. Voici quelques informations pertinentes sur la hernie discale, mais d'abord, voyons 3 choses à ne pas faire en présence d'une douleur sévère au cou ou au dos, particulièrement si celle-ci est causée par un problème du disque intervertébral.

1. Les déplacements prolongés en voiture

Les vibrations occupent le haut de la liste des effets dommageables sur la hernie discale. Les déplacements en voiture, peu importe la qualité de la suspension, entraînent des vibrations constantes. Celles-ci augmentent l'activité musculaire et le stress sur un disque déjà abîmé. Si vous souffrez d'une hernie discale, ou si vous avez des douleurs à la colonne vertébrale qui irradient au bras ou à la jambe, il serait prudent d'éviter les longs trajets en voiture. Voici deux conseils à suivre si vous ne pouvez vous en abstenir.

Conseil 1 : arrêtez-vous le plus souvent possible. La position prolongée est votre pire ennemie, particulièrement si vous êtes conducteur et encore davantage si la transmission n'est pas automatique. Marchez quelques minutes et bougez le dos lentement, en tournant les épaules de gauche à droite. Ne faites surtout pas d'exercices qui augmentent les symptômes.

Conseil 2 : laissez-vous conduire et inclinez votre siège au maximum. La position horizontale risque d'être plus confortable. Les vibrations de la voiture auront alors un impact moindre et, en principe, les tensions et la douleur seront diminuées par la réduction de l'activité des muscles posturaux.

2. Dormir sur le divan du beau-frère

Qui n'a jamais dormi sur un divan, le cou trop cambré et dans une posture inadéquate ? La plupart des personnes arrivent à le faire sans trop souffrir. Or, si vous avez une hernie discale, il serait sage de l'éviter. Sinon, assurez-vous de bien supporter votre cou, vos épaules ainsi que votre colonne vertébrale. Ajoutez un nombre suffisant de coussins. N'oubliez pas que le disque intervertébral agit comme un ressort (un amortisseur) et qu'il n'est pas conçu pour être étiré sur une longue période de temps, ce qui pourrait se produire si vous dormez dans une position acrobatique. Plusieurs personnes ayant un sommeil profond et/ou un niveau d'intoxication élevé (d'alcool ou autres substances) ne ressentiront pas la douleur et ne se rendront compte des dommages que le lendemain matin, alors que certaines blessures du disque pourraient être irréversibles.

3. Chuter sur la glace

Il n'est pas simple de prévenir une chute sur la glace d'une personne en bonne santé. Un bête accident restera toujours un bête accident. Toutefois, si vous souffrez d'une hernie discale, surtout au bas du dos, il est possible que vos réflexes, votre force, votre endurance et votre coordination soient altérés. Si c'est le cas, redoublez de vigilance si la surface au sol est glissante ; le coefficient d'adhérence est à son plus bas lorsque l'eau recouvre une couche de glace.

Conseil 1 : testez votre équilibre en vous tenant debout sur un pied, les yeux fermés et sans bouger pendant au moins 10 secondes. Votre résultat devrait être sensiblement le même d'un côté comme de l'autre. Si nécessaire, faites ceci comme exercice quotidien.

Conseil 2 : si votre équilibre ne s'améliore pas après quelques jours, et particulièrement s'il persiste une différence significative entre les deux côtés, consultez un physiothérapeute ou un professionnel de la santé pour mieux en comprendre les causes.

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Anatomie express du disque intervertébral

La colonne vertébrale compte 23 disques, un entre chaque vertèbre à l'exception des deux premières. Le disque est constitué d'un anneau fibreux et souple, dont le centre est rempli d'une substance comparable à du gel (appelée noyau). Le disque a deux rôles principaux : permettre le mouvement de la colonne vertébrale et agir comme un amortisseur. Il a donc une excellente capacité de compression, comme celui d'un ressort. Il réagit toutefois moins favorablement lorsqu'il est étiré de façon prolongée, comme expliqué plus haut.

La hernie discale, ça mange quoi en hiver ?

La même chose qu'en été, diraient certains. En fait, les saisons n'influencent pas la formation des hernies discales. Celles-ci apparaissent subitement ou graduellement, notamment après un stress répété, une position prolongée maintenue en fin de mouvement ou un geste traumatique comme une chute ou un accident de voiture. Même si la météo n'a pas de lien direct avec la hernie discale, les activités hivernales peuvent toutefois la fragiliser comme le ramassage de la neige ou gratter une couche de verglas sur le pare-brise de la voiture. Notez que certaines personnes ont une prédisposition anatomique ou génétique aux hernies discales. Par exemple, il arrive que plusieurs membres d'une même famille en souffrent.

Les différentes étapes qui mènent (ou pas) à la hernie

A. Le disque sain : le noyau du disque est dans une position normale, c'est-à-dire qu'il se trouve relativement au centre du disque.

B. La protrusion discale : une partie ou la totalité du noyau se déplace vers les limites anatomiques du disque, causant un bombement plus ou moins important. Cette situation ne cause pas systématiquement de douleur ou de compression nerveuse.

C. La hernie discale : une partie ou la totalité du noyau est expulsée à l'extérieur du disque. L'intégrité de celui-ci peut aussi être altérée, c'est-à-dire qu'une partie de l'anneau fibreux peut (ou non) avoir été endommagé. La hernie discale entraîne souvent de la douleur et comprime parfois d'autres structures anatomiques comme la racine d'un nerf. Ces symptômes sont parfois difficiles à dissocier d'autres problèmes de la colonne vertébrale.

Les principaux signes cliniques de la hernie discale

• la douleur aiguë locale et/ou une douleur irradiant au bras ou à la jambe

• une diminution ou une modification de la sensibilité locale et/ou de la force du membre supérieur (hernie cervicale) ou inférieur (hernie lombaire)

• la toux augmente souvent les symptômes

Notez qu'il est hasardeux de s'autodiagnostiquer une hernie discale. La résonance magnétique et le CT-scan sont de bons tests pour y voir plus clair. La radiographie offre peu de renseignements à cet égard.

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10 faits surprenants à connaître sur la hernie discale

1. On croit à tort que les hernies discales ne concernent que les personnes âgées. L'incidence la plus élevée se situe pourtant entre 30 et 50 ans.

2. La hernie discale touche aussi les enfants, même si elle est beaucoup moins fréquente. Les causes principales sont d'origine traumatique ou anatomique, comme la présence d'une scoliose.

3. Les hernies discales les plus fréquentes concernent les niveaux inférieurs du cou (C5-C6 et C6-C7) et ceux du dos (L4-L5 et L5-S1).

4. La plupart des symptômes causés par une hernie discale finissent par disparaître. Toutefois, lorsqu'ils persistent durant plusieurs jours, voire des semaines ou des mois, consultez un professionnel de la santé comme un physiothérapeute afin de s'assurer que les phénomènes de compensation ne perdurent pas et que vous récupériez la totalité de vos capacités physiques comme la souplesse, la force, l'endurance et l'équilibre.

5. Une hernie discale peut causer des douleurs, des engourdissements et/ou une faiblesse au bras ou à la jambe, sans toutefois causer de douleur au cou ou au dos.

6. Il arrive que les problèmes provoqués par la hernie discale se déplacent d'un côté à l'autre. Cela peut s'expliquer par le fait que la compression est exercée par une substance relativement liquide qui n'est pas statique.

7. Le repos au lit est parfois inévitable dans un contexte de douleur fulgurante. Cependant, celui-ci devrait être réduit au minimum et dès que possible, le mouvement devrait être repris, ne serait-ce que localement pour les articulations non douloureuses.

8. Les symptômes de la hernie discale sont parfois plus marqués le matin, au lever. Pour des raisons mécaniques et anatomiques, la pression intradiscale est souvent plus grande après une nuit de sommeil.

9. Des chercheurs japonais ont publié récemment une étude qui identifiait deux principaux facteurs de risque chez les personnes aux prises avec des hernies discales récurrentes: la consommation de cigarettes ainsi que le fait de soulever régulièrement des charges à son travail (Miwa et coll., 2014).

10. Certaines hernies discales peuvent causer des symptômes graves. Ceux-ci requièrent une consultation médicale d'urgence et parfois même une intervention chirurgicale. Les principaux signes à surveiller sont l'incontinence (urinaire ou fécale), la dysfonction sexuelle, la perte de force importante et prolongée, les nausées et les vomissements. Il est à noter que la très grande majorité des hernies discales n'entraîne aucun de ces problèmes et ne nécessite pas de chirurgie.

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Références scientifiques

Dang, L. & Liu, Z. 2010, "A review of current treatment for lumbar disc herniation in children and adolescents", European Spine Journal: Official Publication Of The European Spine Society, The European Spinal Deformity Society, And The European Section Of The Cervical Spine Research Society, vol. 19, no. 2, pp. 205-214.

Hahne, A.J., Ford, J.J. & McMeeken, J.M. 2010, "Conservative management of lumbar disc herniation with associated radiculopathy: a systematic review", Spine, vol. 35, no. 11, pp. E488-E504.

Kim, K., Lee, D., Cho, D., Sung, J. & Kim, Y. 2014, "Preoperative Risk Factors for Recurrent Lumbar Disc Herniation in L5-S1", Journal Of Spinal Disorders & Techniques, .

Li, Y., Fredrickson, V. & Resnick, D.K. 2014, "How Should We Grade Lumbar Disc Herniation and Nerve Root Compression? A Systematic Review", Clinical orthopaedics and related research, .

Miwa, S., Yokogawa, A., Kobayashi, T., Nishimura, T., Igarashi, K., Inatani, H. & Tsuchiya, H. 2013, "Risk Factors of Recurrent Lumbar Disc Herniation: A Single Center Study and Review of the Literature", Journal Of Spinal Disorders & Techniques, .

Yu, P., Jiang, F., Liu, J. & Jiang, H. 2013, "Outcomes of conservative treatment for ruptured lumbar disc herniation", Acta Orthopaedica Belgica, vol. 79, no. 6, pp. 726-730.

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