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Pépé pédo

01/03/2016 10:50 EST | Actualisé 02/03/2017 05:12 EST

«Pépé pédo». Voilà ce qu'on a écrit sur la sculpture de Charles Daudelin, Hommage à Claude Jutra, dans un parc de la ville de Montréal (Le Devoir, 24 février).

Ce vandalisme a été jugé acceptable dans les circonstances, si on se fie aux médias qui n'ont pas commenté cette affaire, à l'exemple du maire Denis Coderre, qui s'est tu.

Ce silence s'explique puisque la ministre de la Culture Hélène David avait déjà décrété, à la suite du témoignage de «Jean», confirmant les soupçons de pédophilie à l'endroit de Claude Jutra, que son nom devait disparaître de l'espace public.

Marc Béland, pas encore au courant de ce témoignage, avait parlé en bien de son ami Claude Jutra chez Dussault à 24-60, estimant que sans dénonciation, il n'y avait pas de crime à lui reprocher. Il s'en est excusé à la l'émission culte pour les Québécois, Tout le monde en parle, et à la satisfaction de Guy A. Lepage.

Lise Payette aussi, sans être au courant du témoignage de «Jean», avait parlé de son ami Claude en bien dans sa chronique au Devoir du 19 février. On l'a accusée à trois reprises, dans ce même journal, d'associer homosexualité et pédophilie sans en parler nommément. Elle s'en est expliqué à deux reprises, mais ça n'a pas été jugé suffisant.

Le 24 février, pour ces deux répliques, elle a fait parti d'une liste de 5 nominés, dont quatre personnalités publiques, pour le prix de la pire niaiserie, institué pour le besoin de la cause par la chroniqueuse en arts et spectacles du Journal de Montréal, Sophie Durocher. Heureusement, elle n'a pas gagné ce prix, une caricature forte des opinions divergentes en ces circonstances. Un prix cependant acceptable au nom de la liberté d'expression.

Dans sa chronique (Le Devoir, 26 février), Lise Payette sent le besoin de s'expliquer encore : «En écrivant, je souhaitais surtout qu'on se donne le temps à son sujet. J'avais de la peine et j'avais besoin de comprendre pour accepter ce que je venais d'entendre.»

Mais, de toute évidence, dans un contexte de colère et de grande tristesse, on ne s'est pas donné le temps de réfléchir et d'inviter toutes les victimes possibles à se manifester dans un climat approprié, ni d'évaluer toutes les options quant à l'avenir du gala du cinéma québécois. «Pépé pédo», au propre comme au figuré, c'est ce qu'il fallait scander pour soi-disant soutenir et aider les victimes. Le contraire ou la nuance, selon Richard Martineau du Journal de Montréal du 24 février, ce n'est que de la «complaisance gluante envers Claude Jutra».

Donc depuis les débuts de cette affaire, aider les victimes, selon ces «vites sur la gâchette», aura été de tuer la mémoire de Claude Jutra par une haine qu'il fallait bien, selon la rectitude politique, faire sentir à l'endroit de sa pédophilie.

Personnellement, je pense que la haine, surtout du pédophile mort depuis 30 ans, n'aide pas ses victimes. Seules la justice et le pardon peuvent aider et, encore mieux dans l'immédiat, la réparation, ce qu'aurait pu tenter de faire le milieu du cinéma qui s'est grandi pendant 17 ans grâce au nom de Claude Jutra. Mais il est peut-être trop tard, puisqu'en une dizaine de jours seulement l'ÉS (État symbolique) semble avoir pris toute la place au Québec, y compris montrer les couteaux pour ceux et celles qui oseront le défier.

Un seul pourrait le faire, Denis Coderre, en défiant ouvertement la directive de la chef autoproclamée de l'ÉS, en annonçant que la sculpture sera nettoyée et restera là où elle est, dans le petit parc Claude-Jutra qui conservera son nom. Et que les vandales seront recherchés et poursuivis.

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