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6 propositions pour Philippe Couillard

28/02/2017 09:22 EST | Actualisé 28/02/2017 09:23 EST

Monsieur Couillard,

Au niveau des principes, je partage votre point de vue sur le contrôle du port des signes religieux, mais s'en tenir à des principes et vouloir les imposer comme n'importe quelle autre loi ne règlera pas cet interminable débat qui divise notre société depuis trop longtemps. Si votre but est de pratiquer des politiques du style Harper (edge politics), c'est votre choix, c'est toute la société québécoise qui en paiera le prix. Par contre, si vous souhaitez avoir une chance de mettre fin à ce débat stérile, voici l'argumentaire et les aménagements que je vous suggère:

1. Nous ne disposons d'aucune information sur le nombre de policiers, gardiens de prison ou juges qui afficheraient actuellement un symbole religieux ostentatoire. S'il s'avérait qu'il n'y en a aucun, le fait de passer une loi pour les interdire aurait un effet purement symbolique.

2. Personne ne peut définir ce qu'est une conviction religieuse. Par exemple, sur la question de l'aide médicale à mourir, les convictions sont très partagées, indépendamment des affiliations religieuses. Et ces convictions n'en sont pas moins « religieuses » d'une certaine façon. Elles débouchent sur des choix radicalement opposés, concernant une question qui est loin d'être futile. Or, nous permettons aux médecins opposés à l'aide médicale à mourir de se soustraire à l'obligation de l'offrir.

Faudrait-il contrôler tout cela par des lois et une police, alors qu'il existe déjà d'autres mécanismes de contrôle social formel ou informel?

3. Même si on interdit le port de certains signes religieux, les convictions ne disparaîtront pas magiquement. Elles se manifesteront par des paroles, des gestes, des comportements, etc. Faudrait-il contrôler tout cela par des lois et une police, alors qu'il existe déjà d'autres mécanismes de contrôle social formel ou informel?

4. Les policiers et les gardiens de prison sont tenus de porter un uniforme, une obligation qui pourrait être renforcée au nom de la sécurité publique, comme pour le visage découvert. Et cela sans porter atteinte aux droits fondamentaux de quiconque, car personne n'est forcé de devenir policier ou gardien de prison. Et si un policier de la GRC affichant son identité sikhe venait à être affecté au Québec, il échapperait de toute façon aux lois québécoises.

5. Quant aux juges, ils sont nommés parmi les avocats qui ont fait preuve de leurs compétences concernant le droit et son contexte culturel d'application. Si on nommait quand même un juge biaisé par ses convictions religieuses, celles-ci se manifesteraient dans des jugements, qui pourraient être contestés et infirmés. Quant aux apparences (les signes religieux), le devoir de réserve, déjà appliqué par les juges, pourrait être appliqué comme une règle stricte, sans avoir à cibler certaines religions en particulier.

6. L'État québécois doit s'assurer que ses principes laïques de neutralité vis-à-vis les différentes religions soient mis en application. Si des errements ou des abus devaient survenir en cette matière, il devrait s'engager à intervenir à ce moment de différentes manières, y compris en introduisant de nouvelles législations.

Même si certains de ces arguments sont plus difficilement traduisibles en lignes de presse, ils pourraient peut-être contribuer quand même à faire baisser un peu le ton des échanges et le niveau de braquage dans cette interminable saga.

Mes salutations respectueuses,

Denis Blondin, anthropologue

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